Armes à feu: les propos de Harper critiqués de toutes parts

Stephen Harper a parlé d'armes à feu, jeudi dernier,... (PHOTO DAVID STOBBE, REUTERS)

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Stephen Harper a parlé d'armes à feu, jeudi dernier, à une réunion de l'Association des municipalités rurales de la Saskatchewan, estimant que la possession d'armes à feu n'est pas juste pour la ferme, mais qu'elle est nécessaire pour sa sécurité lorsqu'on vit loin d'un poste de police.

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Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA

Le premier ministre Stephen Harper est taxé d'«irresponsable» pour son commentaire sur la nécessité de s'armer pour se défendre lorsqu'on vit loin des postes de police.

«La possession d'armes à feu, ce n'était pas juste pour la ferme», a dit M. Harper, en parlant de la région rurale d'où vient son épouse. «C'était aussi pour un certain degré de sécurité quand vous êtes loin de la police, d'une aide-policière immédiate», a-t-il poursuivi.

Ces commentaires, le premier ministre les a faits au cours d'une conversation devant public, comme invité de l'Association des municipalités rurales de la Saskatchewan, jeudi dernier.

Ils seraient peut-être passés inaperçus si le Parti conservateur ne les avait pas ensuite utilisés pour inviter ses membres à le financer.

Après les critiques des associations de policiers et d'avocats, le premier ministre a essuyé, mardi matin, l'attaque de ses adversaires politiques. Et au gouvernement du Québec, on l'a invité à corriger.

«Le Barreau a raison. Les corps de police ont raison. C'est irresponsable de dire aux gens de s'armer pour leur propre protection contre d'autres personnes», a lancé le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, de passage à Montréal, mardi matin.

Chez les péquistes à Québec, on a qualifié la sortie de «franchement ridicule», alors que le leader de la Coalition avenir Québec rappelait la tragédie de Polytechnique et le consensus québécois pour un meilleur contrôle des armes à feu. «Je ne pense pas que c'est souhaitable d'avoir ce genre de discours», a reproché François Legault au premier ministre Harper.

Le premier ministre Philippe Couillard, quant à lui, s'est dissocié des propos de son homologue fédéral. «Moi je pense que moins il y a d'armes en circulation chez nous, le mieux», a laissé tomber M. Couillard.

«J'ai une espérance, c'est que M. Harper corrige l'interprétation qu'on peut donner à cette déclaration qu'il a faite», a prié de son côté le ministre québécois des Affaires intergouvernementales canadiennes Jean-Marc Fournier.

Mais à Ottawa, on ne donnait aucunement l'impression de vouloir corriger quoi que ce soit.

«Nous appuyons la responsabilité en matière de possession d'armes à feu», a été la réponse fournie, par courriel, par le bureau du premier ministre. La déclaration écrite renvoie aussi à un projet de loi fédérale qui obligera à suivre un cours de sécurité avant d'acheter une première arme à feu.

Mais mardi matin, le ministre conservateur Denis Lebel ne trouvait pas les mots pour défendre la sortie de son chef.

Interrogé au cours d'un point de presse à Montréal, le ministre a cherché, en vain, à se dépatouiller. Il a fini par assurer que son gouvernement n'avait aucunement l'intention «d'insécuriser la population».

Son collègue à la Sécurité publique, Steven Blaney, a plutôt eu recours au courriel et à la même déclaration écrite envoyée par le bureau du premier ministre.

Le porte-parole du ministre Blaney a cependant ajouté ceci: «les propriétaires d'armes à feu savent que, contrairement aux libéraux et au NPD, le Parti conservateur ne ramènera jamais le coûteux et inefficace registre des armes d'épaule».

Jusqu'à maintenant, les conservateurs avaient dit que les fermiers ont besoin de leurs armes pour protéger leur bétail contre les coyotes. Ils reprochaient aux partis d'opposition de criminaliser d'honnêtes fermiers et chasseurs en s'opposant à la destruction du registre des armes d'épaule.

Le registre est maintenant détruit. Il ne reste que les données québécoises du registre, préservées en attendant que la Cour suprême tranche le litige entre Ottawa et Québec sur leur sort.

«M. Harper a fait ses dernières campagnes électorales sur le registre des armes à feu. Peut-être pas content que ça, c'est fini, il essaie d'attiser les passions encore une fois autour de ce sujet», a supposé M. Mulcair, accusant le premier ministre de vouloir diviser les Canadiens, en opposant les urbains aux ruraux.

«Il est clair qu'un seul parti défend les intérêts des propriétaires d'armes à feu respectueux des lois», écrivait vendredi, dans son appel aux militants, Jenni Byrne, directrice de campagne nationale au Parti conservateur du Canada.

Mme Byrne entamait son message par une référence au commentaire de M. Harper fait la veille.

«J'ai été fière d'entendre ce que le premier ministre avait à dire hier. Il a dit que la possession d'armes à feu est importante pour la sécurité de ceux qui n'ont pas accès à une aide policière immédiate» a écrit Mme Byrne, ne laissant aucun doute sur les intentions du premier ministre et de son parti.

Désaveux au Québec

Les propos de Stephen Harper qui légitime la possession d'armes à feu dans les régions rurales du Canada pour permettre aux citoyens de se défendre sont par ailleurs désavoués sans réserve par le gouvernement du Québec.

Pour le ministre Jean-Marc Fournier, le premier ministre canadien devrait rapidement corriger ses déclarations puisqu'elles portent à penser que les citoyens peuvent se faire justice eux-mêmes. «Ce n'est vraiment pas ma vision du Canada. Cela ne correspond pas à ce qu'est le Canada, à son système de justice et de protection publique», a soutenu le ministre québécois.

Pour lui, il faut espérer que l'interprétation qu'on peut donner à cette déclaration soit corrigée par M. Harper. «Ce que je vois, à la lecture même de la déclaration, c'est qu'on dirait qu'il est légitime de se faire justice soi-même, qu'il est légitime d'acquérir une arme pour se faire justice.»

Pour le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, les propos du premier ministre Harper ne sont pas acceptables. «Au Québec, on a connu le drame de Polytechnique, on est pour le registre des armes à feu et on veut en limiter l'utilisation, il y a un consensus au Québec pour être en désaccord de cette position», observe le chef caquiste.

«Quand on a connu le drame de Polytechnique, on n'essaiera pas de gagner quelques votes à gauche ou à droite. Soyons clairs, au Québec on souhaite avoir moins d'armes à feu!»

- Denis Lessard, La Presse

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