Opposition au gaz de schiste: le fédéral craignait un mouvement national

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La Gendarmerie royale du Canada craignait à un moment que le mouvement prenne la même importance que celui d'Idle No More.

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Benjamin Shingler
La Presse Canadienne

Des fonctionnaires fédéraux ont suivi de près les retombées d'un raid de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) contre une manifestation des Premières Nations opposées à l'exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick, craignant même à un moment que le mouvement prenne la même importance que celui d'Idle No More.

Des documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information ont révélé une longue chaîne de courriels l'automne dernier concernant le barrage routier près de Rexton, au Nouveau-Brunswick, à environ 70 kilomètres au nord de Moncton.

Des membres de la communauté autochtone d'Elsipogtog, qui craignaient les impacts environnementaux de l'exploitation du gaz de schiste, ne voulaient pas que SWN Resources effectue des tests sur leur territoire traditionnel.

Les forces de l'ordre ont imposé une injonction le 17 octobre afin de mettre fin au barrage qui bloquait l'accès à un entrepôt où l'entreprise avait stocké de l'équipement.

Le passage des policiers s'était transformé en confrontation violente entre les forces de l'ordre et les manifestants. À la fin de la journée, six voitures de police avaient été incendiées et 40 personnes avaient été arrêtées.

Au moment où la situation se déroulait, un fonctionnaire du gouvernement a envoyé un courriel rapportant «un appui grandissant des manifestants par les Premières Nations et d'autres groupes à travers le pays».

«Un mouvement semblable à celui d'Idle No More aurait été prévu à partir de demain», avait écrit Alain Paquet, directeur des opérations au ministère de la Sécurité publique.

«Nous allons vous garder informés grâce à nos rapports de la situation.»

Parmi les personnes incluses dans la chaîne de courriels, on retrouvait du personnel du Bureau du Conseil privé, qui fournit des conseils au premier ministre et à son cabinet.

Le Centre des opérations du gouvernement (COG), une branche du ministère de la Sécurité publique, a envoyé par courriel des rapports quotidiens sur les différentes manifestations à travers le pays.

Sur son site Internet, le centre indique qu'il fournit «une réponse d'urgence aux événements en prévoyant tous les risques».

Une note envoyée par courriel plus tard le 17 octobre inclut une liste des manifestations prévues et indique si elles représentent des menaces de violence.

«À part les événements à Rexton, N.-B., les appels sont pour des gestes pacifiques», peut-on lire dans la note.

«La majorité des manifestations sous la bannière Idle No More ou sur les questions environnementales ou des Premières Nations ont été jusqu'ici pacifiques.»

Les mises à jour quotidiennes ont été compilées en utilisant des rapports des médias et de l'information obtenue par la GRC. Cependant, beaucoup d'informations provenaient d'affichages par les manifestants sur les réseaux sociaux.

Dans une mise à jour, on peut lire que «les fondateurs d'Idle No More à Lethbridge, en Alberta, ont dit sur Twitter qu'ils n'avaient pas perdu de temps afin de former un groupe pour circuler dans les artères principales de la ville jeudi après-midi».

On peut aussi lire des rapports sur «des petites manifestations à New York et Washington à l'extérieur des missions diplomatiques canadiennes», ainsi qu'à Montréal, Ottawa, Winnipeg et Edmonton.

Un autre document souligne les «messages clés» pour la GRC lors de ses rencontres avec les journalistes au sujet de la manière dont elle a fait face au barrage au Nouveau-Brunswick, alors que plusieurs manifestants leur ont reproché leur agressivité.

«Nos membres ont démontré un professionnalisme incroyable afin de résoudre le conflit», peut-on lire dans un document par points.

«Certaines personnes dans la foule ont lancé des pierres et des bouteilles et ont utilisé du vaporisateur anti-ours. Des voitures de police ont été incendiées, rendant la situation dangereuse pour toutes les personnes présentes et à ce moment-là, nos membres ont été forcés à confronter physiquement les personnes dans la foule qui ont refusé d'obéir à la loi.»

Trois jours après les arrestations, le 20 octobre, une mise à jour du gouvernement indiquait que «le nombre de manifestations continue à descendre».

«Moins de cinq sont prévues aujourd'hui selon le site Internet d'Idle No More, avec une manifestation à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, lundi», peut-on lire dans le courriel.

Susan Levi-Peters, l'une des manifestantes et ancienne chef autochtone, a déclaré que les courriels démontraient comment Ottawa se concentre sur le contrôle des Premières Nations plutôt que de chercher des solutions.

«Le Canada doit avoir une meilleure relation avec les peuples des Premières Nations», a dit Mme Levi-Peters, qui a été candidate pour le Nouveau Parti démocratique en 2011.

«Je pense qu'Ottawa ne comprend pas les gens des Premières Nations. Et ils sont de plus en plus éduqués. Je pense que le gouvernement fédéral est sous le choc, car il ne sait plus comment les traiter.»

Les manifestions contre l'exploitation du gaz de schiste ont pris fin quand SWN Resources, une entreprise établie au Texas, a conclu son travail d'exploration et quitté la province en décembre.

Le mois dernier, deux hommes impliqués dans les événements du 17 octobre ont été condamnés à 15 mois derrière les barreaux.

Germain Breau, un membre de la communauté Eslipogtog âgé de 21 ans, a été reconnu coupable de port d'arme dans un dessein dangereux et de quatre chefs pour avoir brandi un arme à feu.

Aaron Francis, un membre de la communauté Eskasoni âgé de 20 ans, a été reconnu coupable de port d'arme dans un dessein dangereux.

Les deux hommes seront soumis à une probation de deux ans quand ils sortiront de prison.

Un courriel envoyé au ministère de la Sécurité publique demandant s'il était courant de suivre de si près les médias sociaux, les médias traditionnels et les rapports de la GRC a obtenu la réponse suivante: «Le COG fournit une coordination stratégique au nom du gouvernement en réponse à une urgence ou un événement d'intérêt national».




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