Les travailleurs nés au pays avantagés en matière d'emploi

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Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) élabore depuis six ans une liste de « professions admissibles » dans le cadre du Programme fédéral des travailleurs qualifiés. Parmi celles-ci, il y a la médecine spécialisée.

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Louis-Philippe Bourdeau
La Presse

Depuis 2008, la demande d'immigration de dizaines de milliers de candidats a été accélérée, car leur profil correspondait à certains besoins précis du marché du travail canadien. Leur intégration économique est aujourd'hui meilleure que celle des autres immigrants, mais à compétences égales, les travailleurs nés au Canada demeurent nettement avantagés en matière d'emploi.

Selon une étude d'Emploi et Développement social Canada, obtenue par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, le taux d'emploi des candidats sélectionnés en raison de leur expérience professionnelle est 10,8% supérieur à celui des autres immigrants arrivés au Canada au cours de la même période. La différence salariale est d'environ 4700$ par année, ce qui correspond à un écart de 17,7%.

Se conformant aux «instructions ministérielles», Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) élabore depuis six ans une liste de «professions admissibles» dans le cadre du Programme fédéral des travailleurs qualifiés. Cette manière de choisir la main-d'oeuvre étrangère est-elle garante d'un certain succès? Oui, conclut l'étude datant de février dernier, mais certaines nuances doivent être apportées, indiquent des spécialistes en matière d'immigration.

À qualifications égales, les candidats sélectionnés en fonction de leur profession ont tout de même un taux de chômage trois fois plus élevé que les travailleurs nés au Canada, dévoile le document. «Le couplage du marché de l'emploi et de l'immigration reste une solution partielle. Ce que les résultats tendent à montrer, c'est que ça ne semble pas être la panacée», explique Mireille Paquet, spécialiste des politiques d'immigration et d'intégration à l'Université Concordia.

Travailleurs surqualifiés

Même si une proportion importante des nouveaux arrivants ont fait des études supérieures, leurs chances d'obtenir un emploi à la mesure de leurs compétences demeurent limitées, selon la spécialiste. «Les raisons sont structurelles. Les employeurs ont encore une réticence envers les travailleurs n'ayant pas d'expérience de travail au Canada. Il reste énormément d'éducation à faire, car il y a encore beaucoup de biais culturels au sein du marché de l'emploi canadien», ajoute-t-elle.

L'étude démontre également que plus de la moitié des candidats sélectionnés par CIC occupent un poste pour lequel ils sont surqualifiés. Pour les personnes nées au Canada, cette proportion chute à moins d'un individu sur trois. «Les études démontrent que les trois premières années sont les plus difficiles en termes d'intégration économique. Les personnes peuvent donc accepter de se déqualifier pendant un certain temps», explique Micheline Labelle, membre du Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté de l'Université du Québec à Montréal.

Sur la question du salaire, la disparité est encore plus marquée. Pour le même niveau d'éducation, les candidats sélectionnés en fonction de la liste des professions admissibles gagnent en moyenne deux fois moins que les personnes nées au Canada. «Le statut même de l'immigration implique qu'on a moins de capacité de négociation. Il y a une fragilité dans le statut juridique de l'immigration. On arrive dans un nouveau pays, on se trouve un emploi, mais est-ce qu'on va débattre du salaire qu'on veut obtenir?», soulève Micheline Labelle.

Le Canada a beau avoir accéléré le dossier d'immigration de milliers de candidats dans le but de pourvoir des besoins spécifiques, mais au final, seul 1 candidat sur 10 exerce une des professions de la liste du CIC. Pour rester près de leur communauté, la quasi-totalité d'entre eux s'installent en région métropolitaine, où ces catégories d'emplois ne sont pas nécessairement en pénurie.

- Avec la collaboration de William Leclerc

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