Éclairage routier: un cartel aurait divisé le marché comme une tarte

Une perquisition du Bureau de la concurrence du... (Photo Alain Roberge, La Presse)

Agrandir

Une perquisition du Bureau de la concurrence du Canada avait eu lieu dans des locaux appartenant à l'avocat Benoît Montgrain sur la Rive-Sud de Montréal.

Photo Alain Roberge, La Presse

La «tarte» représentait de 150 à 200 millions de fonds publics québécois. Deux gloutons s'en séparaient les pointes, cachés derrière des portes closes. Personne n'était invité à leur festin.

Voilà le portrait que dressent les enquêteurs du Bureau de la concurrence dans leur examen de l'industrie de l'éclairage routier au Québec de 2003 à 2010.

Personne n'est accusé dans cette affaire pour l'instant, mais un juge a accepté hier de rendre publiques les déclarations sous serment des enquêteurs qui avaient été déposées au tribunal afin d'obtenir des mandats de perquisition chez les firmes soupçonnées d'avoir formé un «cartel de l'éclairage» sur les routes du Québec.

Les perquisitions ciblaient les firmes Métal Pole-Lite, de Saint-Philippe, et Feralux, de Sainte-Julie, ainsi que le représentant officiel de cette dernière au chapitre des ventes, l'Agence BMP de Longueuil.

Les enquêteurs, qui ont aussi obtenu les confessions d'un délateur issu de l'industrie, croient que le président de Pole-Lite, Daniel Niding, et le président de l'Agence BMP, Me Benoît Montgrain, se sont entendus pour se partager les 22 à 28 millions annuels que représente le marché des hauts mâts, produits d'éclairage routier et structures de signalisation routière.

La tarte

Les deux hommes se seraient rencontrés une fois par année pour dîner, à Longueuil, afin de se répartir les contrats. Le Bureau de la concurrence a obtenu un document qu'ils appelaient «la tarte» et où ils tenaient la comptabilité de ce système collusionnaire.

L'entente prévoyait que Feralux remporte chaque année 75% de la «tarte», alors que Pole-Lite se gardait 25%.

À une certaine époque, ce cartel aurait seulement eu le contrôle d'un quadrilatère formé par Montréal, Sherbrooke, Trois-Rivières et Gatineau, la ville de Québec étant nommément exclue. Mais vers la fin de la période faisant l'objet de l'enquête, des relevés de la «tarte» auraient aussi couvert la capitale nationale.

«Nous sommes d'avis que les ententes pour se partager le marché, combinées à la puissance commerciale des parties, ont eu pour effet de réduire indûment la concurrence», écrivent les enquêteurs dans les documents rendus publics.

C'est le rapport Duchesneau sur la collusion dans l'industrie de la construction, publié en septembre 2011, qui avait le premier évoqué la présence d'un «cartel de l'éclairage» au Québec.

Pole-Lite et Feralux appartiennent aujourd'hui à des intérêts américains. Pole-Lite s'est refusée à tout commentaire.

Une firme de relations publiques a quant à elle envoyé une déclaration au nom de Me Benoît Montgrain. Elle attaque le délateur qu'elle décrit comme «un concurrent en conflit d'intérêts lui-même impliqué dans le milieu de l'éclairage de rue» et assure que Me Montgrain collabore, car il sait qu'il n'a rien à se reprocher.

Les acteurs

Benoît Montgrain

> Ancien dirigeant de Feralux, il a créé l'Agence BMP, l'actuel représentant commercial de la société.

> Avocat, il a représenté longtemps la Ville de Longueuil. Il était considéré comme un proche de l'ex-maire Jacques Olivier.

> Il possédait une maison de 1,1 million de dollars à Saint-Bruno et un immeuble à Saint-Lambert, mais il les a cédés à la «Fiducie de protection Benoît Montgrain» lorsque les enquêteurs se sont intéressés à ses affaires.

> Grand donateur aux allégeances changeantes en politique: il a versé plusieurs milliers de dollars au PLQ, au PQ, à l'ADQ et à la CAQ, ces dernières années.

Daniel Niding

> Dirigeant de Métal Pole-Lite

> Comptable professionnel agréé

> Il possède aussi une entreprise de conseils financiers.

Jonathan Fontaine

> Ex-employé de Pole-Lite, c'est lui le délateur qui collabore à l'enquête.

> Fils d'un ancien dirigeant de Pole-Lite, il a quitté l'entreprise pour essayer de démarrer sa propre firme d'éclairage routier.

> «Je suis parti de l'entreprise à 28 ans, il y a une question de valeurs et d'éthique là-dedans. Un gars comme Ken Pereira a sorti des factures, et ç'a fait beaucoup de chemin. Moi, j'ai fourni beaucoup plus que ça aux enquêteurs», a-t-il déclaré lorsque joint par La Presse.




la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer