Appeler à l'aide... ou pas: dix chiffres et un rouge à lèvres

Pour les victimes de violences liées à l'honneur, le salut est au bout du fil.... (ILLUSTRATION LA PRESSE)

Agrandir

ILLUSTRATION LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Katia Gagnon
La Presse

Pour les victimes de violences liées à l'honneur, le salut est au bout du fil. Le pas le plus difficile à franchir pour elles, témoignent les intervenants, c'est de dénoncer les sévices dont elles sont victimes. Certaines trouvent le courage de le faire. D'autres, non.

Leila est entrée dans les locaux du groupe communautaire pour s'inscrire à des cours. À peine assise dans le bureau de l'intervenante, elle a fondu en larmes et confié à la femme que son père voulait la marier de force.

Or, Leila avait un petit ami québécois de souche. Elle avait perdu sa virginité. L'équivalent d'une condamnation à mort dans sa famille.

«C'était un appel à l'aide, un grand cri, raconte Gina, l'intervenante. Elle ne savait pas quoi faire.»

Gina a tout tenté pour la convaincre d'appeler à l'aide. Leila était tout juste majeure. Impossible, donc, d'appeler la DPJ en renfort. Le recours le plus évident, c'était un appel à la police.

«Elle m'a dit que si la police débarquait chez elle, elle allait tout nier. Et qu'après, elle allait avoir de gros problèmes avec sa famille. Elle a verbalisé clairement que sa famille pourrait lui faire du mal», dit Gina.

Gina a fait plusieurs autres démarches avec la jeune fille. Elle l'a accompagnée au centre des femmes de son quartier. Là-bas, une autre intervenante a fait plusieurs coups de téléphone pour essayer de trouver une solution. Le centre de femmes en question a reçu une quinzaine de cas de violences liées à l'honneur depuis cinq ans.

«On contacte les maisons d'hébergement, mais souvent, il y a un problème de places. Dans ce genre de situation, il est arrivé, raconte l'intervenante, que notre personnel se cotise pour payer une chambre d'hôtel à une femme. Notre gros problème, c'est qu'on ne sait pas où les envoyer si elles doivent quitter leur famille.»

Leila est donc ressortie du centre des femmes avec un numéro de téléphone, une ligne d'urgence réservée aux cas de femmes victimes de violence. Elle a écrit les 10 chiffres sur un tout petit papier, qu'elle a enroulé dans son tube de rouge à lèvres. Pour que ses parents, qui fouillaient son sac à dos tous les jours, ne trouvent pas le numéro.

Leila a continué de participer aux activités de l'organisme communautaire pendant un an. Pendant ces longs mois, Gina a ressenti une très grande impuissance. Elle a pensé appeler la police contre la volonté de la jeune femme. «Mais je ne voulais pas que ça tourne mal pour elle.»

Le programme auquel participait la jeune fille s'est terminé. Gina a souvent téléphoné chez elle pour avoir de ses nouvelles. Toujours, ce sont ses parents qui répondaient au téléphone. Or, les parents ne parlent ni français ni anglais. Et jamais ils ne lui ont laissé parler à leur fille.

Gina n'a plus jamais entendu parler de Leila. Elle ignore si la jeune fille a finalement composé les 10 chiffres enroulés dans son bâton rouge.




À découvrir sur LaPresse.ca

  • Appeler à l'aide... ou pas: la femme à la valise

    National

    Appeler à l'aide... ou pas: la femme à la valise

    Pour les victimes de violences liées à l'honneur, le salut est au bout du fil. Le pas le plus difficile à franchir pour elles, témoignent les... »

  • Prisonnière de l'honneur

    National

    Prisonnière de l'honneur

    Deux femmes, deux destins tragiques. Nadia, 14 ans, torturée par son époux, et Moqtada,12 ans, mariée à un déficient intellectuel. Elles témoignent à... »

  • Alina et la DPJ

    National

    Alina et la DPJ

    Elles ont appelé à l'aide, et personne n'a entendu: l'affaire Shafia, il y a quatre ans, qui s'est soldée par la mort de quatre femmes, a... »

  • Au bout du monde... à Montréal

    National

    Au bout du monde... à Montréal

    Lorsque Maria* a commencé à travailler comme intermédiaire culturelle au Bouclier d'Athéna, elle a eu un choc. »

  • Québécoises et mariées de force

    National

    Québécoises et mariées de force

    Le phénomène existe ici aussi. Et il est grand temps que le Canada légifère pour interdire formellement les mariages forcés, estiment deux... »

  • Autopsie des mariages forcés

    National

    Autopsie des mariages forcés

    Pour sa thèse de doctorat en criminologie, la chercheuse Madeline Lamboley a rencontré une douzaine de femmes victimes de mariages forcés. Ces femmes... »

  • La mariée qui pleurait

    National

    La mariée qui pleurait

    Sur le lit de la petite chambre où elle a abouti il y a quelques mois, elle déplie le somptueux tissu incrusté de pierreries. Les plis et replis du... »

  • 5000 victimes sur le globe

    National

    5000 victimes sur le globe

    L'Asie, l'Afrique, l'Europe, l'Amérique du Nord. Presque aucun continent n'échappe au code de l'honneur. L'ONU estime à 5000 le nombre de femmes... »

  • Samia, 16 ans, mariée de force

    Au nom de l’honneur

    Samia, 16 ans, mariée de force

    Samia Shariff a réussi à se libérer d'un mariage forcé, mais pendant 14 ans, elle a été battue et violée par son mari. Elle a fui l'Algérie qui... »

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer