Un complot terroriste déjoué au Canada

Le suspect montréalais Chiheb Esseghaier a été transféré... (Image tirée d'une vidée, CTV News)

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Le suspect montréalais Chiheb Esseghaier a été transféré sans délai par avion privé vers l'aéroport de Buttonville, lundi près de Toronto.

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Deux hommes ont été arrêtés lundi pour avoir comploté de commettre un attentat contre un train de passagers de VIA Rail, avec l'assentiment d'al-Qaïda. Parmi les suspects figure un citoyen tunisien établi au Québec, Chiheb Esseghaier.

Avec un complice torontois et grâce au «soutien d'Al-Qaïda», il voulait peut-être précipiter un train de VIA Rail dans la rivière Niagara. Et c'est justement dans la Gare centrale de Montréal que le présumé terroriste Chiheb Esseghair a été arrêté par plusieurs agents de la GRC, lundi midi.

L'étudiant à l'INRS était tranquillement attablé au McDonald's de la Gare centrale, avec son ordinateur portable ouvert devant lui, lorsque les agents de la GRC l'ont entouré et arrêté.

«Ça s'est fait très tranquillement et presque discrètement, a raconté à La Presse un rare témoin de la scène. L'un des agents l'a attrapé par le poignet, puis ils lui ont passé les menottes avant de le conduire à l'extérieur. Ils sont restés ainsi quelques minutes sur le trottoir».

Des agents de la GRC sont retournés de nouveau à l'intérieur du commerce afin d'obtenir les images des caméras de surveillance. Le suspect, lui, a été transféré sans délai par avion privé vers l'aéroport de Buttonville, près de Toronto.

Selon la GRC, Chiheb Esseghair, 30 ans, et Raed Jaser, 35 ans, arrêté à Toronto lundi, fomentaient un attentat contre un train de passagers de la compagnie VIA Rail. Avares de détails, les enquêteurs de la GRC se sont bornés à dire que l'attentat aurait dû avoir lieu sur le sol canadien, dans la région de Toronto. Les deux hommes auraient même effectué plusieurs repérages dans ce but. Mais selon des sources américaines de l'agence Reuters, c'était la ligne Toronto-NewYork qu'ils avaient dans leur mire.

Une source policière a assuré à La Presse que la présence de Chiheb Esseghair dans la gare montréalaise relevait du pur hasard et qu'il n'y faisait pas de repérage. «Bien que la GRC croyait que ces individus [Esseghair et Jaser] avaient la capacité et la volonté de poser des actes criminels, il n'y a eu aucun danger imminent pour la population en général, ni pour les employés de chemin de fer, les passagers des trains ou l'infrastructure ferroviaire», a déclaré James Malizia, commissaire adjoint à la GRC. Toutefois, «plusieurs personnes auraient été tuées ou grièvement blessées» si le complot avait été mené à terme, estime le policier.

Ces deux arrestations ont été effectuées à l'issue d'une vaste enquête baptisée «Smooth» et menée depuis un an par les deux Équipes intégrées de la sécurité nationale (EISN) du Québec et de l'Ontario en collaboration notamment avec le SCRS, le SPVM, la Sûreté du Québec ainsi que le FBI américain. Les polices du CN et de VIA Rail ont aussi été mises à contribution. Des perquisitions ont également eu lieu, lundi, en rapport avec cette affaire.

Les enquêteurs de l'EISN ont affirmé que les deux comploteurs avaient bénéficié d'un soutien actif direct d'une cellule d'Al-Qaïda, une première ici. La cellule en question est basée en Iran, mais ce pays ne serait pas impliqué dans cette affaire.

L'information en a surpris plus d'un, compte tenu du fait que l'Iran est majoritairement de confession chiite et que Al-Qaïda se réclame de l'islam sunnite. Le politologue Sami Aoun n'est pour sa part pas étonné de cette présence en sol iranien: «Al-Qaïda est devenu une bannière flottante [...] Des membres de la famille de Ben Laden habitent aussi en Iran, où l'on dénombre des cellules dormantes d'Al-Qaïda.» Cela dit, M. Aoun ne croit pas lui non plus à une intervention officielle iranienne derrière ce complot présumé.

Chiheb Esseghaier et Raed Jaser vont comparaître mardi à Toronto. Les accusations déposées contre eux incluent un «complot en vue de commettre un attentat terroriste» et un «complot pour attenter à la vie d'autrui au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste, ou en association avec lui», a indiqué la GRC.

Ces dernières années, plusieurs rapports secrets - tant du SCRS que de la GRC - ont évoqué des menaces potentielles contre des services de transport, en particulier ferroviaire. Des attaques conventionnelles mais aussi virtuelles, présentées comme un «djihad électronique». Sur un forum djihadiste, on suggérait ainsi de viser «les réseaux des postes de commande du système SCADA qui gèrent [...] les trains, les métros», lit-on dans un rapport daté de juin 2011 et obtenu par La Presse.

Néanmoins, dans un document rédigé en août 2011, la GRC indiquait ne détenir aucun renseignement «indiquant une menace crédible contre les infrastructures essentielles» à l'approche du 10e anniversaire du 11 septembre 2001.

Plusieurs complots terroristes d'envergure variable ont été déjoués publiquement au Canada ces dernières années. De nombreux Canadiens sont par ailleurs soupçonnés d'avoir participé à diverses attaques terroristes ces derniers mois en Bulgarie, Algérie et Somalie.

Il faut remonter à la fin des années 1990 pour retrouver d'importants dossiers de terrorisme en lien direct avec la métropole montréalaise. Plusieurs membres de la «cellule de Montréal», liée au GIA algérien, avaient été arrêtés et jugés en France pour leur implication dans des actes de gangstérisme et un attentat raté contre le sommet du G8 à Lille en 1996. Un de ses membres, Ahmed Ressam, est aussi emprisonné aux États-Unis jusqu'en 2032 pour avoir voulu faire exploser l'aéroport de Los Angeles le 31 décembre 1999. Plus récemment, c'est Saïd Namouh, un résidant de Maskinongé, qui a été arrêté en 2007, puis condamné à perpétuité pour terrorisme. Namouh projetait de prendre part à un attentat-kamikaze en Europe.

Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, a indiqué qu'«il n'y a pas lieu de penser que le territoire du Québec est particulièrement visé» dans ce complot ferroviaire présumé. «Le crime de type terroriste évolue, il se modifie, ce n'est pas statique. Et les organisations policières doivent s'adapter», fait-il remarquer.

- Avec Marie-Michelle Sioui, Caroline d'Astous et PC

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