Avortement: des progrès et des embûches

Manifestation pour le droit à l'avortement, à Montréal,... (Photo: François Roy, archives La Presse)

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Manifestation pour le droit à l'avortement, à Montréal, en 2008.

Photo: François Roy, archives La Presse

Jeannette Doucet n'oubliera jamais l'interminable trajet entre son village acadien et la clinique d'avortement, plusieurs centaines de kilomètres plus loin. Tout comme elle se souviendra toujours des cris et des injures des manifestants antiavortement qui lui ont bloqué le passage lorsqu'elle est entrée, seule, dans l'édifice.

C'était en 1991. L'interruption de grossesse était légale depuis à peine trois ans et le sujet était encore tabou dans les campagnes canadiennes. La femme, aujourd'hui âgée de 42 ans, en avait 20 à l'époque. Victime de viol, elle avait la ferme intention de ne pas garder l'enfant.

«Ma soeur travaillait au bureau du seul médecin du village, alors il n'était pas question d'aller le consulter. Il fallait que ce soit complètement secret», raconte la femme, qui milite aujourd'hui au sein de l'Association canadienne pour la liberté de choix. Elle s'est donc rabattue sur une clinique privée qui demandait 400$ pour l'intervention. «Je n'avais pas l'argent et je ne pouvais demander ni à mes amis ni à ma famille.» Comble de l'horreur, elle s'est résolue à contacter l'homme qui l'avait violée. Il a payé. Elle s'est fait avorter.

En un quart de siècle, les choses ont bien changé pour les femmes. «Les avortements sont pratiqués dans des situations plus responsables, on ne fait plus ça en cachette et il y a beaucoup moins de risque d'infection», explique Mme Doucet. Au Québec, plus de trois personnes sur quatre sont d'ailleurs favorables à l'avortement, selon un récent sondage. L'intervention y est sécuritaire et gratuite dans une cinquantaine d'hôpitaux et de cliniques, dont plusieurs sont dans des régions éloignées de Montréal. «Avec l'Ontario, le Québec est un vrai champion. Les services sont accessibles», précise la militante.

»Fanatisme»

Malgré des avancées, les tabous entourant cette pratique entièrement légale ne sont pas tous tombés. Encore aujourd'hui, des cliniques hésitent à diffuser leur adresse pour des questions de sécurité et de nombreux médecins refusent catégoriquement que la nature de leur travail soit rendue publique.

«Ils ont peur», a confié récemment la Dre Francine Léger, qui pratique une journée par semaine à la clinique Morgentaler de Montréal, devant laquelle manifestent des groupes antiavortement 80 jours par année. La Dre Léger fait partie d'une poignée de médecins qui acceptent de parler aux médias. Les autres - ils seraient une centaine dans la province - ne veulent pas qu'on sache ce qu'ils font. «Le fanatisme existe encore», observe la médecin.

Georges Buscemi, de Campagne Québec-Vie, l'homme derrière les manifestations organisées en face de son lieu de travail, ne se considère pas comme un fanatique. Au contraire. «Des humains sont tués. Le moins qu'on puisse faire, c'est d'être là comme témoins, dit-il. Nous ne sommes ni agressifs ni agressants.» Une ordonnance de la cour interdit toutefois à son groupe de se tenir directement devant la porte de la clinique.

Selon M. Buscemi, qui a commencé à militer en 2008 après avoir regardé des vidéos montrant des avortements avec un groupe pro-vie de l'Université McGill, l'anniversaire de la légalisation de la pratique est jour de deuil. Il souhaite la voir complètement interdite au Canada. Un de ses arguments: depuis la légalisation, le nombre d'avortements n'a cessé d'augmenter, affirme-t-il.

C'est faux: le nombre d'interruptions volontaires de grossesse est passé de 111 659 en 1996 à 96 815 en 2005. Il continue à fléchir depuis. La même tendance est observée au Québec.

«Je crois que c'est grâce à la plus grande ouverture que nous avons pour le sexe. Nous sommes ouverts aux informations en santé sexuelle et sur les moyens de contraception», explique Jeannette Doucet.

***

L'accès à l'interruption de grossesse au Canada

Nunavut

> Le territoire couvre les frais d'avortement dans les hôpitaux jusqu'à 12 semaines de grossesse.

> Le régime d'assurance maladie couvre les frais de déplacement vers d'autres provinces au-delà de 12 semaines.

Yukon

> Le territoire couvre les frais d'avortement dans les hôpitaux jusqu'à 12 semaines de grossesse.

> Avortement chirurgical seulement.

> Le régime d'assurance maladie couvre les frais de déplacement vers d'autres provinces au-delà de 12 semaines.

Territoires du Nord-Ouest

> Le territoire couvre les frais d'avortement dans les hôpitaux jusqu'à 14 semaines de grossesse.

> Le régime d'assurance maladie couvre les frais de déplacement vers d'autres provinces au-delà de 14 semaines.

Colombie-Britannique

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier ou en clinique jusqu'à 20 semaines.

> Des frais sont exigés pour les médicaments utilisés pour l'avortement médical.

Alberta

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier ou en clinique jusqu'à 20 semaines.

Saskatchewan

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier jusqu'à 14 semaines.

> Il n'y a pas de cliniques en Saskatchewan. Le gouvernement assume les frais pour permettre aux femmes d'aller aux deux cliniques situées en Alberta.

Manitoba

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier ou en clinique jusqu'à 16 semaines.

Ontario

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier ou en clinique jusqu'à 24 semaines.

Québec

> La province assume les frais pour les avortements pratiqués dans les hôpitaux, les CLSC et les cliniques jusqu'à 23 semaines.

> Dans les cliniques privées, Québec ne paie que les honoraires du médecin. Les autres frais sont assumés par la patiente.

Nouveau-Brunswick

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier jusqu'à 16 semaines.

> La permission de deux médecins est nécessaire pour avoir un avortement en milieu hospitalier.

Nouvelle-Écosse

> La province couvre les frais d'avortement en milieu hospitalier jusqu'à 15 semaines et plus, selon les résultats de l'échographie.

Île-du-Prince-Édouard

> La province ne compte aucun établissement pratiquant l'avortement. La province assume les frais d'un avortement dans un hôpital d'Halifax jusqu'à 15 semaines et plus, selon les résultats de l'échographie, si la femme trouve un médecin disposé à la recommander à un hôpital.

Terre-Neuve-et-Labrador

> La province couvre les frais d'avortement en clinique jusqu'à 15 semaines.

Source: National Abortion Federation Canada




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