Hospitalisée, la chef Spence rate une partie des cérémonies en son honneur

Le jeûne de la chef Spence s'est inscrit... (Photo Fred Chartrand, La Presse Canadienne)

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Le jeûne de la chef Spence s'est inscrit dans la foulée du mouvement de protestation autochtone «Idle no more» qui a mobilisé les Premières Nations partout au pays.

Photo Fred Chartrand, La Presse Canadienne

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Ottawa

La chef autochtone Theresa Spence a finalement pu quitter l'hôpital pour assister à une partie des cérémonies organisées en son honneur, jeudi, à Ottawa, après qu'elle eut mis terme à son jeûne de 44 jours.

Plus tôt en journée, les organisateurs avaient craint qu'elle ne manque toutes les célébrations.

La chef s'était rendue à l'hôpital mercredi soir pour vérifier son état de santé et pour suivre la procédure requise en vue de recommencer à ingérer de la nourriture solide.

Mme Spence étant toujours à l'hôpital jeudi matin, elle n'a pu participer à la conférence de presse organisée pour faire le point sur la fin de son jeûne et sur ce qu'il a permis d'accomplir.

Mais elle s'est finalement rendue à l'hôtel du centre-ville d'Ottawa où devait avoir lieu notamment la signature d'une déclaration d'engagements.

La chef d'Attawapiskat avait fait savoir la veille qu'elle mettrait fin à sa diète liquide, justement après avoir obtenu la promesse de signature par de nombreux chefs et des partis d'opposition d'une déclaration d'engagements qui énonce 13 objectifs pour améliorer notamment les conditions de vie des membres des Premières Nations.

Des pourparlers étaient en cours depuis plusieurs jours pour trouver une façon digne pour la chef Spence de mettre fin à son jeûne et ces démarches semblent s'être concrétisées dans cette déclaration.

Les signataires s'engagent à trouver des solutions rapides pour améliorer l'éducation et le logement dans les réserves, et à tenir une réunion entre les chefs des Premières Nations, le premier ministre du Canada et le gouverneur général. Il est aussi question de la mise en oeuvre complète des droits prévus par les traités d'ici cinq ans.

Lors de la cérémonie formelle jeudi, qui a réuni quelque dizaines d'autochtones, la déclaration a été lue et de nombreuses personnes, dont des chefs des Premières Nations, y ont apposé leur signature.

Mme Spence a aussi inscrit la sienne, après tous les autres, lorsqu'elle a pu se rendre à l'hôtel.

Ombre au tableau: aucun chef de parti politique n'a toutefois signé la déclaration. Le gouvernement n'y avait jamais donné son aval, mais le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral l'avaient publiquement endossée. Mais la cérémonie de signature ayant été reportée de plusieurs heures, les représentants des deux partis d'opposition ont dû quitter, sans signer.

Une ventouse toujours apposée sur sa poitrine, la chef d'Attawapiskat a brièvement pris la parole, sous les applaudissements.

Elle a remercié tous ceux qui l'ont soutenue pendant sa diète liquide, où elle n'a consommé que du bouillon de poisson et du thé.

Elle avait aussi un message pour les chefs autochtones.

«Il nous faut maintenant être vraiment unis, quelles que soient les difficultés que nous vivons et quoi que fasse le gouvernement pour tenter de nous diviser», a-t-elle lancé.

Plusieurs chefs ont mentionné qu'elle avait beaucoup accompli, et que d'autres allaient maintenant prendre le relais.

Mme Spence a dit jeudi qu'elle allait bien, mais qu'elle devait retourner à l'hôpital pour des tests sanguins, avant de rentrer dans sa communauté d'Attawapiskat, dans le Nord de l'Ontario.

De nombreuses personnes ont ensuite fait la file pour aller prendre Mme Spence dans leurs bras et lui glisser quelques mots à l'oreille, au son des tambours qui résonnaient dans la salle de l'hôtel.

Plusieurs ont soulevé que cette déclaration d'engagements était vague et n'allait rien amener de concret.

«Cette déclaration est l'expression de notre bonne foi», a souligné le chef libéral Bob Rae en conférence de presse.

À ses côtés, la présidente de l'Assemblée des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette, a dit que même si elle a terminé son jeûne, Theresa Spence va rester «une femme leader très importante pour nous».

«On va s'assurer que cette déclaration ne sera pas mise sur une tablette à accumuler de la poussière», a-t-elle insisté.

Le chef Raymond Robinson, qui a aussi jeûné en compagnie de Mme Spence dans son campement installé sur l'île Victoria, près du parlement, y a mis terme en même temps qu'elle et a assisté aux cérémonies.

«Nous mettons fin à nos grèves de la faim avec des engagements signés par les leaders élus des Premières Nations et des partis d'opposition, pour concrétiser notre plan d'action qui assurera que les droits en vertu des traités seront reconnus, honorés et mis en oeuvre», a indiqué Mme Spence dans un communiqué diffusé jeudi matin.

«De plus, nous demandons toujours une rencontre immédiate avec la Couronne, les gouvernements provinciaux et fédéral, afin de renouveler et de repartir à neuf cette relation volatile. Les peuples autochtones ont vécu bien en deçà du plancher de la pauvreté dans un pays considéré comme l'un des plus riches au monde. Nous ne serons désormais plus passifs, et un précédent a été établi au cours des dernières six semaines», a-t-elle poursuivi.

«On ne peut retourner en arrière, nos voix ont été entendues et maintenant je vous demande de vous impliquer pour faire avancer ce qui est à notre ordre du jour», implore Mme Spence.

Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, a tenu une cérémonie distincte en Colombie-Britannique. M. Atleo a dû s'absenter de ses fonctions pour cause de maladie et il s'agissait de son premier jour de retour au travail.

Le jeûne de la chef Spence s'est inscrit dans la foulée du mouvement de protestation autochtone «Idle No More» (la passivité, c'est fini) qui a mobilisé les Premières Nations partout au pays.

Cette mobilisation avait aussi mené à une rencontre le 11 janvier entre des chefs des Premières Nations et le premier ministre Stephen Harper. Mme Spence avait refusé d'y assister - comme d'autres chefs - puisqu'elle exigeait que le gouverneur général David Johnston y soit aussi. Sa présence était requise parce que les nations autochtones ont signé leurs traités à l'époque avec les représentants de la Couronne britannique.

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