Aides résidantes familiales: la galère continue

Chaque année, des centaines d'immigrantes arrivent au Québec comme aides... (Illustration: La Presse)

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Chaque année, des centaines d'immigrantes arrivent au Québec comme aides familiales résidantes. Géré par Québec et par Ottawa, ce programme d'immigration leur permet de demander la résidence permanente, si elles effectuent, en 4 ans, 24 mois de travail déclaré. Pour obtenir la résidence, elles laissent leurs familles derrière elles, déboursent parfois des milliers de dollars, et acceptent des conditions de travail difficiles. Vulnérables par leur statut, elles peuvent devenir les proies d'agences de placement pas toujours scrupuleuses. Et en dépit des améliorations apportées au programme par le gouvernement fédéral, la donne n'a guère changé, racontent-elles.

Sylvia* voit rouge. Depuis six mois, cette Philippine, installée depuis deux décennies aux États-Unis, est en pleine tempête.

Elle a aidé sa nièce, Jerlie*, à venir au Canada comme aide familiale résidante. L'agence montréalaise Opportunity Quest of Canada s'est occupée de ses démarches, pendant près de quatre ans.

Sylvia a payé plus de 4000$ de frais d'agence, et 2000$ de billets d'avion. Tout ça pour s'apercevoir, une fois sa nièce arrivée à Montréal au printemps dernier, que l'agence n'aurait jamais dû lui facturer les frais pour le billet d'avion.

La propriétaire d'Opportunity Quest of Canada, Marilou Garcia, explique que l'agence a remboursé les 2000$ déboursés pour l'avion à Jerlie.

Mais Sylvia, elle, n'en croit pas un mot. «Mon problème, c'est d'avoir dû payer pour le billet d'avion, alors que la loi dit que ce n'est pas à moi de le faire», fulmine-t-elle.

Nouvelles obligations

Au printemps 2010, le gouvernement fédéral a apporté plusieurs modifications à son Programme des aides familiaux résidants (PAFR), et a restreint le champ d'action des agences de placement. Ainsi, celles-ci ne peuvent plus facturer aux travailleurs les frais liés à leur recrutement et à leur arrivée au Canada: c'est leur employeur qui doit les assumer. Les démarches d'immigration ne peuvent quant à elles n'être faites que par un consultant enregistré au Conseil de réglementation des consultants en immigration du Canada (CRCIC), un notaire, ou un avocat.

Dans les faits toutefois, ces modifications ne suffisent pas à empêcher certaines agences de facturer des frais à leurs candidates, ni de leur demander de payer elles-mêmes leur billet d'avion.

Juana*, 36 ans, montre ainsi un reçu Western Union de près de 1300$, envoyé de son compte des Philippines, vers une tierce personne à Toronto. Selon elle, cette personne a ensuite remis l'argent à son employeur à Montréal, pour qu'il achète lui-même le billet, et montre patte blanche aux autorités.

«Oui, mon employeur a acheté mon billet, mais avec mon propre argent», explique la jeune femme.

Plusieurs femmes rencontrées par La Presse assurent avoir payé des frais de plusieurs milliers de dollars à une agence de placement, avant leur arrivée à Montréal.

«C'est très clair que les agences de recrutement n'ont pas le droit de prendre de l'argent des travailleuses, dit Eugénie Depatie-Pelletier, coordonnatrice du sous-axe Travailleurs étrangers temporaires du Cérium et secrétaire du conseil d'administration de l'Association des aides familiales du Québec (AAFQ). Mais les agences poussent comme des champignons. Tant que les employeurs ne seront pas rendus responsables des abus commis en leur nom ici ou à l'étranger, cela ne changera pas.»

«Les femmes paient encore des sommes exorbitantes pour venir au Canada, constate Margo Legault, coordonnatrice de l'AAFQ. Et quand elles arrivent, elles réalisent que leur employeur n'était souvent qu'un prête-nom. Elles ont payé, mais ils n'ont plus besoin d'elles. Il faut qu'elles trouvent un nouvel employeur.»

Pénurie

Du côté des agences, on croit que les employeurs sont devenus frileux à l'idée de parrainer l'immigration d'une aide familiale. Résultat: il y a une pénurie d'aides familiales.

«Les employeurs n'ont plus le sentiment qu'il y a une garantie que la gardienne va rester avec eux, explique Stuart Eiley, président de l'agence de placement Face Personnel. Cela m'arrive souvent: une femme arrive, elle réalise qu'elle a une cousine à Toronto, elle quitte son travail. Son employeur a payé mes frais d'agence et d'avocat, puisque je ne peux plus faire les papiers moi-même, et il n'a personne pour travailler.»

Le nombre d'aides familiales résidantes est passé de plus de 34 000 en 2008 pour l'ensemble du Canada, à 15 000 trois ans plus tard.

«Ma projection, c'est que ça va continuer à diminuer. Le ministre de l'Immigration rend les choses bien difficiles», croit M. Eiley.

Discrimination et accès à la justice

Pourtant, la vulnérabilité de ces travailleuses reste entière.

«Elles peuvent travailler jour et nuit, ne pas avoir le salaire requis, se faire confisquer leurs papiers», décrit Annie Robert, coordonnatrice de la sensibilisation à la traite des personnes au sein de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Leur permis de travail les lie à un employeur exclusivement, chez qui elles doivent vivre. Pour changer, elles doivent obtenir l'aval des autorités provinciales et fédérales, ce qui peut prendre jusqu'à huit mois. Une perte de temps qui peut les pousser à accepter l'inacceptable, comme des agressions sexuelles, dit la GRC.

La Commission des droits de la personne a rendu, au début de l'année, un avis tirant la sonnette d'alarme sur la discrimination dont sont victimes ces travailleuses.

La Presse a contacté le cabinet de la ministre de l'Immigration Diane de Courcy pour savoir quelle suite serait réservée au rapport. Nous n'avons pas eu de réponse.

* Tous les noms ont été modifiés.

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