Incendies de ferme: conséquence de la crise agricole?

  • Dix minutes. C'est le temps qu'ont pris les flammes pour ravager une partie de la ferme laitière des Huard à Saint-Alphonse-de-Granby, dans la nuit du 28 octobre dernier. (Ivanoh Demers)

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    Dix minutes. C'est le temps qu'ont pris les flammes pour ravager une partie de la ferme laitière des Huard à Saint-Alphonse-de-Granby, dans la nuit du 28 octobre dernier.

    Ivanoh Demers

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  • Des ossements calcinés de vaches Holstein sont encore présents un an après l'incendie d'une ferme de Saint-Alphonse-de-Granby. (Ivanoh Demers, La Presse)

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    Des ossements calcinés de vaches Holstein sont encore présents un an après l'incendie d'une ferme de Saint-Alphonse-de-Granby.

    Ivanoh Demers, La Presse

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  • À notre passage, Normand Huard (sur la photo), son fils Martin et son gendre, Philippe Tarte, travaillaient près du terrain calciné. Incendie ou pas, la vie continue. Ils doivent miser sur les 150 bêtes entassées dans une autre partie de leur ferme. (Ivanoh Demers)

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    À notre passage, Normand Huard (sur la photo), son fils Martin et son gendre, Philippe Tarte, travaillaient près du terrain calciné. Incendie ou pas, la vie continue. Ils doivent miser sur les 150 bêtes entassées dans une autre partie de leur ferme.

    Ivanoh Demers

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  • Quant à la nature du feu, elle reste inconnue. «On n'a pas encore eu les conclusions de l'enquête. On pense que c'était électrique. Peut-être un rongeur qui a grugé des fils», suggère Normand Huard. (Ivanoh Demers)

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    Quant à la nature du feu, elle reste inconnue. «On n'a pas encore eu les conclusions de l'enquête. On pense que c'était électrique. Peut-être un rongeur qui a grugé des fils», suggère Normand Huard.

    Ivanoh Demers

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  • Pour M. Huard, il est impensable qu'une main criminelle soit à l'origine du brasier. Et encore moins un geste délibéré pour toucher l'argent des assurances. (Ivanoh Demers)

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    Pour M. Huard, il est impensable qu'une main criminelle soit à l'origine du brasier. Et encore moins un geste délibéré pour toucher l'argent des assurances.

    Ivanoh Demers

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  • Les inspections, tant des assureurs que des services incendie, étaient régulières à sa ferme. (Ivanoh Demers)

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    Les inspections, tant des assureurs que des services incendie, étaient régulières à sa ferme.

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  • À environ 30 kilomètres de là, sur ce qui reste de la façade de l'érablière de la Chute, à Upton, une inscription à la peinture a été barbouillée. «Couvert par Intact assurance.» Un graffiti ironique signé Guy Joubert, propriétaire de l'érablière. (Ivanoh Demers, La Presse)

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    À environ 30 kilomètres de là, sur ce qui reste de la façade de l'érablière de la Chute, à Upton, une inscription à la peinture a été barbouillée. «Couvert par Intact assurance.» Un graffiti ironique signé Guy Joubert, propriétaire de l'érablière.

    Ivanoh Demers, La Presse

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  • Lorsque les pompiers ont commencé à arroser sa cabane à sucre, il était trop tard. Les policiers considèrent l'incendie comme suspect: ils disent avoir trouvé trois foyers d'incendie. Pour cette raison, les assurances refusent de dédommager M. Joubert, qui devra se tourner vers les tribunaux. (Ivanoh Demers)

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    Lorsque les pompiers ont commencé à arroser sa cabane à sucre, il était trop tard. Les policiers considèrent l'incendie comme suspect: ils disent avoir trouvé trois foyers d'incendie. Pour cette raison, les assurances refusent de dédommager M. Joubert, qui devra se tourner vers les tribunaux.

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  • Le 21 décembre dernier, à l'aube, la fumée a commencé à s'échapper d'un bâtiment dans lequel s'entassaient environ 1200 porcs, à L'Avenir, village situé tout près de Drummondville. «Les pompiers sont arrivés en 15 minutes. Mais tout s'était effondré comme un château de cartes. Une bâtisse agricole, c'est sec comme des os», illustre l'éleveur porcin Michael Lynch. Seulement 225 bêtes ont pu être sauvées du sinistre. (Ivanoh Demers, La Presse)

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    Le 21 décembre dernier, à l'aube, la fumée a commencé à s'échapper d'un bâtiment dans lequel s'entassaient environ 1200 porcs, à L'Avenir, village situé tout près de Drummondville. «Les pompiers sont arrivés en 15 minutes. Mais tout s'était effondré comme un château de cartes. Une bâtisse agricole, c'est sec comme des os», illustre l'éleveur porcin Michael Lynch. Seulement 225 bêtes ont pu être sauvées du sinistre.

    Ivanoh Demers, La Presse

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  • La décision de ne pas rebâtir n'a pas été facile à prendre pour l'éleveur Michael Lynch. «J'ai 61 ans. Je n'avais pas envie de recommencer, m'endetter encore et avoir des cochons jusqu'à 80 ans», raconte M. Lynch, qui tient aussi une petite auberge. (Ivanoh Demers)

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    La décision de ne pas rebâtir n'a pas été facile à prendre pour l'éleveur Michael Lynch. «J'ai 61 ans. Je n'avais pas envie de recommencer, m'endetter encore et avoir des cochons jusqu'à 80 ans», raconte M. Lynch, qui tient aussi une petite auberge.

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Marie Allard
La Presse

«J'ai de la difficulté à croire que ce sont tous des systèmes électriques qui sautent en même temps», a dit Benoit Girouard, président d'Union paysanne. Les nombreux incendies survenus dernièrement dans nos campagnes «soulèvent la question de la crise agricole que vit le Québec», a-t-il indiqué. «On l'a vu quand il y a eu des crises ailleurs dans le monde: des gens ont mis le feu à leur ferme, par désespoir.»

Est-ce que ces drames surviennent chez nous? Le ministère de la Sécurité publique estime suspects ou criminels 7% des incendies de bâtiments de ferme survenus entre 1998 et 2002. Les causes de 23% des incendies sont indéterminées, tandis que près de la moitié sont dus à une défaillance électrique. «Les pertes matérielles les plus élevées proviennent d'incendies dont l'origine est suspecte ou criminelle», souligne le Ministère.

Frédéric Renaud, coordonnateur de l'équipe assurance entreprise chez Promutuel, n'a à sa connaissance reçu aucune réclamation frauduleuse d'un client qui aurait délibérément mis le feu à sa ferme. «Les agriculteurs sont des gens très fiers, a-t-il résumé. Même si ça va mal dans certains secteurs, les grandes fermes produisent quand même.»

Il faut le rappeler: «Le danger d'incendie est chroniquement élevé dans une ferme», a souligné Guy Debailleul, professeur à la faculté des sciences de l'agriculture de l'Université Laval. Notamment dans les fermes laitières, «où sont entreposées des quantités importantes de matières inflammables, comme la paille, le foin, le carburant, etc.», a-t-il dit. Les installations électriques des fermes sont également «très sollicitées à certaines périodes de l'année, entre autres en hiver ou en période de séchage du foin», a-t-il ajouté.

Des agriculteurs s'improvisent électriciens

Les difficultés économiques de certains agriculteurs expliquent peut-être une part des incendies, mais indirectement, selon Diane Parent, professeure à la faculté des sciences de l'agriculture de l'Université Laval. «Sans préjuger de l'intention des propriétaires, est-ce que la conjoncture aurait une influence sur la modernisation des fermes, sur le degré de vigilance et de prévention?», demande-t-elle. Exemple: un agriculteur étranglé financièrement peut être tenté de s'improviser électricien pour économiser, ce qui augmente les risques d'incendie.

«Le patrimoine bâti agricole du Québec est très vieux, parfois mal entretenu, fait observer Benoit Girouard. Encore là, ce sont des signes supplémentaires de manque de liquidités dans les fermes. En Suisse ou en France, c'est rare de voir des bâtiments agricoles laissés à l'abandon. Ici, on en a encore beaucoup.»

***

12 février 2012 Saint-Tite: ferme laitière, 130 bêtes. Dommages: 2 millions.

16 janvier 2012 Hébertville: ferme laitière, 100 bêtes. Dommages: 750 000$.

29 décembre 2011 Ferme Neuve: ferme laitière, 40 bêtes. Dommages: 500 000$.

21 décembre 2011 L'Avenir: ferme porcine, un millier de porcs. Dommages: 1 million de dollars.

30 octobre 2011 Compton: ferme A.S. Kamadra, 600 moutons. Dommages: 800 000$.

27 octobre 2011 Saint-Alphonse-de-Granby: ferme laitière, de 150 à 200 vaches. Dommages: 1 million.

- Avec Hugo Meunier

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