SNC-Lavalin et le clan Kadhafi: des liens étroits

La firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin.... (Photo Rémi Lemée, Archives La Presse)

Agrandir

La firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin.

Photo Rémi Lemée, Archives La Presse

Partager

Isabelle Hachey

(Montréal) Riadh Ben Aïssa, le haut dirigeant de SNC-Lavalin qui aurait été brusquement congédié jeudi, entretenait des liens étroits avec le régime Kadhafi depuis plusieurs années. Des liens qui ont bien servi le géant du génie québécois, mais qui sont devenus gênants après la chute du régime.

C'est un proche de la famille, un ami de Saadi Kadhafi», affirme Gary Peters, un ancien soldat australien qui gère sa propre entreprise de sécurité privée en Ontario et qui a longtemps été garde du corps pour le fils de l'ex-dictateur.  

Riadh Ben Aïssa, vice-président directeur de SNC-Lavalin, avait un bureau à Tunis, d'où il supervisait les contrats de la firme en Afrique du Nord. À la fin août, alors que la famille Kadhafi cherchait désespérément à fuir la Libye, le haut dirigeant québécois a payé les frais de transports et d'hébergement de M. Peters dans la capitale tunisienne.

Il m'a hébergé là-bas, nous avons eu des rencontres et il a payé pour que je rentre à la maison par la suite», confirme M. Peters, refusant toutefois de divulguer la teneur de ces rencontres «confidentielles» à Tunis. «Il n'était pas question d'extraire Saadi Kadhafi de Libye. Cela a été soulevé au cours la conversation, mais ce n'était pas le sujet.»

Peu de temps après cette rencontre, M. Peters est néanmoins entré en Libye, le pays voisin, où il a escorté Saadi Kadhafi et sa famille jusqu'à la frontière du Niger. Le garde du corps a d'ailleurs été blessé par balle au cours de cette mission.

M. Peters affirme que ni SNC-Lavalin ni M. Ben Aïssa n'ont commandé cette mission, illégale puisque des sanctions de l'ONU interdisaient tout voyage aux membres du clan Kadhafi. Qui, alors, a financé l'opération? Le garde du corps refuse de le dévoiler.  

SNC-Lavalin a brassé des affaires pendant 25 ans en Libye. Avant que la révolte n'éclate, en février 2011, la valeur de ses contrats dans ce pays totalisait un milliard de dollars. Son projet le plus controversé était la construction d'une prison de 275 millions à Tripoli.  

Mais au moins un autre projet de la firme soulève de troublantes questions.  

Entre 2008 et 2010, SNC a négocié avec le régime pour mettre sur pied une unité de l'armée libyenne. Selon le Globe and Mail, Riadh Ben Aïssa a écrit à Saadi Kadhafi pour lui proposer de fonder un «Corps de génie libyen», dont le logo aurait mêlé le bleu de SNC-Lavalin au vert de l'ancien drapeau libyen.  

Cette bonne entente a longtemps profité à SNC-Lavalin, mais la chute de la dictature a changé la donne. Dans un communiqué laconique, jeudi soir, la firme laisse entendre que M. Ben Aïssa n'a pas respecté le code de déontologie de l'entreprise.  

M. Ben Aïssa dénonce ces «insinuations trompeuses». Dans un communiqué, il affirme qu'il a plutôt démissionné et qu'il a entrepris «les recours légaux pertinents contre SNC-Lavalin afin de rétablir les faits et [sa] réputation».  

Complot au Mexique

Selon certaines sources, Stéphane Roy, le vice-président aux finances qui a aussi quitté la firme jeudi, répondait aux instructions de M. Ben Aïssa, son patron.  

En juillet, M. Roy a embauché Cynthia Vanier pour qu'elle effectue une «mission d'établissement des faits» en Libye. Après son court séjour dans le pays en guerre, où elle était escortée par Gary Peters, Mme Vanier a rédigé un rapport pro-Kadhafi, très critique des frappes de l'OTAN. Mme Vanier a reçu 113 000$ de SNC-Lavalin pour cette mission. Elle soutient avoir ensuite continué à travailler pour la firme. En octobre, la consultante canadienne a d'ailleurs soumis une facture de 395 000$, que SNC a refusé de payer.  

Mme Vanier devait rencontrer M. Roy à Mexico le 11 novembre, mais a été arrêtée la veille. Depuis, elle croupit en prison, accusée d'avoir été la tête dirigeante d'un complot pour faire entrer clandestinement Saadi Kadhafi au Mexique.  

M. Roy affirme s'être rendu au Mexique pour étudier un projet de traitement des eaux, mais le père de Mme Vanier, John McDonald, est sceptique.  

L'homme ne cache pas son amertume envers la firme, qui a d'abord nié tout lien avec sa fille. Aux prises avec les questions des médias, SNC a fini par admettre la mission en Libye, puis la présence de M. Roy au Mexique.

Ma fille travaillait pour SNC-Lavalin depuis le début. Elle croyait faire un travail légitime pour eux. S'ils avaient d'autres motifs, elle ne les connaissait pas. Elle a été dupée», dit M. McDonald, joint au Mexique, où il tente de soutenir sa fille âgée de 52 ans.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer