Le magasinage des Fêtes, tout un défi pour les handicapés

Couloirs bondés de gens. Ascenseurs introuvables. Toilettes inaccessibles. Pour les personnes vivant avec un handicap, le magasinage du temps des Fêtes peut être un véritable parcours du combattant, comme a pu le constater La Presse au début du mois de décembre en s'adonnant à une séance de lèche-vitrine en fauteuil roulant.

Mais une équipe de chercheurs de l'Institut de réadaptation de Montréal veut corriger cette situation. Une entente de partenariat vient d'être signée avec la Place Alexis Nihon, qui a accepté d'être transformée en véritable «laboratoire humain» au cours des prochains mois dans l'espoir de devenir le centre commercial le plus accueillant pour les personnes handicapées de Montréal.

Atteinte de dystonie et hémiplégique, Maria Barile se déplace en fauteuil roulant depuis le début des années 2000. Le 29 novembre dernier, elle nous attendait à la Place Alexis Nihon pour nous faire faire un petit tour.

Dès le début de la tournée, Mme Barile a montré plusieurs éléments qui sont problématiques pour les personnes aveugles: les poubelles fixées en plein milieu des couloirs qui peuvent devenir de véritables obstacles, les indications qui sont écrites en noir sur un fond gris et qui sont donc difficiles à lire...

Pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant, les indications pour les toilettes ou les ascenseurs, souvent fixées au plafond, ne sont pas faciles à voir. «Il faut se torde le cou pour les voir», dit-elle.

Mme Barile a voulu se rendre au deuxième étage. Trouver l'ascenseur, situé dans un coin reculé de l'édifice, n'est pas évident. Puis, on a tenté d'y pénétrer ensemble. Nos deux fauteuils roulants entraient tout juste. Il a fallu plusieurs minutes pour nous y installer correctement.

Nous nous baladions dans le centre commercial depuis à peine 20 minutes que la sueur perlait sur notre font. Nos bras étaient douloureux. Et le travail ne faisait que commencer. Pour avoir accès à un commerce, il faut passer une rampe d'accès dont la pente est beaucoup trop accentuée. Franchir cet obstacle relève de l'exploit. Et quand vient le moment de redescendre, le défi est tout aussi grand. La côte est si abrupte que nos mains retenaient avec peine les roues pour nous empêcher de filer à pleine vitesse vers le bas. «Même quand on est habitué, ça brûle les mains», note Mme Barile.

Certains commerçants installent aussi les supports à linge trop près les uns des autres. Conséquences: les fauteuils roulants ne peuvent y passer et ces commerces leur sont carrément inaccessibles.

Vient le temps de repartir. On s'est dirigées vers la station de métro. Quelques marches nous séparaient de la station. Impossible d'y pénétrer. De toute façon, seulement une poignée de stations de métro à Montréal sont accessibles aux handicapés. «C'est un autre combat. On va avoir un centre commercial adapté. Peut-être que le métro va suivre le pas», dit Mme Barile.

Défi scientifique

Directrice scientifique du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR), Bonnie Swaine explique que l'idée de créer un laboratoire humain dans un centre commercial est née il y a quelques mois. Des chercheurs ont remarqué que lorsque les usagers quittaient les centres de réadaptation, ils étaient «laissés à eux-mêmes». «Même s'ils sont capables d'utiliser leur fauteuil, sortir devient difficile. Plusieurs s'isolent et ne veulent pas sortir parce que c'est trop compliqué. On voulait un projet de recherche sur l'après. Quelqu'un a eu l'idée d'analyser un centre commercial pour voir comment on pourrait améliorer les choses», explique Mme Swaine.

Au cours des prochains mois, les chercheurs du CRIR interrogeront les travailleurs et les gérants de la Place Alexis-Nihon pour savoir s'ils se sentent bien outillés pour servir une clientèle de personnes handicapées. «On veut aussi questionner des gens avec différents handicaps pour savoir s'ils vont magasiner et, sinon, pourquoi. Quels sont les défis rencontrés?», illustre Mme Swaine.

Tout sera analysé: de la couleur des murs aux surfaces des planchers. «On veut aller plus loin que de simplement assurer une accessibilité aux commerces. On veut rendre le centre commercial plus accueillant pour cette clientèle», affirme l'autre directrice scientifique du CRIR, Eva Kehayia.

Vice-président directeur et chef de l'exploitation pour le Québec de Canmarc, Guy Charron partage le même objectif. «La population vieillit. Ça ne changera pas. La clientèle vivant avec un handicap va aller en augmentant et, comme tout bon propriétaire immobilier, il faut être à l'écoute de toutes nos clientèles», dit-il.

Le coût lié aux changements et l'échéancier des travaux restent inconnus. «Mais on veut rendre la vie plus simple à des gens qui ont déjà des situations difficiles à vivre. Et les solutions qui seront trouvées ici pourront être adoptées dans nos autres centres», affirme M. Charron. En plus de la Place Alexis-Nihon, Canmark est entre autres propriétaire du Centre Laval, de la Place Longueuil et de la Gare centrale.

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