Le placement syndical en trois questions

Nulle part ailleurs qu'au Québec un ouvrier de... (Photo: Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Nulle part ailleurs qu'au Québec un ouvrier de la construction n'a l'obligation d'appartenir à un syndicat. Ailleurs au Canada, il y a deux systèmes parallèles, l'un syndiqué et l'autre non, le premier groupe concernant surtout les grands chantiers et les grandes villes. Aux États-Unis, seulement 13% des ouvriers de la construction sont syndiqués.

Photo: Janick Marois, La Voix de l'Est

Q- Qu'est-ce que le placement syndical?

R- Le placement syndical est un système de référence pour les sociétés de construction. Il s'applique surtout aux grands chantiers, particulièrement à l'extérieur des grandes villes. Un employeur qui a besoin de dix électriciens, par exemple, demande à l'un des cinq syndicats de la construction des noms d'électriciens disponibles. Le problème, c'est que les syndicats dominants en profitent parfois pour imposer certains employés jugés indésirables par certains employeurs. Et que les syndicats dominants obligent parfois les employeurs d'un chantier à utiliser seulement leurs membres. Selon le rapport d'août dernier du Groupe de travail sur le fonctionnement de l'industrie de la construction, aussi appelé rapport Matteau, le placement syndical représente 15% des chantiers couverts par la Commission de construction du Québec (CCQ), qui couvre un peu plus de la moitié du secteur. Les petits chantiers chez les propriétaires occupants, par exemple, ne sont pas couverts par la CCQ.

Q- Quel sera le nouveau régime?

R- Dorénavant, les syndicats ne pourront plus faire de références aux entrepreneurs. Seule la CCQ pourra le faire. «Je doute que la CCQ arrive à mettre sur pied rapidement un système de référence, explique Jean Charest, directeur de l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal. Ça fait des années qu'elle doit le faire mais n'y réussit pas. Le rapport Matteau proposait que la CCQ mette sur pied un système de référence, mais que les syndicats puissent continuer à le faire. Les syndicats devraient par contre avoir une licence de la CCQ pour les références, qu'ils pourraient perdre s'ils font de l'intimidation sur les chantiers. À mon avis, le gouvernement veut avoir une position de négociation pour faire accepter le rapport Matteau aux syndicats dominants.»

Q- Le Québec a-t-il un système unique en Amérique du Nord?

R- Oui, répondent cinq professeurs de relations industrielles québécois que La Presse a consultés. Nulle part ailleurs un ouvrier de la construction n'a l'obligation d'appartenir à un syndicat. Ailleurs au Canada, il y a deux systèmes parallèles, l'un syndiqué et l'autre non, le premier groupe concernant surtout les grands chantiers et les grandes villes. Aux États-Unis, seulement 13% des ouvriers de la construction sont syndiqués. Jean Charest, de l'Université de Montréal, estime que l'abolition de la syndicalisation obligatoire a causé des pénuries de main-d'oeuvre en raison de la diminution de l'attrait des conditions de travail de la construction, comme dans la région des sables bitumineux, en Alberta. Les experts que La Presse a consultés avancent aussi que la compétence de la main-d'oeuvre américaine et canadienne-anglaise est moins élevée. Pierre-Luc Bilodeau, de l'Université Laval, avance en preuve une étude albertaine de 2006 qui a calculé que la productivité québécoise en construction était 10% plus élevée qu'aux États-Unis et 5% plus élevée qu'au Canada anglais. Mais à l'Association américaine des constructeurs et des entrepreneurs, on assure qu'aucune différence de qualité des constructions n'existe entre les États plus ou moins syndiqués, et on note que plusieurs sociétés privées de placement d'ouvriers de la construction ont été lancées.

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