Hérouxville: un coup monté?

Avec le code de vie de Hérouxville, la... (Photo: Le Nouvelliste)

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Avec le code de vie de Hérouxville, la crise sur les accommodements raisonnables, latente, a éclaté dans toute sa fureur.

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Risée des humoristes et de maints commentateurs, les «normes de vie» de Hérouxville, dans lesquelles on interdit notamment la lapidation des femmes dans le petit village mauricien, auraient-elles été un coup monté pour faire réagir les médias et la classe politique? C'est du moins ce qu'avance un nouveau documentaire sur la crise des accommodements raisonnables au Québec et la commission Bouchard-Taylor.

Dans Liberté, égalité, accommodements, du réalisateur montréalais Stefan Nitoslawski, André Drouin, ancien conseiller municipal de Hérouxville et auteur des «normes de vie», affirme qu'il avait conçu le document pour qu'il ait un maximum d'impact médiatique et politique.

«À l'intérieur (des normes de vie), il y avait des mots provocateurs. Effectivement, à Hérouxville, il n'y a jamais eu de femme lapidée. [...] Il n'y a pas eu de femme brûlée à l'acide ni d'excision. [...] Sauf qu'il fallait quelque chose qui accrocherait les médias», explique M. Drouin dans le documentaire de 53 minutes, dont la première montréalaise a eu lieu à la Cinémathèque mardi soir. «Le document de base servait aussi à ce que les politiciens disent: il y a une meute de personnes qui ne veulent pas d'accommodements religieux au Québec. Il y a quelqu'un qui doit agir.»

Autopsie d'un phénomène médiatique

Le document, que plusieurs avaient jugé naïf et xénophobe, a été longuement prémédité. «Je riais aux larmes en écrivant ça, dit aujourd'hui André Drouin. Il y avait quelque chose d'absurde dans l'idée d'écrire ce document à Hérouxville», où il n'y a qu'une seule famille immigrée. «Je me suis dit: il y a des journalistes qui vont sauter sur le morceau... Et ç'a été le cas!», dit l'ex-élu, joint mercredi après-midi.

Le brûlot, adopté par le conseil municipal de Hérouxville au début de 2007, a eu l'impact escompté dans un contexte où la question des accommodements raisonnables était déjà au coeur de l'actualité. Après sa publication dans les pages de La Presse, l'histoire de Hérouxville a fait le tour de la planète. Un mois plus tard, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a annoncé la formation de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, dont il a confié la présidence aux intellectuels Gérard Bouchard et Charles Taylor.

Un débat à faire

Stefan Nitoslawski, qui a suivi, caméra au poing, les travaux de la Commission pendant toute leur durée, est convaincu que le geste de Hérouxville a obligé le gouvernement à sortir de son mutisme. «Il y avait déjà des préoccupations sur les accommodements raisonnables. André Drouin et son ami Bernard Thompson, deux retraités, voyaient que la classe politique ne bougeait pas. Ils ont décidé de faire quelque chose et ont réussi. Ils ont joué le jeu des gars des régions au franc-parler et ont suscité un débat alors qu'une bonne partie du Québec avait peur de parler», dit le cinéaste.

«Je pense que, au bout du compte, l'expérience a été positive, ajoute le réalisateur, qui considère que la Commission a été une démonstration exemplaire de démocratie participative. On a été obligé de se pencher sur des questions difficiles, d'en apprendre plus sur les accommodements et la laïcité. Malheureusement, le gouvernement a eu peur de certaines conclusions du rapport Bouchard-Taylor (présenté en 2008) et continue d'avoir peur du débat politique sur la laïcité et la place de la religion dans la sphère publique», ajoute M. Nitoslawski, qui espère que son film contribuera à relancer la discussion.

S'il refuse de commenter l'épisode des «normes de vie» de Hérouxville, le sociologue et historien Gérard Bouchard croit, tout comme MM. Drouin et Nitoslawski, que les questions débattues devant la commission sont restées en plan. «Le débat sur les réalités ethnoculturelles s'est déplacé vers la laïcité. Il n'y a pas de consensus au Québec sur cette question et il est temps que le gouvernement tranche, qu'il mette de l'avant une loi, une charte», soutient M. Bouchard, l'un des responsables d'un symposium international sur l'interculturalisme qui a lieu depuis mercredi à Montréal.

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