Des milliers de délits commis dans l'armée

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En plus d'être accusé de meurtre, le colonel Russell Williams (centre) devra répondre à deux chefs d'accusation pour agression sexuelle.

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Philippe Orfali
Le Droit

Les documents obtenus par Le Droit en vertu de la loi sur l'accès à l'information dressent un portrait peu glorieux de nos soldats et de la vie sur les bases canadiennes. Ils recensent des milliers de crimes en tout genre commis depuis 2007 et rapportés à la police militaire.

Du vol au viol, ce sont près de 4000 délits qui ont été commis depuis trois ans, dans une population qui avoisine les 18 000 personnes, selon les estimations du colonel à la retraite et avocat Michel Drapeau. «Des chiffres extrêmement élevés», qui sont néanmoins loin de le surprendre.

«Ces données posent de sérieuses questions au sujet de la culture militaire, dit-il. Impossible de ne pas faire de liens entre ces actes et ceux du colonel Russell Williams.»

En plus d'être accusé de meurtre, Williams devra répondre à deux chefs d'accusation pour agression sexuelle. Ses victimes ne sont pas seules. Depuis 2007, rien que dans les forces de terre, 203 personnes ont été accusées d'avoir commis des infractions sexuelles. Ce serait cinq fois plus que la moyenne canadienne.

Les crimes rapportés ne représentent qu'une partie de la réalité, assure Me Drapeau. «On serait mal avisé, en tant que pays, de vouloir banaliser ou de rationaliser ces statistiques. Combien de victimes ont trop peur pour rapporter une agression sexuelle à leurs supérieurs ou à la police de la base?»

Ces rapports, commandés par le chef d'état-major de l'armée de terre Andrew Leslie, sont «un sérieux avertissement que quelque chose cloche dans l'armée. Et ça continuera jusqu'à ce que le Canada sorte d'Afghanistan en 2011», dit Me Drapeau

Le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry dresse lui aussi un parallèle entre la mission du Canada en Afghanistan et la criminalité sur les bases militaires. Les cas d'ivresse (352 depuis 2007) et de conduite en état d'ébriété (717) semblent particulièrement élevés, reconnaît-il.

«Les bases où l'on voit les plus hauts taux (de conduite en état d'ébriété) sont celles d'où proviennent beaucoup de soldats (envoyés) en Afghanistan. Après avoir été encadrés strictement, il se peut qu'il y ait une certaine recrudescence au niveau de l'abus d'alcool à leur retour.» En réalité, les cas de conduite en état d'ébriété seraient six fois plus élevés dans les forces de terre que dans l'ensemble de la population canadienne.

«Un problème systémique»

De retour au pays et mal outillés pour faire face au syndrome de stress post-traumatique, de nombreux soldats sombrent dans l'alcool, soutient Me Drapeau. «Ce ne sont pas des cas isolés. C'est un problème systémique. Les soldats, ce sont des gens éduqués qui risquent leur vie pour le Canada. Ils boivent non pas par imbécillité, mais parce qu'ils sont désemparés. Le Canada faillit à sa tâche de les aider.»

De cette détresse découlent aussi plusieurs cas de violence conjugale et de consommation de drogue, croit-il.

En guise de réponse à nos demandes d'entrevues, les Forces canadiennes ont transmis un courriel, hier soir. «Les Forces [...] prennent au sérieux toutes les allégations d'infractions concernant les membres des FC. Dans tous les cas, des enquêtes sont menées pour établir les faits, analyser les preuves et porter les accusations appropriées s'il y a lieu. Les membres des FC sont assujettis aux lois canadiennes et au Code de discipline militaire. La grande majorité des membres des FC respectent ces normes», indique-t-on.

Avec la collaboration de William Leclerc

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