CPE : une mine d'or pour les femmes

Les garderies à 5 $, puis à 7... (Photo : AP)

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Les garderies à 5 $, puis à 7 $, ont eu des retombées inespérées pour les femmes, qui sont de plus en plus nombreuses à travailler, et pour les familles de classe moyenne, qui ont vu leur revenu bondir.

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Philippe Orfali
La Presse

Il y a 11 ans, Québec a créé les centres de la petite enfance. Son objectif : donner un peu de répit aux familles, qui déboursaient alors des dizaines de dollars par jour pour faire garder leurs enfants. Onze ans plus tard, ces garderies à 5 $, puis à 7 $, ont eu des retombées inespérées : le nombre de femmes sur le marché du travail a bondi de 30 %. Et elles sont plus instruites et plus riches que jamais.

«Évidemment, il ne s'agit pas du seul et unique facteur, mais la création des garderies à contribution réduite a été l'un des points déterminants de l'arrivée en masse des femmes sur le marché du travail», estime l'économiste Pierre Lefebvre, auteur d'une série d'études sur la présence des mères sur le marché du travail.C'est grâce à la création des garderies à 5 $ que Nathalie Fontaine a pu retourner aux études et, une fois son diplôme en poche, se trouver un emploi... dans un CPE. Selon cette mère de quatre enfants, il aurait été «totalement impossible» à sa famille de se payer le luxe d'un service de garde dans l'ancien système. «Mon partenaire gagne 11 $ l'heure et, avant d'avoir mon deuxième enfant, j'étais caissière chez Metro. L'existence des garderies à 5 $ m'a donné les moyens de retourner aux études», dit-elle.

La jeune femme a longuement soupesé les pour et les contre avant de faire le saut. Dans tous les cas, le verdict était clair. «Avec les enfants en garderie et deux salaires, nous allions pouvoir joindre les deux bouts beaucoup plus facilement. C'est ce qui m'a poussée à retourner au travail», confie Mme Fontaine.

La classe moyenne gagnante

Le cas de Nathalie Fontaine n'est pas unique. À l'échelle de la province, des dizaines de milliers de femmes ont pu gagner le marché de l'emploi depuis la création des CPE. «En 1997, près de 60 % des mères qui élevaient seules des enfants en bas âge vivaient sous le seuil de la pauvreté. Sept ans plus tard (en 2004), cette proportion avait chuté à 30 %. Et ça a continué à diminuer», soutient le directeur général de l'Association québécoise des CPE, Jean Robitaille.

La Loi sur l'équité salariale, la prime au travail, le salaire minimum québécois - le plus élevé en Amérique du Nord - et les congés parentaux y sont aussi pour beaucoup. «L'impact de ces mesures sociales est manifeste. La hausse du revenu de la femme a été la source des trois quarts de l'augmentation du revenu médian (des couples) au Québec depuis 10 ans», a constaté l'économiste Pierre Fortin dans une étude portant sur l'essor du revenu de la classe moyenne québécoise.

Élément-clé de la politique familiale du Parti québécois dévoilée en 1996, les garderies à contribution réduite (communément appelées centres de la petite enfance) ont vu le jour l'année suivante, sous la houlette de Pauline Marois, alors ministre de la Famille.

À l'époque, le programme de places à 5 $ coûtait 290 millions par année à l'État québécois et ne s'adressait qu'aux enfants de 4 ans. Dix ans plus tard, c'est plus de 1,7 milliard qu'investit la province dans ce programme ouvert à tous. La promesse du premier ministre Jean Charest d'offrir 220 000 places en garderie d'ici la fin de 2009 devrait coûter 2 milliards aux contribuables.

«Sur le terrain, on observe que l'arrivée des CPE a favorisé l'accès à l'emploi, estime Brigitte Aubé, directrice du CPE Le Jardin charmant, dans Hochelaga-Maisonneuve. Une grande partie de la clientèle de ce CPE est allophone. «Le faible coût du service permet notamment aux mères immigrées de mieux s'intégrer. Pendant que l'enfant s'intègre ici, plusieurs d'entres elles suivent des cours de francisation et finissent par gagner le marché du travail», souligne Mme Aubé.

Les femmes continueront à prendre d'assaut le marché du travail, prédit M. Fortin. «Environ 55 % des femmes travaillent au Québec, à l'heure actuelle, comparativement à 65 % des hommes. Et ce n'est pas sur le point de s'arrêter.»

 

 




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