Des imams made in France

Djelloul Seddiki, directeur de l'Institut de théologie Al-Ghazalo... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Djelloul Seddiki, directeur de l'Institut de théologie Al-Ghazalo de la Grande Mosquée de Paris, est en visite à Montréal.

Photo: Alain Roberge, La Presse

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À deux pas du luxuriant Jardin des Plantes, la Grande Mosquée de Paris est pour beaucoup de touristes un arrêt obligé au coursd'une visite du Quartier latin. Mais pour quelques centaines de jeunes Français, le bâtiment aux allures mauresques est d'abord et avant tout une université.

C'est ici, à l'Institut de théologie Al-Ghazali de la Grande Mosquée, que 16 professeurs ont la tâche de former les futurs imams de France.

 

Après leurs études, les diplômés iront prêcher auprès des cinq millions de musulmans français, dans plus de 2200 mosquées et lieux de prières répartis dans l'Hexagone.

À ce jour, les 200 diplômés sont encore une exception dans les lieux de culte musulmans du pays, où les imams étrangers, surtout originaires du Maroc et d'Algérie, sont largement majoritaires. Mais l'Institut, qui décerne des diplômes depuis 2001, espère vite rattraper du terrain. «Les musulmans de France ne veulent pas se faire donner des leçons par des gens de l'extérieur. Ils veulent un message qui vient de l'intérieur et qui reflète des réalités auxquelles ils font face», explique le directeur de l'Institut de théologie, Djelloul Seddiki, en notant que plus de 70% des musulmans en France sont nés dans le pays.

Pour devenir imam «à la française», les élèves de l'Institut de théologie, âgés de 18 à 25 ans, doivent suivre plus de 3200 heures de cours. Ceux qui préfèrent devenir aumôniers (la seule option offerte aux femmes) suivent un cours intensif de deux ans. Tous, ils apprennent autant à réciter le Coran par coeur qu'à discourir de l'existentialisme et de la France des Lumières. «Un imam en France doit connaître Sartre et Voltaire», s'exclame Djelloul Seddiki.

D'ailleurs, la toute dernière fournée d'étudiants - 35 hommes et cinq femmes qui recevront leur diplôme le 22 novembre -, vient tout juste de passer un an sur les bancs de l'Institut catholique de Paris, où ils ont notamment étudié les fondements du droit français et perfectionné leur compréhension de la laïcité.

Le recours à un institut catholique a fait des remous dans la communauté musulmane. D'autres établissements, qui forment eux aussi des imams français, estiment qu'ils peuvent faire le travail seul. «On a été très critiqué pour cette initiative. Mais nous pensons que le dialogue est crucial. Je vois notre collaboration avec l'Institut catholique comme une deuxième version de Vatican II, le concile pendant lequel la religion catholique a décidé de s'ouvrir au monde», plaide M. Seddiki.

Un exemple pour le Québec?

C'est pour parler de cette expérience à la tête de l'Institut de théologie que Djelloul Seddiki est en visite à Montréal cette semaine. À l'invitation de la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université de Montréal, le détenteur d'un doctorat en sociologie de l'Université de Paris X a prononcé une conférence hier soir et enfilera les rencontres avec les professeurs et les organismes montréalais qui s'intéressent à l'avenir de l'enseignement de l'islam au Québec.

«Nous ne sommes pas rendus à former des imams à l'Université de Montréal. Nous sommes pour le moment dans une phase exploratoire. L'expérience de la Grande Mosquée nous semble positive et peut être utile dans le contexte québécois», a dit hier à La Presse le doyen de la faculté, Jean Duhaime.

 




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