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Les policiers ont à l'oeil le port du pantalon... des signaleurs routiers

La Presse a obtenu en vertu de la... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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La Presse a obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information la copie de 44 plaintes relatives au port des « pantalons de clown » par des policiers.

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Les policiers de Montréal arborent peut-être des pantalons fantaisistes depuis trois ans, mais ils ne badinent pas avec le port de l'uniforme... des signaleurs routiers. Plusieurs plaintes formulées contre les agents du SPVM ces dernières années révèlent le malaise provoqué par ce moyen de pression coloré.

DEUX POIDS, DEUX MESURES

La Presse a obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information la copie de 44 plaintes relatives au port des « pantalons de clown » par des policiers. On y apprend notamment qu'un signaleur routier a écrit au maire Denis Coderre en juin 2016 après avoir été interpellé parce qu'il ne portait pas le pantalon jaune-vert fluorescent que le gouvernement impose à sa profession depuis 2013. « J'aimerais savoir pourquoi les policiers ne respectent pas cette loi. [...] Ils ne portent même pas l'uniforme, alors je n'ai pas à endurer vos policiers qui font du zèle », dénonce-t-il.

PLUSIEURS INCIDENTS AVEC LES SIGNALEURS

Ce cas n'est pas unique, dit Jean-François Dionne, président de l'Association des travailleurs en signalisation routière du Québec. Il dit avoir été informé de plusieurs incidents du genre, mais précise que peu de signaleurs ont osé porter plainte. Ceux-ci craignent en effet de voir leur avertissement se transformer en amende s'ils rouspètent. En plus d'une contravention de 138 $, ils risquent d'être expulsés d'un chantier s'ils ne portent pas l'habit réglementaire.

TENSIONS AVEC DES CITOYENS

Les 44 plaintes contre le port des « pantalons de clown » repérées par le SPVM révèlent que le moyen de pression syndical a parfois provoqué des tensions avec les Montréalais lors de leurs interventions. Un citoyen qui a appelé le 911 pour se plaindre du bruit de voisins a rappelé plus tard pour dénoncer la tenue des agents venus calmer la situation. Notons qu'une proportion importante des plaintes ont été déposées au cabinet du maire (et même à Équipe Coderre), qui les a ensuite transmises au corps policier. Aucun des rapports de plainte ne mentionne qu'une sanction a été prise à l'endroit d'un agent ayant fait l'objet d'une plainte.

HUIT PLAINTES POUR LES FUNÉRAILLES DE JACQUES PARIZEAU

L'accoutrement des policiers lors des funérailles du premier ministre Jacques Parizeau en avait également choqué plusieurs. Huit plaintes ont été formulées pour ce seul événement. Un entrepreneur a notamment dénoncé la conduite des policiers à l'occasion des appels d'offres lancés par la Ville pour leur acheter des uniformes : « Ils ne les portent même pas pour les funérailles d'un grand bâtisseur », a-t-il déploré en référence au décès de l'ancien chef souverainiste.

COMME DES ÉPOUVANTAILS

Certains plaignants ne manquent pas d'humour pour dénoncer le moyen de pression des policiers. À la suite des funérailles de Jacques Parizeau, un citoyen écrit : « J'aimerais savoir où les policiers du SPVM achètent leurs pantalons de camouflage. Je vais à des funérailles en fin de semaine et je souhaite être habillé pour l'occasion. » Un autre plaignant compare l'accoutrement des agents à celui d'épouvantails. « On met ce genre de mannequins l'été pour faire peur aux oiseaux dans les champs », ajoute-t-il. Sur une note plus sérieuse, il invite la Ville de Montréal à faire appel à la Sûreté du Québec si les agents du SPVM ne veulent pas porter leur uniforme.

PAS UNE MILICE PRIVÉE

Pour d'autres, le port de ces pantalons qui sont parfois d'allure militaire pose un problème sérieux entachant l'image du SPVM. « Nous vivons au Québec, et non sous l'égide d'un Duce avec ses sbires mussoliniens qu'incarnait autrefois la Gestapo », dénonce l'un d'eux, confondant la police secrète allemande avec celle qui sévissait en Italie dans les années 20 à 40. « Les policiers ne devraient pas ressembler à une milice privée », écrit un autre Montréalais.

CONFUSION AVEC L'ARMÉE ?

Certains citoyens ont porté plainte contre des policiers arborant des pantalons de camouflage, estimant qu'il était illégal de porter l'uniforme de l'armée. « Ces pantalons font partie de l'uniforme actif des militaires canadiens. [...] Il faut respecter les uniformes des autres métiers », dénonce l'un d'entre eux. Vérifications faites auprès des Forces armées canadiennes, il est interdit de porter l'uniforme complet des militaires. « Mais porter uniquement le pantalon n'est pas interdit », précise Daniel Le Bouthillier, porte-parole de la Défense nationale. Par ailleurs, l'armée précise que les militaires qui refuseraient de porter une partie de leur uniforme réglementaire s'exposeraient à des mesures disciplinaires.

DES MOYENS DE PRESSION « ASSUMÉS »

Soulignant qu'il est interdit aux agents de la paix de faire la grève, la Fraternité des policiers de Montréal a réitéré qu'elle a choisi ce moyen de pression pour manifester son mécontentement sans nuire aux services aux citoyens. « Les policiers ne font aucun moyen de pression susceptible de diminuer la protection des citoyens. La Fraternité est néanmoins consciente que ses moyens de pression dérangent et elle l'assume », explique un porte-parole, Martin Desrochers. En avril dernier, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a présenté un projet de loi pour obliger les policiers à porter leur uniforme réglementaire. Celui-ci sera étudié en commission parlementaire en septembre et ne sera donc pas adopté avant l'automne.

- Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse




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