Des négos ardues prévues entre Montréal et ses policiers

Les policiers de Montréal ont manifesté bruyamment mercredi... (PHOTO NINON PEDNAULT, LA PRESSE)

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Les policiers de Montréal ont manifesté bruyamment mercredi lors du lancement des célébrations du 375e anniversaire de Montréal.

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Le coup d'éclat des policiers lors du lancement des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, mercredi soir, n'a pas coupé les ponts avec la Ville. Les négociations pour le renouvellement de la convention collective des agents, échue depuis deux ans et demi, reprendront malgré tout la semaine prochaine. Alors que la métropole vient d'en arriver à un accord de principe avec ses pompiers, le fossé reste grand entre Montréal et ses policiers.

La convention des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est arrivée à échéance en décembre 2014, mais le conflit de travail entourant son renouvellement a tout de même débuté six mois plus tôt. Le nouveau partage du coût des régimes de retraite des employés municipaux imposé en juin 2014 par le gouvernement a mis le feu aux poudres parce que les agents se trouvaient parmi les plus durement touchés.

Alors qu'ils couvraient auparavant 24% du coût - 76% pour la Ville - , Québec a imposé un partage en parts égales. Montréal calcule que ce changement coûte à chaque syndiqué 2400 $ par an, tandis que la Fraternité des policiers évoque plutôt le chiffre de 6000 $. Et tandis que le régime de retraite des policiers leur coûte plus cher, il sera nettement moins généreux : ils accumulaient 22 300 $ par an auparavant et devront désormais se contenter de 15 600 $.

Important écart sur la rémunération

Pour faire face à ces changements majeurs dans le partage du coût de leur régime de retraite, la Fraternité des policiers réclame une importante hausse de salaire. À l'été 2014, leur président, Yves Francoeur, a prévenu qu'il s'attendait à des augmentations supérieures à 7%. «C'est sûr qu'on va demander des compensations pour conserver notre rang en rémunération globale», avait dit le chef syndical, lors d'une entrevue avec La Presse.

Or, comme la rémunération des policiers a progressé plus rapidement que celle des autres employés municipaux depuis les fusions, la Ville de Montréal propose d'augmenter leur salaire de seulement 2%, selon un document obtenu en mars 2016 par La Presse.

Mise sur pied d'une agence de la circulation

Autre écueil majeur, la Ville de Montréal souhaite réduire considérablement les heures supplémentaires effectuées par les policiers. Leur convention précise en effet que la surveillance des chantiers doit être effectuée par des agents en dehors de leurs heures régulières.

Or, avec la multiplication des chantiers sur l'île, la facture de la surveillance a explosé. En 2016 seulement, Montréal dit avoir payé 10,5 millions de plus que prévu en heures supplémentaires à ses policiers. Pour réduire ses frais, la Ville souhaite mettre sur pied une agence dont les employés, touchant un salaire inférieur, s'occuperaient de la gestion de la circulation aux abords des chantiers.

Discussions prévues

Après deux ans et demi de discussions n'ayant débouché sur rien, Montréal et la Fraternité ont convenu de s'asseoir à nouveau la semaine prochaine pour un «blitz de négociations», du 23 au 26 mai. «On veut négocier, ce n'est pas une question de bloquer», a dit le maire Denis Coderre, jeudi. Il a brandi l'entente de principe avec l'Association des pompiers pour démontrer la capacité de son administration à en arriver à un règlement.

La Fraternité a refusé de répondre à nos questions, jeudi, mais en marge de la manifestation de mercredi soir, Yves Francoeur s'est dit ouvert à la discussion. «On y va de bonne foi, on présume que la Ville est de bonne foi aussi. On verra ce que ça donnera.»

Négociations sur fond de tension

Les négociations entre Montréal et ses policiers se déroulent depuis trois ans sur fond de tension, les agents - qui n'ont pas le droit de grève - ayant multiplié les moyens de pression. Depuis juin 2014, ils portent des pantalons colorés. Un projet de loi a toutefois été déposé récemment pour les forcer à revêtir leur uniforme réglementaire.

Les agents avaient aussi couvert leurs véhicules d'autocollants rouges, mais un arbitre du travail leur a demandé en janvier dernier de cesser cette pratique, estimant que ce moyen de pression nuisait à l'efficacité du corps policier.

La Ville a aussi constaté une soudaine baisse de ses revenus en contraventions depuis juin 2014. En 2016 par exemple, les billets de circulation et de stationnement ont rapporté 29 millions de moins que prévu, soit un manque à gagner de 16% de ces revenus.

Spectacle repris

Le dernier coup d'éclat a grandement indisposé le maire qui estime que les policiers se sont trompés de cible en perturbant l'illumination du pont Jacques-Cartier, mercredi soir. «Ce n'est pas grave qu'ils me traitent de nom. Ça ne marche pas. Ça fait trois ans qu'ils portent des pantalons de clown et ça ne marche pas. Mais ce qui vient me chercher, c'est quand des Montréalais, qui paient leur salaire, ne peuvent bénéficier d'une fête exceptionnelle. Les grands perdants de la manifestation, ce sont les Montréalais eux-mêmes», a déploré Denis Coderre.

Déçu d'apprendre que le spectacle a été gâché pour des milliers de spectateurs, le maire a demandé qu'il soit présenté une deuxième fois. «Je veux qu'il y ait une autre représentation. Et j'espère que les gens qui veulent faire du bruit en feront ailleurs», a dit le maire. La date pour la reprise n'a pas encore été déterminée.

Nombre adéquat de policiers, dit le SPVM

Bien que la Fraternité évalue que 3000 des 4500 policiers de Montréal ont manifesté mercredi soir, le SPVM assure qu'il n'était pas à court de personnel pour assurer la sécurité lors du lancement du 375anniversaire. Des agents supplémentaires avaient été prévus. Et afin d'éviter que plusieurs policiers ne s'absentent subitement en même temps, le corps policier dit avoir pris des «mesures de contrôle».

Le nombre de policiers en service était ainsi suivi de près, les commandants sur le terrain devant aviser leurs supérieurs des effectifs déployés. Le volume d'appels entrant a également été suivi comme indicateur. Dans les deux cas, le SPVM ne rapporte aucun incident.




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