REM: deux ministères ont de fortes réserves sur le tracé

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Selon le tracé du REM projeté, la station terminale de l'«antenne sud» du projet, sur la Rive-Sud de Montréal, serait construite sur des terres agricoles situées au sud de l'autoroute 30 et à l'ouest de l'autoroute 10.

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Bruno Bisson
La Presse

La construction en zone agricole de la station terminale du Réseau électrique métropolitain (REM), sur la Rive-Sud de Montréal, soulève des réserves importantes de la part d'au moins deux ministères québécois, selon des documents déposés au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) estime d'abord «que le projet aura des impacts significatifs négatifs sur la pérennité du territoire agricole et sur le développement d'activités agricoles dans le secteur environnant la station terminale», prévue à l'intersection des autoroutes 10 et 30, à Brossard, au sud du centre commercial DIX30.

Le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire (MAMOT) vient par ailleurs de décider, il y a moins d'un mois, de rejeter le schéma d'aménagement proposé par l'agglomération de Longueuil, ordonnant notamment à celle-ci «de ne pas permettre les nouvelles infrastructures routières ou ferroviaires et l'extension des réseaux d'aqueduc et d'égout en zone agricole».

Or, même si l'opinion du MAMOT ne concerne pas spécifiquement le projet du REM, c'est précisément ce que prévoit ce mégaprojet de transports en commun de 5,5 milliards proposé par une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, CDPQ Infra.

Selon le tracé projeté, la station terminale de l'«antenne sud» du projet, sur la Rive-Sud de Montréal, serait construite sur des terres agricoles situées au sud de l'autoroute 30 et à l'ouest de l'autoroute 10.

En plus de la station elle-même, CDPQ Infra prévoit aménager à cet endroit un stationnement incitatif de 3000 places, un terminus d'autobus qui compterait 17 quais, des infrastructures routières permettant aux automobiles et aux autobus d'accéder à la station, ainsi que des voies ferrées pour le remisage et l'entretien «léger» des voitures électriques du REM, durant la nuit.

Ces installations s'étendraient sur une superficie de 30 hectares, soit l'équivalent de 50 terrains de football.

Rabattement et circulation réduite

Lors de la première partie des audiences publiques du BAPE, qui examine depuis la fin du mois d'août les impacts sociaux et environnementaux du projet, CDPQ Infra a justifié le choix de cet emplacement en affirmant qu'il permet d'organiser un rabattement efficace des autobus locaux et régionaux vers la station du REM, au croisement de deux autoroutes.

CDPQ Infra estime également qu'en éliminant des stationnements existants, le long de l'autoroute 10 entre l'autoroute 30 et le pont Champlain, le projet permettra de réduire de façon importante la circulation automobile qui transite par les rues de Longueuil et de Brossard pour se rendre jusqu'aux pôles d'embarquement actuels des transports collectifs, en direction de Montréal.

Ainsi, selon CDPQ Infra, le grand stationnement incitatif Chevrier, qui contient plus de 2300 places, à mi-chemin entre l'autoroute 30 et le pont Champlain, ne sera plus qu'un souvenir après la mise en service du REM, prévue pour la fin de 2020. Un peu plus loin sur l'autoroute 10, le stationnement incitatif Panama, qui compte actuellement plus de 1000 places, serait réduit à 700 cases.

«L'objectif était de sélectionner un site qui était en amont de l'échangeur [des autoroutes 10 et 30] afin d'éviter les nuisances sur le territoire de la ville de Brossard et d'améliorer la fluidité [dans ce secteur].» - Virginie Cousineau, représentante de CDPQ Infra, lors des audiences du BAPE

CDPQ Infra affirme avoir analysé les terrains disponibles dans les quatre quadrants du carrefour des autoroutes 10 et 30 avant d'arrêter son choix sur le «quadrant sud», situé en zone agricole. Le terrain choisi, selon CDPQ Infra, serait le seul qui dispose de l'espace suffisant pour l'aménagement des infrastructures de la gare et qui permette d'intercepter le trafic automobile en amont de l'échangeur autoroutier.

Limite de l'urbanisation

La démonstration de CDPQ Infra présentée au BAPE n'a pas convaincu le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) pour la Montérégie, Christian St-Jacques. Dans une entrevue à La Presse, le président du syndicat agricole a estimé que la Caisse de dépôt n'a pas fait la preuve qu'il n'existe aucun autre emplacement adéquat pour cette gare de la Rive-Sud.

M. St-Jacques a qualifié de «déplorable» le choix de la Caisse d'ouvrir la porte à des projets de développement urbain sur les sites Panama et Chevrier en y fermant des milliers de places de stationnement existantes, qu'on recréera ensuite «sur des sols de la meilleure qualité possible pour la production agricole».

Il affirme de plus qu'en implantant la gare terminale au sud de l'autoroute 30, qui a longtemps été perçue comme la limite du territoire urbanisé de la métropole, «on va créer une pression énorme sur le territoire agricole» en Montérégie.

«Entendons-nous bien sur une chose, tient-il à préciser. L'UPA-Montérégie n'est pas contre le projet du REM. Nous trouvons que c'est un projet très prometteur pour la grande région de Montréal. Mais nous questionnons l'emplacement de cette gare et les arguments utilisés par CDPQ pour le justifier.»

L'UPA-Montérégie prévoit de présenter un mémoire sur le projet de CDPQ Infra lors de la seconde partie des audiences publiques du BAPE, à compter du 26 septembre.

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