Des travaux sur les conduites d'égout ou d'aqueduc rendent des citoyens malades

Plutôt que de remplacer les conduites d'aqueduc et... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Plutôt que de remplacer les conduites d'aqueduc et d'égout défectueuses, comme ce fut le cas sur le boulevard Saint-Joseph l'an dernier (notre photo), la Ville de Montréal tente de prolonger leur durée de vie en misant sur le gainage. Par contre, ce type de travaux engendre de plus en plus de plaintes de citoyens disant avoir été incommodés par les émanations chimiques produites par des travaux.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Maux de tête, nausées, vertiges, fatigue intense : la Ville de Montréal reçoit chaque année une trentaine de plaintes de citoyens disant avoir été incommodés par les émanations chimiques produites par des travaux de plus en plus fréquents. Et même si une technique sans odeur a été testée avec succès à Québec, la métropole ne prévoit pas imposer son utilisation en raison des coûts jugés trop importants.

Réparations nécessaires

Les effondrements de rue en témoignent, les infrastructures souterraines de Montréal sont en mauvais état. Remplacer les conduites d'aqueduc et d'égout défectueuses étant une tâche titanesque - et onéreuse -, la métropole tente de plus en plus de prolonger leur durée de vie en misant sur le gainage. Il s'agit d'introduire un nouveau tuyau dans l'ancienne conduite pour la renforcer. Or, pour le faire adhérer, Montréal doit utiliser une résine dans laquelle se trouve du styrène, un solvant qui dégage une forte odeur, lorsque chauffé. Ces émanations peuvent ensuite s'infiltrer dans les résidences à travers les canalisations.

Émanations incommodantes

La forte odeur dégagée par le styrène, qui s'apparente à celle d'un marqueur permanent tenu sous le nez, ne passe pas inaperçue auprès des citoyens habitant près de ces chantiers. Montréal admet recevoir bon an, mal an une trentaine de plaintes de gens disant avoir été incommodés. Toxicologue à la Direction de la santé publique de Montréal, Monique Beausoleil indique que le seuil de détection du styrène est très faible. Il suffit d'une concentration de 0,14 PPM pour le sentir. Les études démontrent toutefois que les gens peuvent supporter jusqu'à 20 PPM sans ressentir d'effets.

Nausées, vertiges

Certaines personnes peuvent toutefois être plus sensibles, notamment les enfants. Dans l'avis transmis aux citoyens en vue de travaux, Montréal précise d'ailleurs que « l'odeur du styrène pourrait incommoder certaines personnes, causant des maux de tête et des nausées, même à des niveaux d'exposition très faibles ». La Ville assure néanmoins que « le styrène ne présente pas de danger pour la santé ». Parmi les autres symptômes pouvant être ressentis, Monique Beausoleil explique que les gens pourraient ressentir des vertiges, éprouver des difficultés à se concentrer et se sentir comme en état d'ébriété.

Pas d'inquiétudes, mais une intervention requise

La Direction de la santé publique de Montréal dit s'être penchée dès 2010 sur l'utilisation du styrène dans les chantiers de la métropole à la suite de plaintes de citoyens. Des mesures de gaz ont été prises dans diverses résidences et celles-ci n'ont pas révélé de problème important, dit Mme Beausoleil. « Les valeurs n'étaient pas très élevées, on n'avait pas d'inquiétude que les gens puissent avoir des effets graves ou des séquelles. Mais ce n'est pas normal que de telles odeurs puissent entrer à l'intérieur des maisons. On a recommandé à la Ville de mettre en place une procédure pour intervenir rapidement lorsque ça arrive. » La DSP se dit d'ailleurs satisfaite des mesures prises depuis par Montréal, comme de conseiller d'ajouter de l'eau dans les drains de plancher pour empêcher l'émanation d'odeurs.

Nouvelle technique à Québec

Misant elle aussi sur le gainage pour prolonger la durée de vie de ses conduites d'égout, la Ville de Québec faisait face au même problème de plaintes de citoyens. Pour corriger cet irritant, la capitale a testé en 2015 une technique dite sans odeur mise au point en Europe. Ces gaines comportent toujours du styrène, mais celui-ci est encapsulé et ne se retrouve donc jamais à l'air libre. Pour le durcir, on n'utilise plus de la chaleur, mais plutôt des rayons ultraviolets. « Cette méthode est jugée moins dérangeante parce qu'il n'y a pas d'odeur. Et c'est plus respectueux de l'environnement. On est dans la deuxième année et, pour l'instant, les résultats sont excellents », résume Wendy Whittom, porte-parole de Québec.

Trop cher au goût de Montréal

La Ville de Montréal dit être au courant de l'arrivée de cette nouvelle technologie et avoir vérifié auprès des entreprises le coût d'y recourir. Lors d'un récent appel d'offres pour gainer 6,6 km de conduites, une entreprise utilisant la technique UV demandait 6,2 millions, alors que le plus bas soumissionnaire utilisant la technique au chauffage a proposé de faire le travail pour 3,5 millions. La facture plus élevée s'explique par le fait que les gaines UV doivent être importées d'Europe, ce qui entraîne des frais de transport élevés. Les gaines traditionnelles sont faites au Québec.

Plus cher, mais pas vraiment

La Ville de Québec reconnaît que ces gaines UV coûtent plus cher, mais soutient que le coût global de ces travaux n'est pas plus élevé. « Les chantiers sont de moins longue durée, ça prend moins de véhicules sur la route, ça prend moins de travailleurs, il y a moins d'entraves et ça fait moins de bruit. Oui, le coût brut de la gaine est plus cher, mais au final, ça revient au même prix », assure Wendy Whittom.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer