Travaux d'infrastructures: Montréal a resserré ses évaluations

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Dans l'industrie du trottoir, un secteur que le contrôleur général de la Ville craignait « sous influence » l'an dernier, la situation des prix dépassant les évaluations internes semble se stabiliser.

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Un total de 13,7 millions sur deux ans: pour la première fois, la Ville de Montréal rend public le montant total qu'elle a accordé en «extras» pour mener à terme ses chantiers de voirie et de l'eau. L'administration Coderre a aussi dévoilé hier l'écart moyen entre ses évaluations et les prix des plus bas soumissionnaires. Conclusion de l'analyse de la Ville: depuis deux ans, les évaluations de prix de la Ville sont pratiquement égales aux prix du marché. Dans l'industrie du trottoir, un secteur que le contrôleur général de la Ville craignait «sous influence» l'an dernier, la situation semble se stabiliser.

Trottoirs: fin de la collusion?

En 2014, le contrôleur général de la Ville de Montréal a sonné l'alarme : les plus bas soumissionnaires pour les contrats de trottoirs de la Ville avaient proposé des prix 16 % au-delà des évaluations internes de la Ville. L'une des hypothèses avancées : l'industrie du trottoir était « toujours sous influence ». Le contrôleur général avait déjà analysé cette industrie entre 2002 et 2011 pour en venir à la conclusion préoccupante que trois entreprises se partageaient un pourcentage identique du marché depuis une décennie. « Cette année, les prix des estimés de la Ville et des soumissions s'alignent », a expliqué Lionel Perez, responsable des infrastructures au sein de l'administration Coderre. « On constate qu'il y a une augmentation de la concurrence et que les prix ont diminué d'environ 15 % par rapport à l'an passé », a-t-il ajouté. « On sent qu'avec la transparence de notre rapport l'année passée, ça a crevé l'abcès... On est évidemment heureux de voir cette tendance, mais contre la corruption et de la collusion, c'est vraiment une guerre d'usure », relate M. Perez.

13,7 millions en «extras»

Depuis deux ans, la Ville de Montréal a allongé 13,7 millions en extras sur une valeur totale de 225 millions en travaux pour des chantiers qui relèvent de la direction du Service de l'eau et de la Direction des infrastructures. Ces « contingences » représentent des dépassements de quantités ou des frais imprévus, mais nécessaires pour terminer les travaux. C'est la première fois que de telles données sont rendues publiques. « On veut rassurer la population qu'on a une gestion rigoureuse », a indiqué M. Perez qui souligne que pour chaque contrat, la Ville budgète automatiquement 10 % en contingences. Les données de la Ville pour 2013 et 2014 démontrent que les avenants représentent plutôt entre 3 % et 6,8 % de la valeur totale des travaux. Dans les faits, le 10 % prévu pour les extras n'a donc pas été dépensé, en moyenne, au cours des deux dernières années. À titre comparatif, en 2008, les extras pour les chantiers relevant de la Direction des infrastructures avaient atteint 9,9 % de la valeur totale des travaux.

Les extras en chiffres

Direction des infrastructures*

  • 2013: 2,8 millions en extras sur 23 millions de travaux
  • 2014: 4,4 millions en extras sur 50,7 millions de travaux

Direction du Service de l'eau**

  • 2013: 2,4 millions en extras sur 69 millions de travaux
  • 2014: 4,1 millions en extras sur 82,95 millions de travaux

* Égouts et aqueduc, pavage, trottoirs. Sont exclus de la compilation : ponts et tunnels, travaux d'électricité.

** Égouts et aqueduc, travaux d'usine et travaux de réfection de bâtiments d'usine.

Évaluations: nouveaux calculs

Avant de lancer un appel d'offres, tous les grands donneurs d'ouvrage effectuent une évaluation des coûts des travaux. Jusqu'à 2012, la Ville de Montréal faisait ses évaluations sur la foi de données historiques, c'est-à-dire à partir du prix de l'attribution des derniers contrats du même type. Le problème avec les « estimés historiques », c'est qu'ils peuvent refléter les prix gonflés en raison de la collusion. « C'était l'ancienne façon de faire ; maintenant, nos estimateurs en construction prennent chaque item au bordereau et ils analysent le prix de l'item, ils connaissent les prix des différents matériaux et ils font vraiment l'estimation comme s'ils étaient un soumissionnaire », explique M. Perez. Résultat : l'an dernier, en moyenne, l'écart moyen entre le plus bas soumissionnaire et l'évaluation de la Ville n'était que de 1,6 % pour les 55 appels d'offres pour des travaux d'égouts, d'aqueduc, de pavage et de trottoirs analysés par la Ville*. « Nos estimations sont bang on, elles sont très, très proches du prix du marché », note M. Perez. « Ça démontre l'expertise acquise à la Division de l'économie de la construction. Montréal est la seule ville au Québec, et peut-être même au Canada, à avoir une telle division. »

* Trois appels d'offres avec des variations de 35 %, 27 % et 72 % ont cependant été analysés par une firme externe et ne sont pas compris dans les statistiques de la Ville.

17,5 millions: économies réalisées grâce aux ententes-cadres en 2014

La Ville de Montréal rend aussi publique son utilisation des ententes-cadres, un type de contrat qui se réalise à coups de bons de commande pour un bien ou un service. La somme finale du contrat n'est pas connue d'avance et fluctue au gré de la demande. L'essence pour les véhicules ou le sel à épandre à des taux prédéterminés sont un exemple du type de services couverts dans de telles ententes, tout comme les services professionnels. L'attribution de contrats dans ce dernier secteur a attiré son lot de critiques de la part de détracteurs. La Ville a révélé hier qu'entre 2007 et 2014, la Ville avait accordé annuellement pour 20 millions d'ententes-cadres sur une valeur de 200 millions à 300 millions en travaux par an. « Il y a certaines personnes qui laissent planer le fait qu'en donnant des contrats à l'externe, on perd une certaine expertise interne, et la possibilité de la collusion et de la corruption augmente. Moi, ce que je vous dis, c'est qu'avec ces chiffres qu'on a, ça démontre que l'utilisation des ententes-cadres se fait de façon très ponctuelle », explique M. Perez.

Ententes-cadres en chiffres

  • 726: nombre d'ententes-cadres réalisées en 2014 dans l'ensemble de la Ville de Montréal pour un « potentiel d'achat » sur 3 à 5 ans de 1,6 milliard.
  • 543: nombre d'ententes-cadres de « biens et services » en 2014.
  • 160: nombre d'ententes-cadres en services professionnels dans l'ensemble des services de la Ville en 2014.
  • 56 847: nombre de bons de commande réalisés en 2014.
  • 375 000 $: montant médian des ententes-cadres en 2014.
  • 44: nombre d'ententes-cadres réalisées par la Direction des infrastructures pour les honoraires professionnels répertoriées de 2007 à ce jour, pour une valeur totale de 165 millions, soit 20 millions par année.

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