Exclusif

Vente d'un terrain contaminé: un CPE réclame près de 500 000$ à la Ville

Le CPE Pause Parents-Enfants accuse la Ville d'avoir... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

Agrandir

Le CPE Pause Parents-Enfants accuse la Ville d'avoir sous-estimé le degré de contamination du terrain, situé dans Verdun, sur lequel un service de garde accueillant une centaine d'enfants a été construit.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Un centre de la petite enfance (CPE) réclame près d'un demi-million de dollars pour une affaire de vente par la Ville de Montréal d'un terrain bourré de plomb, de zinc, de cendres dangereuses et d'hydrocarbures. Le CPE accuse la Ville d'avoir sous-estimé le degré de contamination du terrain, situé dans Verdun, sur lequel un service de garde accueillant une centaine d'enfants a été construit.

La décontamination du terrain vague acheté par le CPE Pause Parents-Enfants, en juin 2011, a coûté 859 218,01$ au lieu de 332 000$, selon l'estimation d'une firme d'experts mandatée par l'administration municipale avant sa vente. Finalement, le CPE s'est retrouvé avec une facture à éponger de près de trois fois le coût estimé en frais de réhabilitation des sols, un emprunt à la banque, sans compter deux mois de retard dans les travaux.

Déficit de 115 000$

Aujourd'hui - près de cinq ans plus tard -, un service de garde flambant neuf dessert plus de 70 familles, angle Wellington et Rhéaume, mais la direction jongle avec un déficit de 115 000$, en plus de faire face aux coupes imposées par le gouvernement dans les budgets de fonctionnement des services de garde. Pour l'instant, les enfants n'ont pas été touchés, mais la direction a mis sur la glace l'embauche d'une éducatrice spécialisée pour sa clientèle vulnérable ou souffrant de handicaps.

«Quelque part, on s'est fait avoir, estime la directrice du CPE, Élisabeth Szopa. Ce n'est pas juste. Nous sommes un petit organisme. Ça nous plonge dans une situation précaire. La Ville de Montréal a escamoté l'étude des sols. Selon nous, elle avait pourtant toutes les ressources pour connaître l'ampleur véritable de la décontamination.»

Afin d'obtenir une compensation et dans l'espoir d'éviter les tribunaux, le CPE a mandaté l'archéologue et lobbyiste Michel Gagné pour entamer des pourparlers avec l'administration du maire Coderre. Selon son rapport de recherche, la Ville de Montréal aurait ignoré sciemment deux rapports d'experts (Solmers, 1995 et Spheratest, 2010) pour s'appuyer sur sa propre étude (Inspec-Sol), commandée l'année de la vente.

Dans un premier temps, l'étude de 1995 démontrait la présence de métal, de céramique, de brique, de cendre et de déchets métalliques sur une épaisseur atteignant 3,60 mètres. Dans l'autre, les analyses démontraient la présence de strates de cendres lixiviables dangereuses sur plus de trois mètres d'épaisseur. En fin de compte, les travaux ont démontré une contamination 10 fois supérieure (1760 tonnes métriques) aux projections de la firme mandatée par la Ville, soutient le lobbyiste du CPE.

Risques et périls

À la Ville de Montréal, on a informé La Presse qu'aucune réclamation n'avait encore été formulée par le CPE. On souligne aussi que la vente a eu lieu de gré à gré afin de permettre la construction approuvée au préalable par le gouvernement.

François Goneau, relationniste à la Ville de Montréal, ajoute que dans l'acte de vente, «l'acheteur reconnaît que la Ville n'a aucune responsabilité relative aux titres, ainsi qu'à l'égard de l'état et de la qualité des sols de l'immeuble. Qu'il l'achète à ses seuls risques et périls, qu'il ait effectué ou non une vérification des titres et une étude de caractérisation des sols. Par ailleurs, l'acheteur accepte qu'aucune autre réduction ou compensation quelconque ne lui soit reconnue ou consentie par la Ville en regard de coûts reliés à la réhabilitation environnementale».

Pas le premier choix

Ironiquement, ce terrain n'était pas le premier choix de la direction du CPE Pause Parents-Enfants. 

En effet, l'arrondissement de Verdun avait offert de céder un terrain en emphytéose (bail d'un minimum de 18 ans) adjacent au chalet du parc Willibrord quand le gouvernement avait reconnu le besoin d'ouvrir une cinquantaine de places en garderie dans le quartier. Mais l'offre est tombée à l'eau deux mois plus tard, quand la Fondation des Canadiens pour l'enfance a délié les cordons de sa bourse, en 2009, pour aménager une patinoire extérieure réfrigérée dans le cadre du programme Bleu Blanc Rouge.

La contamination à ce jour

  • 1995: Dépôt du rapport Solmers exposant la contamination du terrain à l'arrondissement de Verdun. Il est reconnu que ce terrain près de l'ancienne rivière Saint-Pierre a été remblayé au début du siècle dernier.
  • 2009: Verdun offre au CPE de lui céder un terrain dans le parc Willibrord. Deux mois plus tard, l'arrondissement annonce la rétrocession du terrain à la Fondation des Canadiens pour l'enfance.
  • 2010: Dépôt du rapport Spheratest (soumis au CPE).
  • 2011: Dépôt du rapport Inspec-Sol (soumis à la Ville).
  • 2013: Début des travaux. En octobre, une étude (G&S consultants) démontre une contamination 10 fois supérieure à celle du rapport Inspec-Sol, soumis à la demande de la Ville de Montréal.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer