La révolution tranquille de Jean Doré

Jean Doré, en 1990.... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Jean Doré, en 1990.

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Des proches collaborateurs de Jean Doré aiment à rappeler que lorsqu'ils ont chassé le maire Jean Drapeau de l'hôtel de ville, après un règne de 26 ans, de nombreux documents étaient classés... dans des boîtes à chaussures. C'est dire l'ampleur de la tâche de modernisation qui attendait son successeur, à son arrivée au pouvoir en 1986.

« Jean Doré a fait la révolution tranquille de Montréal, et aujourd'hui, les traces se voient partout dans la ville », résume André Lavallée, ancien conseiller municipal, aujourd'hui sous-ministre associé à la métropole.

On doit à Jean Doré l'Office de consultation publique de Montréal, le premier plan d'urbanisme de Montréal et la période des questions à l'hôtel de ville. C'est sous le règne de celui qui a été maire de Montréal pour deux mandats, de 1986 à 1994, que les portes de l'hôtel de ville se sont déverrouillées pour permettre aux citoyens d'y entrer et que la Ville s'est procuré ses premiers ordinateurs.

« Montréal avait vécu autour des grands projets et grandes réalisations. Il y avait eu Expo 67, le métro, les Jeux olympiques, à tel point que les quartiers avaient été abandonnés », se rappelle Léa Cousineau, ancienne présidente du comité exécutif de Montréal.

«Jean a été le premier à demander un diagnostic des infrastructures de la ville. Il a été le premier à se battre auprès du fédéral pour obtenir un programme d'infrastructures, et il l'a obtenu.»

André Lavallée
ancien conseiller municipal

« À l'époque, on a ri de lui en disant qu'on lui demandait juste de boucher les trous, mais le Stade a coûté 20 ans de travaux d'infrastructures à Montréal. Ce qu'on a mis dans le Stade, on ne l'a pas mis dans les trottoirs, les parcs, les égouts, les conduites d'eau : les fondements mêmes de Montréal, quoi ! Imaginez, on partait de parcs qui étaient des champs de patates », ajoute-t-il.

Jean Doré est né en 1944 dans le quartier ouvrier Centre-Sud à Montréal. Son père travaillait dans le domaine des assurances. Ayant perdu sa mère à un âge tendre, il est devenu très proche de la deuxième femme de son père, Thérèse. Avec sa femme Christiane Sauvé, Jean Doré a eu une fille, Magali. Sa belle-fille Amélie, qui est issue d'une précédente union entre Gilles Duceppe et Christiane Sauvé, a deux enfants : Luca et Anaïs.

Avocat de formation, Jean Doré est élu maire de Montréal à l'âge de 41 ans. Après une brève carrière comme attaché de presse de René Lévesque et à la Fédération des associations d'économie familiale, il a participé en 1974, à la fondation d'un nouveau parti politique : le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM).

« Jean était un homme d'équipe. On était vraiment d'une époque où le collectif était important pour nous. On a été élevés dans les milieux communautaires », se rappelle Léa Cousineau.

« Je suis la première femme à avoir été nommée présidente du comité exécutif. Il a fallu à Jean une certaine audace pour proposer ma nomination », ajoute-t-elle, rappelant que lorsqu'elle a été élue, il n'y avait pas de toilettes pour femmes à l'hôtel de ville. « Jean a choisi trois hommes et trois femmes pour composer le comité exécutif. II soutenait totalement le principe de l'égalité. » 

Se battre pour Montréal

Outre ses réalisations politiques, ses proches se souviendront avant tout de Jean Doré comme d'un bon vivant, un être généreux et un homme d'une grande gentillesse.

« C'est une job où il y a toujours des ennuis, mais il y a bien des manières de gérer les ennuis. Jean n'a jamais fait de crise de diva ou cherché de coupables. C'était fondamen-talement une personne d'équipe », explique Jean-Robert Choquet, qui fut son chef de cabinet durant huit ans.

Son ancien chauffeur, Denis Landreville, témoigne aussi de la grande gentillesse de son patron, de qui il est resté très proche jusqu'à la fin. « J'ai connu beaucoup d'autres chauffeurs. On passe parfois deux ou trois heures à attendre ensemble, alors on s'en fait raconter, des choses ! Il y a des hommes politiques qui peuvent être secs ou exigeants. Ils donnent beaucoup, donc ils s'attendent à beaucoup. M. Doré n'était pas comme ça. C'était toujours le fun d'être avec lui. Je n'ai jamais vu Jean Doré faire une crise. Il aimait travailler en équipe, s'entourer de gens forts, il n'avait pas peur de l'opinion des autres. »

Jean Doré a souvent été qualifié de verbomoteur, un défaut pour un politicien qui doit penser à la « clip » pour les caméras.

 « Il a été décrit comme un moulin à paroles, un gars qui parle tout le temps. C'était largement vrai, mais il n'était pas grand parleur petit faiseur pour autant ! », raconte Jean-Robert Choquet, qui occupe aujourd'hui le poste de directeur du service de la Culture de Montréal. « Il était obsédé par l'idée de faire arriver les choses. Il en a fait énormément. »

En coulisses, Jean Doré s'est battu auprès du gouvernement fédéral de Brian Mulroney pour conserver le siège social de l'Organisation de l'aviation civile internationale à Montréal, et auprès du gouvernement provincial pour empêcher le déménagement de l'École de technologie supérieure à Laval.

«Il a fait des choses pour la ville qui allaient au-delà de sa description de tâches. Il ne le faisait pas pour avoir une bonne note, il le faisait parce que c'était viscéral, chez lui.»

Jean-Robert Choquet

« Sa vision du développement de la ville passait par les universités et par la connaissance », dit M. Choquet.

Un point de vue qui recoupe celui du fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté. Jean Doré a activement milité pour que le siège social soit aménagé à Saint-Michel, dans l'un des quartiers les plus pauvres au Canada. « M. Doré était un grand fan du cirque et toujours un grand supporteur comme maire et comme individu. On a développé une belle amitié », raconte-t-il. M. Laliberté dit qu'il se rappellera longtemps sa franchise et sa détermination à créer une meilleure société. « Jean a totalement embarqué dans notre vision sans jamais poursuivre des fins de récupération politique. Il croyait au développement de Montréal », dit M. Laliberté.

En novembre 1994, Jean Doré perd ses élections contre Pierre Bourque, dans un contexte économique difficile. Les commerçants ne digèrent pas l'augmentation des taxes liées au délestage du financement des transports en commun par Québec.

En 1998, il tente un retour en politique municipale sous la bannière Équipe Montréal. Trop tôt, croient ses collaborateurs. Il mord la poussière.

« S'il est revenu si vite, c'est parce qu'il s'ennuyait, raconte Léa Cousineau. C'était un grand amoureux de Montréal. »

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