Imposante manifestation au centre-ville de Montréal

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Lia Lévesque, Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Montréal

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté, jeudi au centre-ville de Montréal, pour protester contre les politiques d'austérité du gouvernement Couillard.

Bien que la plus grande partie de la manifestation se soit déroulée pacifiquement, les policiers ont dû intervenir contre un petit groupe de manifestants qui refusaient de libérer la voie, après la manifestation.

À 17h, lorsqu'il ne restait plus qu'un petit groupe de manifestants refusant d'obtempérer à l'ordre de quitter, répété au moins trois fois, et de libérer la voie, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a déclaré la manifestation illégale. Le groupe de manifestants récalcitrants avait formé une barricade avec des tables à pique-nique et des clôtures métalliques. Les policiers ont prévenu qu'ils procéderaient à des arrestations si les manifestants demeuraient sur place. Plusieurs ont alors quitté les lieux.

À 17h15, le Groupe tactique d'intervention a avancé vers les manifestants, a commencé son intervention, retirant les barricades. Certains manifestants ont été interpellés et maintenus au sol par des policiers.

Finalement, vers 17h45, les policiers sont partis. Et la poignée de manifestants qui restaient sur place leur ont chanté «na na na he he good bye».

Les policiers sont  intervenus en lançant des capsules... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse) - image 4.0

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Les policiers sont  intervenus en lançant des capsules de gaz irritant pour disperser des manifestants.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Au départ, les marcheurs s'étaient réunis au Square Victoria, à 13h. La marche s'était mise en branle vers 13h30. La plus grande partie de la manifestation s'est déroulée dans le calme et la bonne humeur.

Vers 15h, le plus fort du contingent a mis fin à sa marche au parc Émilie-Gamelin, juste à côté de l'Université du Québec à Montréal et de la gare d'autobus. Là, certains sont restés pour écouter de la musique ou continuer à manifester pacifiquement.

Un petit groupe s'est alors formé, poursuivant sa marche. Il s'est rendu à l'angle de Maisonneuve et Amherst, où des projectiles ont été lancés et l'avenue Maisonneuve, une artère importante, a été bloquée.

Le SPVM voulait dégager l'avenue Maisonneuve pour la rouvrir à la circulation, alors que l'heure de pointe commençait vers 16h au début du long congé pascal. Mais les manifestants ont refusé de libérer la rue. Les policiers sont alors intervenus une première fois, en lançant des capsules de gaz irritant pour disperser ces manifestants.

Finalement, quelque 70 policiers se trouvaient toujours à l'est de la place Émilie-Gamelin, peu avant 16h, pour tenter d'éviter la dispersion des manifestants et tenter de les encadrer dans le parc. Au microphone, un porte-parole du Service de police a demandé aux manifestants de rester au parc.

Après 16h, les manifestants ont regagné le terrain qu'ils avaient perdu. La tension a de nouveau monté d'un cran entre des manifestants et les policiers. Certains ont lancé des bouteilles et autres projectiles aux policiers. Les deux groupes se retrouvaient face à face à l'angle de Berri et Maisonneuve et d'autres policiers sont arrivés en renfort. Des manifestants ont placé des tables et des clôtures métalliques devant les policiers pour former une barricade et les empêcher d'approcher.

En début de soirée, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fait un bilan final pour cette manifestation d'ampleur.

«Il s'agit de la plus importante manifestation sur notre territoire des deux dernières années. Deux personnes ont été interpellées en vertu du règlement municipal P-6, ce qui est peu considérant l'ampleur du rassemblement. L'un pour port de masque, l'autre pour avoir refusé d'obtempérer aux demandes d'un agent de la paix», a indiqué Laurent Gingras, porte-parole du SPVM.

La police a rapporté un acte de vandalisme sur une voiture d'un particulier. Un manifestant serait monté sur une Volvo stationnée sur le bord de la route, en plus d'y faire un graffiti «anarchiste», selon le SPVM.

Durant le plus fort de la manifestation, groupes sociaux et syndicaux, étudiants et représentants du Parti québécois et de Québec solidaire s'entremêlaient pour protester contre les compressions budgétaires actuelles et appréhendées à la suite du dernier budget Leitao.

Ils arrivaient de partout par autobus scolaires, à pied, en groupes, de Rimouski, de Lévis, de Saguenay. Le syndicat des professeurs de l'UQAM, en grève pour la journée, a fait savoir qu'il participait à la manifestation. Des représentants de l'Association des pompiers de Montréal participaient également à la marche, des employés d'hôpitaux, des fonctionnaires, des militants pour le logement social.

Sur des pancartes, on pouvait lire «refusons l'austérité», «vous n'aurez pas notre peau», «ça suffit les coupures» ou «des alternatives existent». Une banderole a été déroulée sur laquelle on pouvait lire «des mêmes attaques naissent les mêmes luttes» et, sur une autre: «aux riches de faire leur part». Un drapeau du Québec avait été éclaboussé de peinture rouge. Plusieurs jeunes manifestants avaient d'ailleurs peint leur visage en rouge ou en noir.

Les marcheurs protestaient notamment contre le fait que le dernier budget Leitao n'a haussé le budget des ministères de l'Éducation et de la Santé que de 0,2 et 1,4 pour cent respectivement, ce qui entraînera inévitablement d'autres compressions, même après l'atteinte de l'équilibre budgétaire, puisque ces augmentations ne permettent pas de couvrir les hausses normales de la croissance des coûts dans ces ministères.

Les policiers étaient nombreux; un hélicoptère survolait la scène. Ils se sont servis de leurs véhicules et de leurs vélos pour diriger les manifestants et leur barrer certaines rues ou protéger certains édifices plus stratégiques.

Tout au long de la marche, des responsables d'édifices à bureaux déployaient leur service de sécurité et verrouillaient leurs portes, par mesure de sécurité.

Au cours d'un point de presse avant le début de la marche, la porte-parole de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Camille Godbout, a affirmé que 135 000 étudiants étaient actuellement en grève contre l'austérité et les hydrocarbures. «Cent trente-cinq mille étudiants en grève, ce n'est pas rien; on veut le forcer à réagir (le gouvernement)», a-t-elle lancé.

Elle a promis de «continuer d'augmenter la pression de plus en plus» jusqu'à ce que le gouvernement révise ses politiques d'austérité. «On va continuer de se mobiliser», a-t-elle prévenu.

Dans le milieu de l'éducation, ces compressions signifient des heures de bibliothèque en moins, davantage d'étudiants dans les salles de cours, moins d'aide psychologique, a déploré la représentante étudiante. Le gouvernement «a les moyens de faire autrement», notamment en taxant davantage les banques et le capital, a suggéré Mme Godbout.

L'ASSÉ a noté qu'elle n'avait pas donné l'itinéraire à l'avance au Service de police de la ville de Montréal, bien que cela contrevienne au règlement municipal encadrant les manifestations. Les policiers ont tout de même été tolérants et ne sont intervenus qu'à la toute fin, contre un petit groupe. L'ASSÉ affirme qu'ils étaient 75 000 à manifester.

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