Dix fois plus de conduites d'eau gelées à Montréal

Les températures froides enregistrées au cours du dernier... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les températures froides enregistrées au cours du dernier mois ont mené la vie dure aux canalisations de la métropole. La Ville de Montréal a reçu en février plus de 1750 appels de citoyens privés d'eau en raison du gel de la conduite reliant leur résidence au réseau d'aqueduc.

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La vague de froid de février a fait geler 10 fois plus de conduites d'eau à Montréal qu'à pareille date l'an dernier, du jamais vu selon les arrondissements. Et malgré le redoux actuel, de nombreux citoyens risquent de continuer à perdre l'eau, puisque le sol est profondément gelé dans le sud du Québec.

La Ville de Montréal a reçu en février 1756 appels de citoyens privés d'eau en raison du gel de la conduite reliant leur résidence au réseau d'aqueduc. C'est 10 fois plus que l'an dernier, où 166 appels avaient été recensés. Signe de l'intensité du gel, une conduite principale a même gelé dans l'arrondissement du Sud-Ouest, sous la rue Saint-Antoine, près d'Atwater. Ce phénomène est extrêmement rare, puisque ce sont généralement les entrées d'eau, plus petites et dans lesquelles le débit d'eau est plus faible, qui gèlent. L'alimentation en eau dans ce secteur a été rétablie hier soir.

«Le froid ne démord pas. C'est une situation exceptionnelle», a dit Thierry Larivée, porte-parole du Sud-Ouest.

Des résidants du Sud-Ouest ont même vu leur entrée d'eau geler à deux reprises depuis le début de l'hiver. Prise dans la glace le 19 février, la conduite d'Alexandre Lamarre a été dégelée six jours plus tard. «Considérant que l'eau est un service essentiel, c'est pas mal nul comme situation», a confié le résidant du Sud-Ouest. Conformément aux indications de la Ville, l'homme affirme qu'il a laissé un filet d'eau couler pour éviter un nouveau gel, mais sans succès.

À son réveil, dimanche matin, M. Lamarre a en effet constaté que l'eau avait de nouveau cessé de couler. Depuis, il attend que le Sud-Ouest vienne rétablir son alimentation en eau. «C'est comme faire du camping à la maison», résume-t-il. «Normalement, ça ne devrait pas se produire si les gens laissent un bon filet d'eau couler en tout temps», répond Thierry Larivée.

Manque d'information

Un résidant de Rosemont-La Petite-Patrie déplore le manque d'information sur le retour à la normale pour sa conduite gelée. «Ils sont venus nous porter 16 litres d'eau, mais n'ont pas vraiment donné de détails sur le délai de traitement. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il y a une longue liste d'attente. Disons que ce n'est pas très évident avec deux enfants à la maison», a indiqué Jean-Philippe Gagnon.

Dans cet arrondissement, on parle d'une situation exceptionnelle. Les cols bleus de Rosemont-La Petite-Patrie ont procédé à 138 dégels de conduites au cours de la dernière semaine. «Il nous en reste encore 74 à faire», a expliqué le porte-parole de l'arrondissement, Serge Fortin. «C'est du jamais vu, habituellement, nous recensons 10 à 15 dégels par hiver.»

Depuis le 22 février, trois équipes de dix employés municipaux travaillent à temps plein sur ce problème. Une firme spécialisée a aussi été embauchée en renfort. «Le mois de février a été le plus froid des 115 dernières années, il y a eu 21 journées où il a fait en dessous de -20 ºC. En conséquence, la ligne de gel est descendue en deçà du niveau des conduites d'eau municipales», note M. Fortin. Il ajoute que le gel des conduites frappe davantage les duplex et les maisons unifamiliales que les multiplexes. Les habitants y sont plus nombreux, donc l'eau risque moins d'être stagnante dans les conduites et de geler.

«C'est la première année qu'on a ce problème-là à aussi grande échelle», a indiqué Sylvain Leclerc, chargé de communications à l'arrondissement d'Outremont.

Laval durement touché aussi

La métropole n'est pas la seule à vivre une telle situation. La Ville de Laval rapporte que 464 résidences ont vu leur entrée d'eau geler depuis le début de l'année. Pas moins de 120 d'entre elles sont toujours sans eau. Douze équipes sont actuellement à pied d'oeuvre pour tenter de corriger la situation. «La priorité est accordée aux gens vulnérables», dit Valérie Sauvé, porte-parole de Laval. Sept centres de distribution d'eau embouteillée ont également été ouverts dans l'île Jésus, principalement dans les arénas de la ville.

La situation est moins problématique à Longueuil, où la municipalité indique avoir reçu seulement une trentaine d'appels depuis le début de l'année. Du nombre, une dizaine attendent encore de retrouver leur alimentation en eau.

Des centaines de citoyens touchés

Appels au 311 pour conduites gelées en février 2015, par arrondissement
Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles283
Ahuntsic-Cartierville181
Rosemont-La-Petite-Patrie173
Plateau-Mont-Royal152
Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce140
Mercier-Hochelaga-Maisonneuve131
Ville-Marie91
Saint-Léonard88
Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension86
Montréal-Nord84
Sud-Ouest84
Saint-Laurent78
Lachine64
Pierrefonds-Roxboro44
Outremont42
Anjou20
LaSalle7
L'Île-Bizard5
Verdun3
TOTAL1756

Du gel à 1,63 M de profondeur

Le gel a atteint des profondeurs beaucoup plus importantes qu'à la normale, confirme le ministère des Transports du Québec (MTQ). Une quarantaine de sondes thermiques déployées sous la chaussée du réseau routier québécois mesure en temps réel la température du sol. L'appareil le plus près de Montréal, situé à Les Cèdres, indique que le gel atteint une profondeur de 1,62 mètre dans la région. «Le gel a atteint des profondeurs plus importantes que la moyenne. Déjà, 2014 avait été rigoureux, mais cette année, c'est encore plus sévère», dit Sarah Bensadoun, porte-parole du MTQ. À Lacolle, le gel a atteint une profondeur de 1,37 mètre.

Des conduites mal conçues

La vague de froid qui frappe le sud du Québec a beau être exceptionnelle, la multiplication des conduites gelées démontre un problème de conception des entrées d'eau dans les villes, selon Guy Doré, professeur de génie civil à l'Université Laval. Ce spécialiste des infrastructures des régions froides explique que ces conduites devraient être mieux isolées ou être installées plus profondément pour faire face efficacement aux hivers extrêmes. «Des conduites d'eau devraient être protégées à 100%, pas à 95%, dit M. Doré. Il suffit d'un hiver froid pour entraîner des coûts importants. Pour la conception, on devrait tenir compte du pire hiver.»

Un sol plus propice au gel

Certains sols sont plus propices au gel, ce qui pourrait expliquer pourquoi on recense autant de conduites gelées à Montréal et aussi peu à Longueuil. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les sols argileux - et donc gorgés d'eau - ont tendance à moins geler que ceux en sable. «Ça fait drôle à dire, mais lorsque l'eau gèle, ça dégage beaucoup de chaleur. Cette chaleur freine la progression du gel. Alors plus il y a de l'eau dans le sol, plus il résiste», explique Guy Doré. Laisser une couche de neige au-dessus du sol peut aussi contribuer à freiner le gel, celle-ci servant d'isolant naturel.

Un appareil pour déglacer les tuyaux

Pour déglacer les tuyaux, les cols bleus de la Ville de Montréal utilisent un appareil qui fonctionne à l'image d'une batterie de voiture, avec un pôle positif et un pôle négatif. Un courant électrique est envoyé dans la conduite d'eau pour la faire dégeler. Selon la Ville, l'opération peut prendre de quelques minutes à quelques heures. La visite d'une équipe de la Ville peut cependant prendre quelques jours. Les propriétaires peuvent aussi faire appel à un plombier privé, à leurs frais. Une fois l'opération terminée, les résidants doivent faire couler un filet d'eau en tout temps jusqu'au prochain dégel.

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