Contrats de construction: les prix repartent à la hausse

La multiplication des appels d'offres en début d'année... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE)

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La multiplication des appels d'offres en début d'année pourrait expliquer la hausse des prix des contrats de construction à Montréal, avance Chantal Aylwin, directrice des infrastructures de la Ville.

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L'effet de la commission Charbonneau sur le prix des contrats de construction de Montréal s'estompe alors que les coûts des chantiers sont repartis à la hausse. La métropole a même dû annuler cette semaine un appel d'offres dont le résultat était 68 % plus cher que l'estimation.

En 2012, la Ville de Montréal avait observé une soudaine chute de 20 à 33 % du prix de ses contrats de construction. Cette baisse survenait alors que les travaux de la commission Charbonneau révélaient l'existence de collusion et de corruption dans l'attribution des contrats de construction de la métropole.

Cette tendance à la baisse, qui se maintenait depuis le début des audiences publiques de la Commission, semble maintenant révolue. « Il y a une légère hausse, on n'est plus dans une baisse », a reconnu cette semaine la directrice des infrastructures de la Ville de Montréal, Chantal Aylwin. Celle-ci n'a toutefois pas chiffré la hausse observée.

« Compte tenu de ce qu'on a vécu, est-ce qu'on a déterminé le pourquoi cette hausse? », a demandé le maire Denis Coderre. Mme Aylwin a précisé que la multiplication des appels d'offres en début d'année pourrait en être la cause.

L'administration Coderre a en effet décidé de mettre les bouchées doubles cette année pour rattraper le retard pris en 2013. L'introduction de la Loi sur l'intégrité avait retardé l'an dernier l'attribution de nombreux contrats, plusieurs entreprises ayant dû patienter plusieurs mois avant d'obtenir le feu vert de l'Autorité des marchés financiers. Du coup, plusieurs d'entre elles affichent un carnet de commandes complet.

Interloqué par cette hausse, le maire Denis Coderre a demandé à la direction des infrastructures d'évaluer la possibilité de recourir davantage aux cols bleus. « Est-ce qu'on aurait une économie d'échelle si on en faisait plus à l'interne? »

Trop cher

Ce constat sur l'augmentation des prix de la construction survient alors que la métropole a dû annuler cette semaine un appel d'offres justement en raison du prix élevé des soumissions. L'offre la plus basse était de 68 % supérieure à l'estimation de la Ville. Montréal juge normal de constater un écart de plus ou moins 20 %.

Cette annulation risque de retarder un important projet mené depuis 2008 pour sécuriser l'alimentation en eau potable de l'est de l'île. En septembre 2007, Montréal avait dû fermer d'urgence une conduite d'eau jugée « primordiale » en raison de faiblesses mises au jour lors d'une inspection. Pour pallier cette fermeture, la Ville avait alors entrepris d'aménager une nouvelle conduite de 8 km. L'appel d'offres annulé cette semaine visait justement l'aménagement d'un tronçon de 4,5 km de celle-ci, dans l'axe de la rue Jarry, de la 18e Avenue à la rue Champ-d'Eau.

Le projet avait d'abord intéressé 36 entreprises, mais 31 ont finalement renoncé à soumettre une offre. Quinze entrepreneurs ont d'ailleurs justifié leur désistement en plaidant que leur calendrier était trop chargé.

Des cinq seuls soumissionnaires, un entrepreneur a été écarté après avoir été jugé « administrativement non conforme », et la proposition d'un autre a aussi été rejetée après avoir échoué à obtenir la note minimale de 70 lors du comité de sélection.

Des trois soumissionnaires restants, le plus bas « a présenté une soumission avec un écart défavorable de 68,33 % », explique-t-on à la Ville. Devant ce prix, la Direction de l'eau potable a donc recommandé d'annuler l'appel d'offres. Les fonctionnaires mèneront une « réévaluation technique et financière du projet ». Afin de réduire les coûts, ils étudieront notamment la possibilité de diviser le projet en deux ou plusieurs projets distincts ainsi que les techniques pour réaliser ce chantier.

La Ville a refusé de rendre publique la liste des entreprises ayant participé à l'appel d'offres ainsi que le montant de leurs offres, cette information ayant été jugée « confidentielle ».

L'écart de prix était probablement de plusieurs millions puisque la construction en 2008 d'un premier tronçon de 2,3 km de cette même conduite avait coûté 13 millions. C'est Construction Garnier, de Giuseppe Borsellino, qui avait obtenu ce contrat à l'époque.

Entrepreneurs très occupés

Ce n'est pas le seul appel d'offres tributaire des carnets de commandes très chargés des entrepreneurs. Lors d'un autre appel d'offres mené récemment pour le remplacement d'un égout dans Ville-Marie, une seule entreprise avait soumis un prix alors que neuf autres s'étaient pourtant intéressées au projet. Invitées à expliquer leur désistement, « elles ont répondu qu'elles avaient déjà beaucoup de chantiers cette année », peut-on lire dans les documents explicatifs de la Ville.

Le seul entrepreneur qui a participé à cet appel d'offres, les Entreprises Claude Chagnon, avait soumis un prix 17 % plus élevé que l'estimation. Après négociation, celui-ci a accepté de diminuer ses tarifs, si bien que Montréal payera finalement 9 % de plus que son estimation, soit 2,9 millions.

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