Quatorze chefs d'accusation contre Michael Applebaum

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Ce matin, Michael Applebaum est arrivé au quartier général de la Sûreté du Québec en chemise au col ouvert, non menotté, l'air presque décontracté avec un timide sourire. Il en est ressorti à 16 h avec une belle cravate rouge et l'air furieux. 

«Il n'y aura aucun commentaire aujourd'hui», a sèchement annoncé le maire de Montréal aux dizaines de journalistes qui l'attendaient. Puis, il s'est engouffré dans un taxi qui, dans la cohue, a eu bien du mal à démarrer. 

Il venait de passer 10 heures en tête-à-tête avec les enquêteurs de l'UPAC. 

Ce n'était pas la première fois qu'il les rencontrait, mais jamais il ne l'avait fait en tant que suspect détenu dans une affaire de corruption.

Le 19 février dernier, après les avoir rencontrés pour une première fois, le maire Applebaum affirmait ne pas être l'objet d'une enquête. 

Mais à l'aube ce lundi, il a été arrêté et informé que 14 chefs d'accusation lui reprochant d'avoir touché des dizaines de milliers de dollars en pots de vin seraient déposés contre lui.

«Nous avons arrêté le maire actuel de la métropole du Québec», a confirmé le commissaire Robert Lafrenière, patron de l'Unité permanente anticorruption, lors d'un point de presse au quartier général de la Sûreté du Québec, rue Parthenais. 

Au même moment, dans le même bâtiment à quelques étages de là, le maire Applebaum se trouvait dans une salle d'interrogatoire avec des enquêteurs de l'UPAC.

Sur le coup de 6h, un petit groupe de policiers s'est présenté chez lui dans l'ouest de la ville. L'opération avait été préparée dans la plus grande discrétion et seuls 20 policiers y ont participé. 

Il a ensuite été amené au quartier général de la Sûreté du Québec. Dans la voiture de police qui y a amené M. Applebaum, celui-ci n'était pas menotté. Le sourire crispé, il avait les deux mains sur les genoux, comme pour montrer que ses mains étaient libres. Un policier arborant les couleurs de l'UPAC le flanquait. 

Deux autres personnes ont aussi été arrêtées ce matin. 

Il s'agit de Saulie Zajdel, un ancien conseiller municipal de l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, dont Michael Applebaum était maire jusqu'à ce qu'il prenne la relève de Gérald Tremblay. Zadjel a occupé ce poste entre 1996 et 2009, et a déjà fait partie du comité exécutif de Montréal sous le règne de Pierre Bourque. 

M. Zajdel a aussi été un candidat du Parti conservateur du Canada dans la circonscription de Mont-Royal aux dernières élections fédérales. Malgré sa défaite aux mains du libéral Irwin Cotler, il avait par la suite obtenu un poste de conseiller au ministère du Patrimoine. 

Sur sa page LinkedIn, il se décrit comme un consultant en affaires municipales et courtier immobilier. 

A aussi été arrêté Jean-Yves Bisson, un ancien haut fonctionnaire de l'arrondissement d'Applebaum. Celui-ci était le prédécesseur de Robert Rousseau, directeur des permis de l'arrondissement qui s'est suicidé en mars peu de temps après avoir été interrogé par des enquêteurs de l'UPAC et du contrôleur de la ville. 

Rousseau aurait été rencontré, notamment au sujet de décisions favorables à un projet de condos de l'entrepreneur Tony Magi, près de la mafia montréalaise. Dans une entrevue à l'émission Enquête, Jean-Yves Bisson avait indiqué avoir rencontré dans le cadre de ce projet Magi, mais aussi le défunt Nick Rizzuto Jr, le fils assassiné de Vito Rizzuto.

Les responsables de l'UPAC ont été avares de détails lors de la conférence de presse qui a suivi l'opération. Ils affirment que cette enquête, baptisée Méandre, aurait débuté en mars dernier. Ce qui est bien court comme enquête si on la compare à la plupart des autres qui ont mené à des arrestations de politiciens. 

On y a appris que les accusés devraient comparaître vers le 8 octobre. Applebaum répondra à des accusations de fraude envers le gouvernement, de complot, d'abus de confiance et d'actes de corruption dans les affaires municipales. 

Les deux coaccusés répondront aux mêmes accusations, mais à moins de chefs. Les actes qui leur sont reprochés se sont déroulés entre 2006 et 2011. Avant qu'Applebaum devienne maire de Montréal donc. 

«On parle de dizaines de milliers de dollars en pots de vin qui auraient servi à influencer pour l'obtention de permis ou modifications de zonage dans le cadre de deux projets immobiliers dans l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce», a simplement déclaré M. Lafrenière. 

Des dirigeants de Dessau impliqués

Les mandats d'arrestations déposés au palais de justice ne précisent pas exactement de quels projets immobiliers il s'agit, mais ils identifient plusieurs personnes qui auraient comploté avec M. Applebaum. Ces personnes n'ont pas été arrêtées pour l'instant. Il s'agit de Hugo Tremblay, Robert Stein, Anthony Keeler, Rosaire Sauriol, Claude Asselin et Patrice Laporte.

Sauriol, Asselin et Laporte étaient de hauts dirigeants de la firme de génie-conseil Dessau pendant la période des faits allégués.

En février dernier, l'hôtel de ville de Montréal a été investi par des dizaines de policiers de l'Unitépermanente anticorruption (UPAC). Six bureaux d'arrondissement avaient également été le théâtre de perquisitions, dont celui de Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, où le maire Applebaum a longtemps siégé. Ce dernier bureau a même été perquisitionné à une autre reprise depuis.

Les trois accusés devraient quitter le quartier général de la SQ plus tard aujourd'hui, après avoir signé une promesse de comparaître.

Forte pression pour une démission

La pression se fera très forte pour que Michael Applebaum démissionne de son poste de maire par intérim, estime un élu, Alan De Sousa. «Ça va être très difficile pour lui de rester en poste, de faire ce travail important qui nécessite la confiance du public», dit le maire de Saint-Laurent.

Cet ancien membre du comité exécutif de l'administration Tremblay ne croit pas pour autant que Montréaldoive être mise en tutelle. «J'espère que non, la Ville de Montréal est une institution solide et il y a encore des personnes honnêtes et crédibles au conseil municipal qui peuvent faire le travail», dit De Sousa.

Selon le maire d'arrondissement, la mairesse suppléante Jane Cowell-Poitras a déjà prouvé qu'elle est capable d'occuper le poste durant une vacance. C'est elle qui avait pris la relève de Gérald Tremblay à sa démission en novembre dernier. 

Alan De Sousa estime qu'il est trop tôt pour statuer si Montréal doit se voter un nouveau maire par intérim dans l'éventualité où Michael Applebaum démissionnerait. Celui-ci souligne qu'il reste moins de 4 mois avant le déclenchement de la prochaine élection.

Michael Applebaum, qui est âgé de 50 ans, a été désigné maire à titre intérimaire pour achever le mandat du démissionnaire Gérald Tremblay jusqu'aux élections municipales de novembre prochain.

Même le Parti conservateur du Canada a brièvement réagi à la râfle de ce matin, puisqu'un des siens, Saulie Zajdel, a été arrêté. 

«Notre gouvernement croit que quiconque reconnu coupable de corruption, devra faire face aux conséquences», a déclaré un porte-parole de Stephen Harper, en marge du sommet du G8 en Irlande du Nord.  

-Avec Pierre-André Normandin, Maxime Bergeron et La Presse Canadienne

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