Quand les rues résidentielles deviennent des autoroutes

Dominique Sorel milite pour sécuriser son quartier depuis... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Dominique Sorel milite pour sécuriser son quartier depuis que sa fille Béatrice a été éjectée de sa poussette alors qu'elle n'avait que 10 mois. Elle s'en est miraculeusement tirée indemne.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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Louise Leduc
La Presse

Sur les autoroutes et sur les ponts, on se résigne: il y aura engorgement. Mais quand les automobilistes se mettent à tricoter dans les rues résidentielles pour éviter les travaux et le trop-plein de voitures et que les bouchons se font et se défont devant les fenêtres de salon, ça fait grogner dans les chaumières. Mais bien sûr, la voiture de trop, c'est celle de l'autre!

«L'automne dernier, la saturation du réseau routier est devenue flagrante. Dans mon quartier, aux heures de pointe, ça a souvent été pare-chocs à pare-chocs sur les routes qui vont d'ouest en est. Comme les voitures, les autobus sont souvent coincés là-dedans.»

Dominique Sorel habite à Notre-Dame-de-Grâce. Pendant des années, elle s'est battue pour améliorer la sécurité des rues de son quartier. Elle a réclamé des saillies de trottoir, exigé qu'on empêche les automobilistes de se garer à moins de cinq mètres des intersections. Sa fille de 10 mois avait été happée par une voiture et éjectée de sa poussette alors que la gardienne traversait au feu comme il se doit. Les deux s'en sont sorties miraculeusement indemnes. La petite Béatrice a aujourd'hui 10 ans, mais Dominique Sorel n'a pas oublié.

«Jusqu'ici, je me suis surtout préoccupée de la sécurité des piétons, mais je constate qu'il faut s'attaquer au nombre de voitures.»

Dans le Sud-Ouest, le problème a été encore plus criant toute l'année. Divers travaux à l'échangeur Turcot et au tunnel Saint-Rémi, conjugués à la mise en place d'arrêts d'autobus autour du métro Lionel-Groulx - avant la construction d'un terminus digne de ce nom - ont fait pester aussi bien les automobilistes et les résidants que le maire de l'arrondissement lui-même. «On a dû parler à la STM pour régler le problème des autobus stationnés en double, et même si nos chemins de contournement étaient bien pensés - la seule bonne collaboration qu'on a eue avec le ministère des Transports -, beaucoup d'automobilistes fuyaient la congestion des grandes artères pour aller encombrer des rues plus locales», résume Benoit Dorais.

Un peu partout, les citoyens, inquiets pour leur sécurité ou dérangés par le bruit, se réunissent en comité et réclament que les voitures aillent voir ailleurs, à grands coups de dos d'âne, de trottoirs en saillie ou de sens interdits. «Dans le Sud-Ouest, dans Hochelaga-Maisonneuve, dans Rosemont, dans Ahuntsic, un peu partout on réclame des mesures d'apaisement de la circulation», fait remarquer Daniel Bouchard, responsable des campagnes de transport au Conseil régional de l'environnement de Montréal.

Pas uniquement dans les quartiers centraux

Si les quartiers centraux doivent s'attendre à une certaine affluence, elle surprend davantage quand on se retrouve en banlieue. Il est arrivé souvent à Patrick, qui travaille à Lachine, de devoir retarder son départ du bureau parce qu'il était incapable de rentrer chez lui, à quelques kilomètres de là, à LaSalle. Quand l'autoroute 20 est congestionnée, le quartier qui borde le lac Saint-Louis et la rue Saint-Patrick le devient tout autant.

Maria Tutino, mairesse de Baie-d'Urfé, est justement de ceux qui avouent s'inventer mille circuits pour éviter l'autoroute 20 quand cela n'avance pas. Elle passe alors par Beaconsfield, puis longe le lac Saint-Louis, à Pointe-Claire et Dorval, quand elle ne traverse pas aussi les quartiers résidentiels de Lachine, de LaSalle, de Verdun et de Saint-Henri.

Ottavio Galella, ingénieur et expert en circulation de la firme de consultants Trafix, note que le problème vient parfois d'anticipations erronées. «Dès qu'il y a des ralentissements, des automobilistes anticipent à tort une forte congestion et se mettent à passer par de plus petites rues. Ça peut vite devenir un circuit que l'on prend par habitude, en imaginant le pire sur l'autoroute, alors que les gains de temps ne sont pas vraiment substantiels.»

En tout cas, les automobilistes y croient. À Brossard, par exemple, «les gens abandonnent souvent l'autoroute 10 pour se lancer dans des rues locales et reprendre l'autoroute plus loin, ce qui crée une congestion qui n'a pas lieu d'être», relève M. Galella, qui cite aussi le cas de bon nombre de rues du Vieux-Longueuil, souvent prises d'assaut.

«Ça devient chaotique, observe M. Galella. Voilà même que, pour éviter des bouchons, on voit plein de gens faire demi-tour dans des entrées privées!»

Luc Ferrandez... (Photo Ivanoh Demers, La Presse) - image 2.0

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Luc Ferrandez

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Des mesures «perfectibles »

«C'est bien parti, mais c'est perfectible.» Luc Ferrandez, maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, ne prétend pas que son plan d'apaisement de la circulation soit un succès sur toute la ligne.

«Par exemple, dit-il, notre plan a eu pour effet d'accroître la circulation dans les rues Fabre, Chambord, de Mentana et Garnier. On n'avait pas prévu que les gens feraient des détours jusque-là pour aller au centre-ville. On y travaille.»

Avec un réseau de métro «loufoque» auquel ne peut se fier la mère qui part à la garderie avec son bébé dans les bras, et faute de solution de rechange efficace à la voiture, Luc Ferrandez comprend que des automobilistes trouvent ses mesures d'apaisement «injustes et inutiles».

Mais est-ce parce qu'on n'a pas encore de solution de rechange sérieuse à l'automobile «qu'il faut se résigner à ne plus utiliser son balcon avant et sacrifier la qualité de vie de 100 000 personnes dans le Plateau?»

Quand on lui souligne que les plaintes viennent beaucoup des gens du Plateau eux-mêmes, Luc Ferrandez répond qu'ils sont habituellement le fait de personnes qui habitent dans des rues tranquilles. La grande majorité des citoyens aux prises avec des problèmes de circulation devant chez eux réclament pour leur part que quelque chose soit fait.

Les élus sont en bonne partie responsables du problème, eux qui ont laissé la ville et ses banlieues pousser n'importe comment, analyse M. Ferrandez, mais c'est un peu aussi la faute de tous ces gens «qui s'achètent une maison à 35 km de la ville et qui espèrent arriver en 

35 minutes à destination».

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Arrondissements où les routes font le plus de blessés chez les enfants de 5 à 17 ans *

> Saint-MichelParc-Extension: 628 dont 205 comme piéton

> Hochelaga-Maisonneuve : 626 dont 188 comme piéton

> RosemontPetite-Patrie : 508 dont 146 comme piéton

> Côte-des-NeigesNDG: 478 dont 151 comme piéton

> Montréal-Nord: 441 dont 142 comme piéton

* À noter que peu d'enfants habitent dans Ville-Marie, arrondissement qui figurerait autrement dans ce triste palmarès...

Source : Direction de santé publique de Montréal

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