L'artiste polonaise Olek attaque les rues de la métropole

Elle a enrobé le taureau de Wall Street de laine multicolore, transformé une rétro-excavatrice en chaussette géante et tapissé des appartements partout dans le monde de ses créations étranges. Cette semaine, l'artiste polonaise Olek attaque les rues montréalaises.

Mais n'allez pas lui dire qu'elle fait du tricot. «Le tricot, c'est pour les bonnes femmes», lance la grande blonde frisée, adepte de l'art sauvage. «Je fais du crochet», précise-t-elle.

Ses oeuvres, elle les installe à la va-vite, souvent illégalement, sur le mobilier urbain des grandes villes du monde entier. À 4 h du matin mardi, déjouant les agents de sécurité de la tour de l'Industrielle Alliance, à Montréal, elle a enveloppé un des personnages de la sculpture La foule illuminée de son typique tissu crocheté. «Le personnage semblait seul au milieu des autres personnages. J'ai voulu lui donner une nouvelle vie.»

Action-guérilla

Elle dispose également, un peu partout en ville, des poussettes ou des vélos recouverts d'oeuvres au crochet, qu'elle cadenasse aux poteaux et aux parcomètres. Parfois, elle y brode un message artistique. «C'est de l'action-guérilla. C'est ma façon de recycler les choses. Je donne un nouveau sens à ce qui entoure les gens. C'est ça, l'utilité de l'art de la rue», dit-elle.

Aussitôt remarquées, ses oeuvres sont souvent détruites par les autorités. Cela a été le cas mardi matin à la tour Industrielle Alliance. Son tissu a trouvé le chemin du compacteur à déchets. Une fatalité qui dérange plus ou moins l'artiste: «Quand on fait de l'art pour la rue, il appartient à la rue. Il ne faut pas s'y attacher.»

«Quand quelqu'un détruit ce que je fais, c'est un geste qui a un certain sens, ajoute-t-elle. Les grandes oeuvres publiques dont je me sers, comme les sculptures qu'on trouve dans les villes, sont souvent faites par des hommes. Moi, une femme, je les transforme de façon éphémère. Puis c'est généralement un gardien de sécurité, un homme, qui vient couper le tissu. C'est un équilibre que je trouve intéressant», analyse Olek.

Gestes politiques

En 2010, elle s'est fait connaître mondialement en recouvrant le taureau de Wall Street en pleine nuit. Le summum de l'art-guérilla. Or, peu de gens savent que cette sculpture de bronze de 3,2 tonnes est elle-même le fruit d'une démarche d'art sauvage. Son créateur, Arturo Di Modica, l'avait installée sans autorisation devant la Bourse de New York après le krach de 1987. «En 2010, quand la crise économique a frappé, j'ai vu l'occasion de faire un geste politique et de rendre un hommage» en la recouvrant, explique Olek.

À Montréal, elle promet quelques surprises, mais peut-être pas de coup d'éclat aussi spectaculaire que le taureau de Wall Street. «Je suis allée dans la rue et c'est la folie. La police est partout. C'est trop risqué, l'ambiance est trop folle, constate-t-elle. Ce n'est pas le bon moment. Les gens vont penser que mes oeuvres ont un lien avec les manifestations, et ce n'est pas le cas.»




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