Des édifices voisins en décrépitude menacent le Monument-National

Les neuf immeubles problématiques ont été acquis par... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Les neuf immeubles problématiques ont été acquis par la Société de développement Angus (SDA), avec l'appui de la Ville de Montréal, entre janvier et mars 2010 pour 18,6 millions.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

À l'abandon depuis deux ans, des édifices du Red Light montréalais, boulevard Saint-Laurent, sont devenus de véritables nuisances pour leurs voisins, notamment le Monument-National. Classé monument historique, l'édifice est aux prises avec des problèmes d'humidité dans son sous-sol, des dangers d'infiltration du toit dans un de ses murs, en plus de voir ses spectateurs et employés dérangés par la fermeture d'une partie du boulevard Saint-Laurent.

Le Monument-National appartient depuis 1971 à l'École nationale de théâtre du Canada, qui s'est dite «extrêmement préoccupée par la situation des immeubles» délabrés situés entre son édifice et le Café Cléopâtre, dans une correspondance obtenue par La Presse. Les responsables de l'École se sont plaints à plusieurs reprises des «inconvénients reliés à l'inoccupation» et des «risques de certains [des] immeubles». Le 12 décembre dernier, ils ont reçu l'appui d'Héritage Montréal, qui a souligné le «regrettable état d'abandon dans lequel [le secteur] se trouve actuellement, faute d'entretien», dans une lettre envoyée au maire Gérald Tremblay.

Un monument historique

Ces bâtiments sont dans l'aire de protection du Monument-National et font partie d'un secteur de valeur patrimoniale exceptionnelle, souligne Dinu Bumbaru, directeur des politiques d'Héritage Montréal. De style néo-Renaissance, l'édifice terminé en 1894 a été classé monument historique en 1976. Une aire de protection a été décrétée deux ans plus tard.

Les neuf immeubles compris dans cette aire ont été acquis par la Société de développement Angus (SDA), avec l'appui de la Ville de Montréal, entre janvier et mars 2010 pour 18,6 millions. Un grand édifice de 12 étages, abritant notamment les bureaux d'Hydro-Québec, devait les remplacer dans le cadre du projet Quadrilatère Saint-Laurent. Celui-ci est officiellement tombé à l'eau en mai dernier, devant le refus du propriétaire du Café Cléopâtre d'être exproprié. La SDA compte présenter une deuxième mouture du projet, laquelle fera l'objet d'une nouvelle consultation publique.

Dégradation évidente

En attendant, les immeubles ne sont plus chauffés et subissent une dégradation évidente. Un seul segment abritant le bureau de chantier du 2-22, angle Saint-Laurent et Sainte-Catherine, est encore entretenu. Les fenêtres des édifices ont toutes été condamnées, une structure métallique d'appui a été ajoutée à une des façades et du grillage retient la brique à l'arrière, rue Clark, où une partie du trottoir est fermée.

Le 19 août dernier, dans un courriel, un responsable de Technopôle Angus a pris acte des plaintes de l'École nationale de théâtre, se disant «navré» de cette situation. «Mais la solution pour résoudre ce problème ne relève pas de nos pouvoirs [...], écrit-il. Le sous-sol de notre immeuble n'est plus chauffé ni ventilé, votre mur de fondation subit une différence de température [votre loge étant chauffée] et il y a condensation quelque part à mi-chemin.» Il suggère d'isoler le mur du Monument-National avec de la mousse uréthane afin de le sceller hermétiquement, pour empêcher la condensation. Un joint à la jonction des deux façades aurait par ailleurs été installé à la fin du mois d'août pour empêcher les infiltrations.

Il n'a pas été possible de joindre la direction du Monument-National, dont les bureaux sont fermés durant le temps des Fêtes.

Autorités en alerte

Le 2 décembre dernier, après avoir reçu des rapports d'inspection inquiétants, l'arrondissement de Ville-Marie a ordonné la mise en place d'un périmètre de sécurité devant et derrière les bâtiments, du Monument-National au Café Cléopâtre. Une voie sur deux du boulevard Saint-Laurent a été fermée à la circulation. Lors du passage de La Presse, un employé du Service de sécurité incendie (SSIM) prenait des photos des édifices, qui présentent un risque élevé d'incendie.

Invité à expliquer la situation, le président de la Société de développement Angus, Christian Yaccarini, a décliné l'offre. «Il n'y aura aucun commentaire à qui que ce soit, puisque nous attendons les instructions de l'arrondissement de Ville-Marie», a-t-il déclaré par l'intermédiaire de sa secrétaire.

À l'arrondissement, on explique que trois rapports décrivant l'état des bâtiments - rédigés par le SSIM ainsi que deux firmes d'ingénieurs mandatées par la SDA et l'arrondissement - ont été envoyés à Québec. «Nous attendons les orientations du ministère de la Culture avant de nous prononcer sur le sort réservé aux bâtiments», a déclaré Anik De Repentigny, porte-parole.

Démantèlement des façades

Hier, Radio-Canada a révélé que la Ville de Montréal envisageait de démanteler les façades des immeubles à l'abandon. Les pierres seraient numérotées et pourraient être réutilisées pour un éventuel projet de la SDA. Le ministère de la Culture doit donner son approbation, ce que la responsable du patrimoine au comité exécutif de la Ville, Helen Fotopulos, espère obtenir d'ici à la fin de l'année.

Au Ministère, on se dit préoccupé par la protection du Monument-National et «également sensible à la situation actuelle, qui représente un risque pour la sécurité civile», indique la porte-parole Annie LeGruiec. «Nous étudions présentement la demande et ferons connaître notre position dans les meilleurs délais.»




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