Michael Fainstat: un «grand Montréalais» s'éteint

Michael Fainstat et le nouveau maire de Montréal, Jean... (Archives La Presse)

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Michael Fainstat et le nouveau maire de Montréal, Jean Doré, en novembre 1986.

Archives La Presse

Automne 1974. Quelques jours avant les élections municipales, un désistement de dernière minute force le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) à trouver un candidat dans le district Notre-Dame-de-Grâce.

Michael Fainstat, ingénieur de 51 ans tout juste retraité, est pressenti. Sans grande expérience politique, il prévoyait plutôt profiter de sa retraite pour suivre des cours à l'université. Mais le RCM le convainc de reporter ses projets au prochain trimestre: personne ne croyait qu'il serait élu.

Non seulement Michael Fainstat s'est fait élire, mais il a siégé pendant 17 ans à l'hôtel de ville de Montréal et a même occupé le prestigieux poste de président du comité exécutif. «Humaniste», «travailleur», «d'une rare probité»... plusieurs anciens collègues ont eu de bons mots lundi pour M. Fainstat, mort le 29 décembre après une longue bataille contre la maladie de Parkinson.

«C'était un grand Montréalais. Pas un grand Montréalais de l'année. Un grand Montréalais tout court», a dit Michel Prescott, ancien candidat à la mairie de Montréal qui a travaillé aux côtés de M. Fainstat au RCM.

Michael Fainstat a été élu en 1974, avec 18 membres du RCM. Le maire Jean Drapeau, qui régnait alors en maître sur la ville, avait reçu ces résultats du RCM comme une gifle. Mais aux élections suivantes, le maire Drapeau prend sa revanche: le RCM ne parvient à faire élire qu'un seul conseiller: Michael Fainstat.

«Son élection en 1978 en dit beaucoup sur lui, sur sa personnalité et sur l'estime qu'on lui portait», note M. Prescott.

Seul devant Drapeau, pendant quatre ans, Michael Fainstat gardera le fort pour son parti. Lorsque Jean Doré et le RCM prennent le pouvoir, huit ans plus tard, ils font du conseiller de NDG le président du comité exécutif, le poste le plus important après celui du maire. Pendant les quatre années suivantes, il va surtout s'intéresser aux questions de gouvernance.

«Il était passionné par la démocratie, par les réformes qui pouvaient la renforcer, se souvient le conseiller d'Union Montréal Marvin Rotrand, un ancien du RCM. Son héritage est là. Certaines personnes trouvent que ce n'est pas grand-chose, mais elles oublient que Montréal, à cette époque, était une ville très peu transparente, où l'opposition et les débats étaient à peine tolérés.»

M. Fainstat a beaucoup milité pour que le conseil municipal crée une période de questions pour les citoyens. «Michael croyait que les citoyens avaient le droit de poser des questions, qu'ils avaient le droit de ne pas être d'accord», se souvient M. Rotrand.

Juif et anglophone, issu d'une famille d'immigrés, Michael Fainstat a connu une enfance pauvre. «Nous avons souvent été expulsés de nos logements parce qu'on n'avait pas d'argent pour payer. Aujourd'hui, quand je vois la pauvreté à Montréal, je comprends», a raconté M. Fainstat à La Presse en 1991, lorsqu'il a pris sa retraite de la politique.

L'ancien ingénieur a fait partie d'une longue liste de progressistes anglophones montréalais, avec notamment Nick Auf der Maur. «C'était un homme de gauche, un gars aux opinions tranchées, se souvient Michel Prescott. Mais il était raisonnable, souriant, ouvert. En politique, il m'est toujours apparu comme un bon père de famille.»

Le «bon père de famille» est mort mercredi dernier à l'âge de 87 ans. Une cérémonie aura lieu en son honneur dimanche de 14h à 16h, au complexe funéraire Mont-Royal, sur la montagne.

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