Le projet de la rue Notre-Dame encore dans un cul-de-sac

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Photo de la rue Notre-Dame. Le projet de modernisation est toujours sur la table.

Photo: André Pichette, La Presse

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Bruno Brisson
La Presse

Après quatre ans d'études et de planification, et des dépenses de presque 60 millions - dont la moitié en frais et honoraires -, le projet de modernisation de la rue Notre-Dame, dans l'est de Montréal, est de nouveau dans l'impasse.

Ouvert en octobre 2006, le Bureau de projet conjoint du MTQ et de la Ville de Montréal est fermé depuis un mois. «Temporairement», précise-t-on au cabinet de la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet.

Son mandat a été suspendu à la fin de janvier avec la présentation à la Ville d'une version «révisée» et moins chère de ce projet routier qui est en suspens depuis plusieurs mois, en raison de ses coûts estimés à 1,5 milliard.

À la Ville de Montréal, un porte-parole du comité exécutif, Bernard Larin, a expliqué que les responsables du projet vont examiner la proposition du MTQ, et qu'ils formuleront leurs demandes et commentaires au Ministère en temps et lieu. Quand? Lorsque leur analyse sera terminée.

Selon plusieurs sources de La Presse, cela pourrait prendre du temps.

Avec l'annonce imminente du début des travaux de reconstruction de l'échangeur Turcot dans le sud-ouest de la ville, un chantier de 2 milliards qui durera au moins sept ans, les services municipaux concernés sont déjà très occupés. Le projet de la rue Notre-Dame, qui a été la priorité des grands chantiers de la métropole pendant les 10 dernières années, est maintenant au deuxième rang.

De plus, selon nos sources, la révision du projet Notre-Dame qu'a faite le Ministère aurait été assez froidement accueillie par la Ville, en raison de certaines parties retranchées au projet initial, notamment pour la mise en valeur du fleuve et du patrimoine architectural qui bordent la grande artère de l'Est.

À la Ville de Montréal, tout comme au MTQ, aucun échéancier n'a été avancé, la semaine dernière, pour la remise en marche de ce projet, et aucun détail n'a filtré quant aux changements que le Ministère a apportés dans cette dernière mouture.

Il s'agit d'une quatrième version en neuf ans du mégaprojet routier qui vise à transformer cette artère de l'Est, dysfonctionnelle, bruyante et souvent congestionnée, en un lien routier moderne à huit voies de circulation - quatre par direction - entre l'autoroute 25 et le centre-ville de Montréal.

Quatre projets depuis 2001

Il y a neuf ans, en mars 2001, le ministre des Transports du Québec de l'époque, Guy Chevrette, présente pour une première fois le grand projet de modernisation de la rue Notre-Dame. Le projet ressemble à s'y méprendre à l'autoroute Décarie, et affiche un coût estimé de 100 millions.

À la fin de la même année, avec un coût revu à 263 millions, le projet traverse une tempête imprévue lors des consultations du Bureau d'audiences publiques sur l'Environnement (BAPE). En janvier 2002, l'administration du maire Gérald Tremblay, nouvellement élue, rejette sans équivoque le projet, devant le BAPE, et sonne le glas de cette autoroute encaissée.

En septembre 2002, Québec adopte un décret imposant 19 conditions de réalisation au MTQ. La nécessité d'une entente formelle entre le Ministère et la Ville de Montréal sur le concept du projet fait partie de ces conditions. Ce décret est toujours valide.

Entre-temps, en juin 2002, au Sommet de Montréal, le maire Gérald Tremblay présente un concept de boulevard urbain comptant huit voies de circulation, des intersections à plat avec le réseau de rues locales, des feux de circulation, etc. Un an plus tard, cette deuxième version du projet, avec un coût d'environ 500 millions, est jugée non fonctionnelle et trop chère, et laissée de côté.

Une troisième version du projet Notre-Dame est présentée au public en juillet 2005, en présence du premier ministre Jean Charest. Il s'agit d'un concept hybride d'autoroute et de boulevard. Une des particularités du projet tient dans ses feux de circulation qui fonctionneront seulement aux périodes hors pointe. Pendant les pointes du matin et soir, les feux resteront verts en permanence pour les usagers du boulevard.

En octobre 2006, Montréal et le MTQ lancent un Bureau de projet conjoint. En novembre 2007, on donne le feu vert au lancement des travaux, dont les coûts sont alors estimés de 700 à 750 millions. Un an plus tard, une nouvelle évaluation fait exploser les coûts: 1,5 milliard. Le projet est soumis à une révision pour en réduire la facture. Le résultat de cette version remaniée du projet Notre-Dame, la quatrième en neuf ans, est soumis à la Ville de Montréal à la fin de janvier 2010.

59 millions depuis 2006

Du 1er avril 2006 au 1er mars 2010, le ministère des Transports du Québec a investi 56,3 millions dans le projet Notre-Dame, selon les données fournies par le MTQ (voir tableau). De ce total, 27 millions ont été consacrés aux frais de fonctionnement du Bureau de projet et au paiement des honoraires à des consultants privés.

À la Ville de Montréal, on estime à 2,7 millions les investissements consentis au Bureau de projet de la rue Notre-Dame depuis son ouverture. Un peu plus de la moitié de cette somme (1,4 million) a été versée en salaires à des employés de la Ville affectés au Bureau. Des honoraires de 1,3 million ont aussi été payés à des consultants pour divers avis et études.

Au total, selon les données que La Presse a recueillies, la modernisation de la rue Notre-Dame a entraîné des coûts de 59 millions en quatre ans, dont la moitié seulement en travaux routiers.

Ces investissements ont permis la reconstruction et l'élargissement de la bretelle Souligny qui relie l'autoroute 25 à la rue Notre-Dame actuelle. La bretelle a été construite en fonction des besoins du futur boulevard ou de la future autoroute qui sera, un jour, construite dans l'axe de la rue actuelle.

Le MTQ prévoit un investissement de 3,2 millions, en 2010, pour terminer ces travaux. Aucune autre somme n'est prévue aux crédits du Ministère pour le projet de la rue Notre-Dame d'ici 2011.

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