Le Club Compassion sur le trottoir

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

(Montréal) «Club Compassion en exil», pouvait-on lire lundi sur une banderole devant une table installée sur le trottoir de l'avenue Papineau, à l'angle de l'avenue Mont-Royal.

Un des quatre clubs Compassion de la métropole fermés jeudi dernier par les policiers se trouvait dans un immeuble tout juste derrière.

Emménagé dans un vieil appartement situé au rez-de-chaussée, le Club Compassion de Montréal, qui existe depuis 1999, passait inaperçu dans le paysage urbain.

Assis sur le perron du club, un des membres pestait bruyamment contre sa fermeture.

Derrière la table sur le trottoir, une employée de l'endroit, Marianita Hamel, distribuait des dépliants aux passants, qui s'arrêtaient nombreux. «Le pire, c'est que tous les gens malades sont obligés de se tourner vers la rue», a déploré la jeune femme de 23 ans.Arrêtée, menottée, interrogée et accusée de trafic de stupéfiants au cours de la frappe policière, l'employée a été libérée sous conditions, en attendant son retour devant le tribunal le 23 juin.

La Cour lui interdit notamment d'entrer à l'intérieur du club démantelé.

Il n'y a de toute façon plus un gramme de marijuana à distribuer depuis le passage des policiers. Il ne reste que l'odeur de cannabis, forte, qui s'est visiblement incrustée entre les murs.

À notre passage, des sacs de fertilisants étaient empilés dans une pièce. Dans une autre, quelques tortues nageaient dans un aquarium. «Le cannabis se trouvait au frigo dans des pots. Les policiers ont vidé leur contenu dans un sac», explique Benoît Robitaille, un bénévole.

Les policiers ont saisi environ 60 kilos de marijuana jeudi dans les quatre centres visés à Montréal.

Quelques jours plus tard, Marianita Hamel et des bénévoles se retroussent déjà les manches. «Il y a un flou juridique depuis assez longtemps dans ce dossier. On va se préparer à une lutte judiciaire pour faire reconnaître le cannabis à des fins thérapeutique», a-t-elle lancé, avec aplomb.

Selon la loi, seul Santé Canada est autorisé à vendre des stupéfiants à des fins thérapeutiques.

Les responsables des Clubs Compassion estiment répondre à des besoins immenses, auxquels Santé Canada est incapable de faire face seul.

Après avoir toléré durant des années les activités des Clubs Compassion, la police de Montréal a décidé de faire le ménage.

Résultat: 35 personnes ont été arrêtées, tous des administrateurs et des employés. Aucun client n'a été appréhendé.

Trois endroits avaient pignon sur rue au Plateau-Mont-Royal. L'autre, ouvert il y a quelques mois à Lachine, semble à l'origine de la rafle.

Le centre Culture 420 de Lachine -ouvert en février sans permis d'occupation- croulait sous les plaintes et une simple déclaration écrite approuvée par un notaire suffisait pour obtenir une carte de membre.

Les 400 membres du club de l'avenue Papineau devaient pour leur part fournir un certificat médical attestant qu'ils souffraient d'une maladie ou de douleurs inscrites sur une liste rédigée par Santé Canada, a assuré Marianita Hamel. «Ici, nos règlements sont très stricts et on n'a jamais eu de plaintes du voisinage. Les gens ne savent même pas qu'on est là», a expliqué Marianita Hamel.

Il faut dire qu'on est loin des 200 personnes qui faisaient parfois la file devant le centre de l'arrondissement Lachine. Et le Club Compassion de Montréal loue depuis quelques mois seulement l'appartement, l'ancien atelier d'un luthier. Auparavant, le club était situé plus bas, à l'angle de la rue Rachel.

Ce membre de la première heure a déploré la fermeture du club. «Je suis atteint du VIH depuis plus de 20 ans. Le cannabis me permet d'annuler les contre-effets des médicaments et retrouver l'appétit», a raconté l'homme de 46 ans, qui venait quotidiennement acheter de petites quantités de marijuana.

Ce dernier sort de sa poche sa carte de Santé-Canada, qui lui permet de consommer en toute légalité. «Autorisation de posséder de la marijuana séchée», lit-on sur le permis fédéral.

Mais Pierre préfère le contact direct avec les clubs Compassion. «Il y a des délais de trois semaines pour recevoir la marijuana fournie par l'entremise de Santé-Canada», calcule Pierre. «Ici, les gens font le suivi et c'est un peu comme une pharmacie. Maintenant, je vais devoir aller m'approvisionner au métro Mont-Royal ou à Berri-UQAM», a-t-il soupiré.

Tout près, Eugene Feig, un autre membre, fulminait contre le centre de Lachine. «Je suis furieux. Ces gens se sont servis des malades comme couverture pour faire des profits! C'est honteux!», a dénoncé l'homme, qui dit être aux prises avec des douleurs chroniques. «J'ai des réserves de cannabis pour deux semaines, après je suis dans le pétrin...», a-t-il laissé tomber, avant de se tenir l'épaule en grimaçant de douleur.




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