Tuerie à Moncton: «Son regard était étrange, il avait l'air en mission»

La GRC avait fouillé la maison du présumé... (Archives La Presse Canadienne)

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La GRC avait fouillé la maison du présumé meurtrier Justin Bourque.

Archives La Presse Canadienne

Annabelle Blais, David Santerre
La Presse

(Moncton et Montréal) Quand elle a vu Justin Bourque sortir de chez lui vêtu d'un treillis militaire et armé jusqu'aux dents, mercredi, Virginia Boudreau a tout de suite appelé la GRC. Les premiers agents qui se sont présentés sur les lieux ont été les premières victimes du tueur présumé de Moncton, et aujourd'hui, Virginia s'en veut.

Elle a le sentiment que c'est son appel qui a jeté les policiers dans la gueule du loup.

Hier, la rue principale du modeste parc de maisons mobiles où habite Justin Bourque était déserte. Seul un camion blindé était posté devant la maison mobile numéro 13, celle de Justin. « Normalement, il y a toujours plein d'enfants et de gens dehors », dit Nathalie Aubé, une des voisines.

C'était d'ailleurs le cas mercredi vers 19 h. Virginia et son fils de deux ans étaient devant leur habitation lorsque le jeune homme est passé. « Il avait un regard fixe, sans expression. Il marchait droit vers le boisé au fond de la rue et ne prêtait aucune attention aux gens autour », dit la jeune femme de 29 ans.

Avec ses armes, son bandana, ses vêtements de camouflage et son fusil, il avait un air de Rambo, raconte Virginia.

Si la jeune femme n'a pas été étonnée d'apercevoir les armes de Justin, c'est qu'elle sait que le jeune homme pratique la chasse et s'exerce à l'occasion au tir. « Mais son regard était étrange, il avait l'air en mission. »

Sur le coup, elle ne savait pas si elle devait en rire, puis sa voisine lui a fait remarquer qu'il était chargé de munitions.

Virginia n'a fait ni une ni deux et a appelé la GRC. Lorsque les premiers policiers sont arrivés au parc de maisons mobiles, ils se sont dirigés vers un boisé au sud. Quelques instants plus tard, elle entendait des coups de feu provenant du croissant Bromfield, à quelques centaines de mètres.

«D'une certaine façon, je me sens un peu responsable. Ça m'a trotté dans la tête toute la nuit.», a mentionné Virginia Boudreau.

Selon elle, le jeune homme prenait de la drogue à l'occasion, du speed par exemple, mais n'était pas accro. Mercredi, elle a vu son ami Nathan Plewes ramener Justin du travail vers 18 h. « Il était normal, selon Nathan », raconte-t-elle.

«Pas du genre philosophe»

Nathan est aussi un amateur d'armes à feu. C'est lui qu'on aperçoit, portant la barbe et un fusil de chasse, aux côtés de Justin Bourque sur sa photo de profil Facebook. Ce dernier a été bouleversé d'apprendre le geste qu'aurait posé son ami, ajoute Virginia. Nathan a refusé de répondre aux questions des médias. Il travaille comme gun man à la Worlds End Warehouse, une boutique vendant des armes et du matériel de survie. La direction du commerce a d'ailleurs publié hier matin sur sa page Facebook un message confirmant que les employés du commerce connaissent Justin, tout en soulignant ne lui avoir jamais vendu d'armes.

Le frère de Nathan, qui n'a pas voulu être identifié, dit n'avoir aucune idée des raisons qui ont pu pousser Justin à commettre un tel geste. Il a toutefois précisé qu'il ne fallait pas voir dans ce geste des motifs idéologiques, malgré les messages publiés sur Facebook qui laissent entrevoir un garçon nourrissant une certaine haine envers les policiers.

« Justin n'est pas du genre philosophe », affirme-t-il. Selon lui, il ne gardait jamais un emploi très longtemps. Avait-il des problèmes avec l'autorité ? Le frère de Nathan hésite à répondre, puis se tait avant de mettre fin à l'entrevue.

Des amis de Justin rencontrés un peu plus tôt en journée près du périmètre fermé ont assuré que rien n'aurait pu laisser croire que leur ami traversait une mauvaise passe.

« Je suis certain que son geste n'était pas planifié. On faisait des blagues avec ses armes en disant : "C'est une bonne chose que tu sois de mon côté", mais on fait tous ce genre de blagues, ça ne veut rien dire ! », a soutenu un jeune homme qui se présente sous le nom de Gould.

« Il a toujours eu des fusils, il aime les fusils, c'est un chasseur, ça n'a rien à voir avec son geste », ajoute Alex Gallant. Cameron a vu Justin pas plus tard que dimanche soir et il était « normal ».

Les trois garçons portant des vêtements de groupes de heavy métal tenaient également à dire que leur style de musique n'y est pour rien. Dans sa dernière publication sur Facebook, quelques heures avant le drame, Bourque citait les paroles d'une chanson de Megadeth, Hook in Mouth, qui, sorties de leur contexte, peuvent sembler inquiétantes.

« Quand il y a eu la tuerie de Columbine [aux États-Unis], ils ont blâmé Marilyn Manson, c'est de la bullshit !, poursuit Gould. Pourquoi il a fait ça, ça reste un mystère, il a pété un plomb ! »

Un ami de Justin Bourque, Mike Campbell, a raconté au site web Business Insider avoir eu une troublante dernière rencontre avec son ami récemment.

Son père venait de mourir, il prenait un verre de whisky avec des amis.

Quand Bourque est parti, Campbell lui a dit de revenir le voir bientôt.

« Je sais pas. Prends soin de toi, Mike. Tu as une bonne vie », lui aurait-il répondu avant de s'en aller.

Des problèmes avec l'autorité

Une ancienne collègue de Bourque dans un Walmart de la région a confié que le jeune homme était étrange, avait des problèmes avec l'autorité, et que ça lui a valu un congédiement.

« Je ne l'ai jamais pris au sérieux, mais il a toujours dit qu'il voulait disparaître en faisant un grand coup, en amenant des gens avec lui », a quant à elle déclaré Caitlin Isaac au Business Insider.

Sur sa page Facebook, Justin Bourque fait l'apologie du droit à la libre possession d'armes à feu pour tous. Il y crache aussi sa haine envers la police. 

Quelques voisins de la maison des parents de Justin ont indiqué qu'ils étaient de « bonnes personnes » qui avaient élevé leur enfant dans la foi chrétienne. Un camion blindé et une voiture de police surveillaient l'entrée de leur maison. Les parents ne se sont pas adressés aux médias.




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