Usage de fonds secrets: l'ex-DG de la SQ assume ses gestes

L'ex-patron de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'ex-patron de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes

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L'ex-patron de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes, a pris aujourd'hui sur ses épaules l'entière responsabilité de l'usage controversé des fonds secrets d'opérations pour payer un consultant en relations de travail chargé des dossiers chauds au sein du corps policier.

«Il y a une décision à prendre, c'est une décision du directeur général, je suis le directeur général [à cette époque]. Monsieur le juge, j'ai pris la décision», a déclaré M. Deschesnes lors d'un témoignage en cour.

Ce dernier était appelé à la barre au procès de Jean Audette, son ancien directeur général adjoint, accusé de fraude, vol et abus de confiance pour avoir payé le consultant Denis Depelteau à même le fonds des «dépenses spéciales d'opérations», un fonds discrétionnaire confidentiel qui permet de faire certaines dépenses à l'abri des regards, notamment payer des informateurs, louer un appartement pour espionner des trafiquants ou acheter de la drogue dans le cadre d'une opération d'infiltration.

M. Deschênes a raconté aujourd'hui qu'en 2011, le consultant en relations de travail Denis Depelteau était devenu «incontournable» à la SQ. Il s'occupait des négociations avec le syndicat des policiers, mais gérait aussi des cas «difficiles» d'officiers avec qui la direction avait des problèmes.

«M. Depelteau était essentiel pour moi. Les choses qu'il faisait, je ne pouvais pas les faire faire par quelqu'un d'autre», a-t-il expliqué.

Or, Denis Depelteau avait un litige avec le fisc, ce qui empêchait la SQ de continuer à le rémunérer selon les voies normales.

«Il y avait urgence. Je considérais que comme directeur général, j'avais le droit d'utiliser les dépenses d'opérations et je l'ai fait», a expliqué M. Deschesnes.

C'est lui qui a donné l'ordre de procéder ainsi à M. Audette. «J'ai dit à Audette : "J'ai un problème contractuel avec Depelteau et j'ai décidé qu'il faut qu'il demeure. Et on va le payer avec les dépenses spéciales d'opérations. On va recevoir ses factures et te les envoyer pour paiement."»

M. Audette, qui était alors directeur général adjoint aux enquêtes criminelles, n'avait qu'obéir à ses ordres, dit-il. «C'était une demande du directeur général. Tous ceux qui ont travaillé à la Sûreté savent bien qu'une demande du directeur général, ça a tout le poids d'une demande du directeur général», a-t-il martelé.

Il affirme que la décision suivait les façons de faire. En montant les échelons du corps policier, il avait constaté que les dépenses spéciales d'opérations étaient utilisées pour toutes sortes de dépenses courantes, pas seulement les achats délicats ultra confidentiels.

Du matériel comme des ordinateurs, des imprimantes, des honoraires professionnels pour une firme de juricomptables, des formations pour les policiers ou la participation à des colloques avaient été payés à même ces fonds, qui échappent à l'examen public habituel des autres postes budgétaires.

«C'était la façon de faire à la Sûreté du Québec», dit-il.

Le procès se poursuit toute la semaine. Richard Deschesnes fait lui aussi face à des accusations criminelles reliées à l'utilisation des dépenses spéciales d'opérations,  mais il sera jugé dans un procès séparé.

Denis Depelteau, lui, a déjà été condamné à une peine de 15 mois à purger à la maison.

-Avec la collaboration de Louis-Samuel Perron




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