Agressée sexuellement par le maire de Baie-Trinité, elle demande sa destitution

Caroline Lamarre s'est dite doublement victime de l'agression... (Photo Erick Labbe, Le Soleil)

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Caroline Lamarre s'est dite doublement victime de l'agression qu'elle a subie, elle qui n'a pu réintégrer son emploi à la municipalité depuis 2013, l'année où elle a porté plainte contre son agresseur.

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Caroline Plante
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Une employée de la municipalité de Baie-Trinité qui a été agressée sexuellement par le maire Denis Lejeune s'est adressée aux journalistes pour la première fois, mercredi. Elle a demandé au gouvernement Couillard de lui venir en aide et de destituer le maire.

Le maire de Baie-Trinité, Denis Lejeune, reconnu coupable... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Le maire de Baie-Trinité, Denis Lejeune, reconnu coupable d'agression sexuelle en juillet 2015, continue d'exercer ses fonctions.

Photothèque Le Soleil

La procédure de destitution pourra être enclenchée aussitôt les délais d'appel expirés, grâce à la nouvelle loi 83, a appris La Presse canadienne.

Caroline Lamarre s'est dite doublement victime de l'agression qu'elle a subie, elle qui n'a pu réintégrer son emploi à la municipalité depuis 2013, l'année où elle a porté plainte contre son agresseur.

«Je veux rappeler au gouvernement Couillard que moi aussi, j'ai des droits (...) moi, mes droits ont été bafoués», a-t-elle dit, en larmes, lors d'une conférence de presse à Québec.

Denis Lejeune a été reconnu coupable d'agression sexuelle en juillet 2015, mais a pu poursuivre son mandat, car la loi sur les élections et les référendums dans les municipalités permet à un élu coupable d'un tel délit et condamné à moins de 30 jours de prison de continuer d'exercer ses fonctions. Il avait écopé de 120 heures de travaux communautaires et d'une période de probation de deux ans, en plus de devoir faire un don de 4000 $.

En vertu d'une limitation de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), l'agresseur de Mme Lamarre ne peut se trouver sur le lieu de travail de sa victime.

En 2016, le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, a fait adopter la loi 83 qui soumet les élus municipaux à des normes éthiques beaucoup plus sévères.

Les maires reconnus coupables d'une infraction au Code criminel seront à l'avenir aussitôt destitués.

«On doit s'attendre aux plus hauts standards en matière d'éthique de la part de nos élus», a résumé l'attachée de presse du ministre Coiteux, Marie-Ève Pelletier.

La loi s'applique aussi directement dans le cas de Baie-Trinité, a appris La Presse canadienne. Denis Lejeune a jusqu'en août pour en appeler du refus de sa demande d'appel. S'il ne le pas fait dans les délais, un citoyen pourra alerter la Commission municipale, qui enclenchera le processus de destitution.

Selon la loi 83, un élu sera destitué si 1) les délais d'appel sont expirés, pas avant et 2) s'il a été reconnu coupable d'un crime punissable de deux ans et plus d'emprisonnement. L'agression sexuelle correspond à cette description.

D'une voix tremblotante, Mme Lamarre a soutenu mercredi vivre une grande injustice. «J'ai tout le temps été celle qui était mise de côté; on parlait de ses droits à lui, il a le droit de ci, il a le droit de ça, mais moi, je n'existais plus. Je suis une personne, j'ai des droits et je veux qu'on m'entende», a-t-elle déclaré.

Mme Lamarre participait au congrès annuel du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-Québec), qui a dit la soutenir depuis le début.

La conseillère syndicale Charlaine Sirois a d'ailleurs insisté pour que le gouvernement intervienne rapidement et destitue le maire Lejeune, en affirmant que celui-ci s'accrochait au pouvoir.

«On se retrouve avec la juxtaposition des droits des agresseurs et des victimes. Dans le cas de Caroline, c'est clairement l'agresseur qui est favorisé, et il faut que ça arrête», a-t-elle déclaré.

Mme Lamarre a ajouté vouloir réintégrer son poste afin de recommencer à vivre. Il serait très difficile, voire impossible, pour elle de se trouver un autre travail dans la petite municipalité de 400 âmes, ou de vendre sa maison pour aller habiter ailleurs, selon elle.

Elle a de plus affirmé qu'elle ne se sentait pas en sécurité, et qu'elle craignait pour le bien-être de sa famille.




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