La famille d'un chef de train mort écrasé poursuit le CN

La gare de triage de Montréal, où Jarrod Ward... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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La gare de triage de Montréal, où Jarrod Ward est mort écrasé entre deux wagons, en mars 2014.

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Comme plusieurs de ses collègues, Jarrod Ward avait averti ses patrons du CN que les rails étaient trop glacés à la gare de triage de Montréal. Mais les opérations de déglaçage étaient réservées à d'autres secteurs, plus prioritaires. Et le travail devait continuer. Le 16 mars 2014, son train a déraillé et Jarrod est mort écrasé sous un poids de 100 000 kg. Sa famille veut maintenant faire payer l'employeur.

Jarrod Ward avait 34 ans, était chef de train et agent de triage au CN, mais aussi père de famille, amateur de pêche et partisan invétéré des Bruins de Boston. Trois ans presque jour pour jour après sa fin tragique, ses deux soeurs viennent de déposer une poursuite en dommages de 1 million de dollars contre son ancien employeur, qu'elles accusent de négligence.

Elles se basent sur trois rapports d'enquête officiels : celui du coroner Michel Ferland, celui du Service de police de la Ville de Montréal et celui produit en partenariat par Transports Canada et les agents de santé et sécurité d'Emploi et Développement Canada. La Presse a obtenu les trois rapports.

Selon le rapport de Transports Canada, un problème de drainage persiste depuis 10 ans à la grande gare de triage du CN située près de l'aéroport de Montréal.

De l'eau s'accumule et de la glace se forme sur les voies ferrées par temps froid, ce qui cause des risques de déraillement. C'était le cas le soir du 16 mars 2014.

«Il n'y avait aucune procédure ou directive officielle afin d'identifier les endroits problématiques [...] en temps de dégel. L'employeur n'avait pas procédé au déneigement des voies MC-91, MC-92, MC-93 depuis le début de la saison hivernale 2013-2014», précise le rapport.

Jarrod Ward... (PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE) - image 2.0

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Jarrod Ward

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Locomotive télécommandée

Plusieurs employés, y compris Jarrod Ward, avaient souligné à leurs supérieurs que les voies avaient besoin d'être déglacées. Mais les opérations de déglaçage étaient réservées à des secteurs plus prioritaires, notamment où sont déchargées les automobiles montées sur les trains.

Des employés ont même raconté à Transports Canada que l'hiver précédent, les voies du secteur où travaillait Jarrod Ward n'avaient pas été déglacées de tout l'hiver. Le soir du 16 mars 2014, Jarrod Ward avait même tenté de se saisir d'un balai pour libérer lui-même un aiguillage figé par la glace.

Avec un collègue, il devait déplacer un groupe de 44 wagons sur une voie afin d'aller l'arrimer à un autre convoi. Une locomotive télécommandée était placée derrière la série de wagons pour les pousser jusqu'à destination. Jarrod Ward, lui, était accroché sur une échelle au bout du wagon de tête, avec la télécommande en main, pour pouvoir actionner et stopper la locomotive.

Alors qu'il déplaçait le train, le premier wagon sur lequel il était accroché a déraillé. Il est allé tamponner un autre train stationné sur une voie parallèle. L'employé s'est retrouvé pris en sandwich, écrasé sous un poids monstrueux. Un collègue l'a cherché pendant 30 minutes avant de le retrouver, étendu sur le sol. Les manoeuvres de réanimation tentées par des collègues et des ambulanciers n'ont rien donné.

Les trois enquêtes menées en parallèle ont conclu que la glace sur les rails avait provoqué l'accident mortel. «Ce décès était évitable avec un meilleur entretien de l'environnement ou tout simplement en ne faisant pas de manoeuvres de déplacement de wagons dans de telles conditions», écrit le coroner Michel Ferland dans son rapport, en recommandant du même coup que les autorités fédérales prennent des mesures pour éviter la répétition d'un tel drame.

La loi prévoit que les bénéficiaires d'un accidenté du travail, c'est-à-dire les proches qui ont déjà droit à des prestations en vertu de la loi, ne peuvent pas entreprendre de poursuites civiles contre l'employeur pour obtenir davantage.

Mais les deux soeurs du défunt ne comptent pas parmi ses bénéficiaires. Leur avocate, Me Laura-Ann Weir, a donc déposé en leur nom une poursuite en dommages la semaine dernière.

Danger connu

«Non seulement [le CN] savait qu'il existait une situation de danger et n'a rien fait pour la faire cesser, mais [il] a soumis Jarrod Ward à cette situation dangereuse; ceci constitue une faute lourde», affirme l'avocate dans sa requête.

«La défenderesse a négligé de suivre de simples mesures d'entretien de ses rails et, par conséquent [...] un homme de famille de 34 ans a perdu la vie», poursuit-elle.

L'avocate soupçonne même une «tentative d'entrave» aux enquêtes des autorités dans cette affaire, puisque des enquêteurs ont noté que certains employés qui se montraient initialement très volubiles ont soudain cessé de vouloir parler, au beau milieu du processus

Le CN a mis en place des correctifs pour s'assurer qu'à l'avenir, des procédures strictes soient suivies en matière de déglaçage et de déplacement des trains par mauvais temps.

Le directeur des relations avec les médias de l'entreprise, Jonathan Abecassis, ne pouvait commenter davantage le drame hier. «Vous comprendrez qu'avec le dossier devant les tribunaux, nous n'avons rien à rajouter pour le moment. Cependant, nous tenons à réitérer nos sympathies à la famille du défunt», a-t-il déclaré.




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