L'Accueil Bonneau en cour pour expulser deux résidants

L'Accueil Bonneau, organisme bien connu qui offre des... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

L'Accueil Bonneau, organisme bien connu qui offre des services aux itinérants, voudrait expulser de ses maisons de chambres deux ex-itinérants qui ne veulent pas partir.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est un peu la quadrature du cercle. L'Accueil Bonneau, organisme bien connu offrant des services aux itinérants, s'adresse à la Cour du Québec pour expulser de ses maisons de chambres deux ex-itinérants qui ne veulent pas partir.

Dans un cas, la cause a été entendue l'automne dernier et est en délibéré. Dans l'autre, la requête a été déposée il y a une dizaine de jours. Pour cette dernière, l'Accueil Bonneau demande la résiliation du dernier contrat de services et d'hébergement daté du 1er juillet 2016, un remboursement de 155 $ et l'expulsion du résidant. Celui-ci accumule de nombreux retards de paiement depuis le 1er novembre 2015 et fait fi des ententes de remboursement, allègue-t-on. On lui reproche aussi son attitude agressive à quelques occasions. 

Comme l'homme refuse de partir, l'Accueil Bonneau veut obtenir un ordre d'expulsion. Or, cette demande ne peut être adressée à la Régie du logement. «On a fait des démarches avec la Régie du logement, mais elle s'est positionnée que ça ne la concernait pas», relate le directeur général de l'organisme à but non lucratif, Aubin Boudreau.

Me Marc-André Émard, avocat de l'aide juridique expérimenté dans les cas de logements, résume ainsi la situation : «Si le logement est permanent, comme la plupart des baux de logement qu'on connaît, c'est la Régie. Si ça ne l'est pas, qu'il y a des services et que le logement est secondaire, c'est la Cour du Québec. Ça ne concerne pas seulement l'Accueil Bonneau, ce sont tous les organismes qui offrent un suivi social accompagné d'hébergement qui sont dans cette situation», dit-il.

Cette procédure est plus complexe et plus coûteuse, déplore Me Émard.

«Ça fait en sorte que les organismes sans but lucratif sont obligés d'avoir des avocats, même pour des non-paiements, explique l'avocat. Alors que la Régie du logement est faite pour ça, pour simplifier, que ce soit rapide et pas cher. Les résidants, eux, ne seront jamais capables de se représenter eux-mêmes en Cour du Québec, c'est clair. Et ils n'ont pas nécessairement le réflexe d'aller voir un avocat de l'aide juridique.»

Cas extrêmes

Michel Watteyne, lui, l'a eu, ce réflexe. Ce résidant de la Maison Joseph-Vincent refuse de quitter cet endroit, où il demeure depuis huit ans. Quand la Régie du logement a décliné compétence dans la cause le concernant, en 2015, il s'est retrouvé en Cour du Québec. C'est sa cause qui est en délibéré et c'est Me Émard qui le représentait. Parce que la cause est toujours pendante, l'avocat refuse d'en parler. Mais la lecture de deux jugements qui ont été rendus par la Régie démontre que M. Watteyne demandait de rester dans les lieux et ne voulait plus d'inspections ni de services d'accompagnement.

«Ce n'est pas souhaitable, notre but n'est pas de mettre les gens à la porte. C'est une situation nouvelle et on parle ici de cas extrêmes.» - Geneviève Després, directrice des communications de l'Accueil Bonneau

Selon elle, les gens expulsés sont dirigés vers d'autres ressources.

«Dans la majorité des cas, on a de très beaux succès, ajoute Mme Després. Il faut un code de vie, il faut que ce soit juste pour tout le monde.»

«Ça m'a sauvé la vie»

Daniel O'Keefe, résidant de la Maison Claire-Ménard, opine. Dans sa vie d'avant, il avait une femme, un bébé, un travail, un logement, une voiture, bref, une «vie tout organisée». Il se souvient de ce qu'il pensait quand il voyait un robineux quêter au coin de Pie-IX, le matin. «Je me disais qu'il n'avait qu'à faire comme moi et aller travailler.»

Une séparation et une dépression plus tard, c'est Daniel qui s'est retrouvé tout nu dans la rue. Il a vécu plus d'un an sans domicile fixe. Un jour, il a donné son nom à l'Accueil Bonneau pour un hébergement. Deux mois plus tard, son tour est arrivé.

«Ça m'a sauvé la vie, dit avec conviction l'homme d'une quarantaine d'années. J'ai eu un grand studio, avec un poêle, un frigidaire comme tout le monde, une belle grande douche. Mon petit gars de 9 ans vient passer des fins de semaine avec moi. C'est pas très grand, mais on est ensemble. Il apporte du bonheur.»

Pour Daniel, le code de vie dans une maison d'hébergement est incontournable. 

«C'est la simple logique. Respecter son prochain, faire le moins de bruit possible après 11 h, pas de fumage ni d'alcool dans les escaliers. Si tu fittes pas dans le décor, c'est vraiment que tu as un problème personnel.» - Daniel O'Keefe, résidant de la Maison Claire-Ménard

«J'en ai vu passer du monde dans cette maison-là, et tous ceux qui ne sont plus là, c'est eux qui ne voulaient pas fonctionner dans la machine, poursuit-il. Moi, je suis un client satisfait de l'Accueil Bonneau. Ils ne m'ont pas donné juste un appartement, ils m'ont donné une job, la structure, la confiance en moi. Aujourd'hui, je travaille et je suis fonctionnel. Mon objectif, c'est de travailler à la Ville de Montréal à temps plein, et je vais y arriver.»

Daniel estime aussi que l'organisme est accommodant. «Au début, je n'avais pas beaucoup de sous et ils ont pris un arrangement avec moi. Quand tu démontres que tu veux faire quelque chose de ta vie, juste un petit 10% de vouloir, ça va se faire. Aider des êtres humains, c'est pas comme réparer des toasters.»

Voler de ses propres ailes

Ce type d'hébergement n'est pas permanent, et Daniel devra un jour partir, voler de ses propres ailes. Il travaille fort pour y arriver. Il «pile» pour avoir un coussin de sécurité à son départ. Son loyer lui coûte à peine plus de 200 $ par mois. Il a pu s'acheter des meubles, qu'il pourra emporter.

«Quand je suis arrivé, il y a trois ans, il n'y avait pas de maximum de temps. Aujourd'hui, c'est trois ans. Je le verrais comme une base, trois ans. Si tu dis au gars qu'il n'y a pas de limite de temps, il va prendre ça relax. Des fois, on a besoin d'un coup de pied dans le cul. T'as trois ans pour t'en sortir. Là, j'embarque dans ma quatrième année. Je suis allé voir un intervenant cette année et je lui ai dit que je n'étais pas encore prêt à m'en aller. Ils m'ont dit : pas de problème. Je peux rester une autre année», conclut-il.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer