Des proches de Ben Ali à la Cour pour «vivre une vie normale à nouveau»

Belhassen Trabelsi, beau-frère de l'ancien dictateur tunisien Zine... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Belhassen Trabelsi, beau-frère de l'ancien dictateur tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, est arrivé au Canada avec sa femme et leurs enfants le 20 janvier 2011, peu de temps après le soulèvement populaire qui a chassé Ben Ali du pouvoir.

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Ils étaient habitués aux palaces les plus opulents, aux jets privés, aux voitures de luxe. Ils ont maintenant du mal à payer le loyer de leur appartement de 185 mètres carrés dans une tour anonyme du centre-ville de Montréal. La famille d'un oligarque en cavale de l'ancienne dictature tunisienne a besoin d'argent pour refaire sa vie ici, et elle demande aux tribunaux de forcer Ottawa à lui redonner accès à ses comptes bancaires à cette fin.

La conjointe et les enfants de Belhassen Trabelsi, beau-frère de l'ancien dictateur tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, ont récemment déposé une demande en ce sens à la Cour fédérale de Montréal, selon des documents judiciaires consultés par La Presse.

Dans son pays, sous l'ancien régime, Trabelsi avait amassé une fortune par toutes sortes de trafics.

«Belhassen Trabelsi est considéré comme le membre le plus célèbre et le plus corrompu de la famille. Il représente tout ce que les Tunisiens détestent chez les Trabelsi.» - L'ambassadeur des États-Unis William Hudson, dans un câble diplomatique écrit en 2006 et dévoilé depuis par WikiLeaks

Trabelsi s'est enfui avec sa femme et ses quatre enfants lorsque le régime de son beau-frère a été renversé par un soulèvement populaire, au moment du Printemps arabe. Il a atterri à Dorval le 20 janvier 2011. «On ne veut pas d'un individu comme lui au Canada», avait alors déclaré le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.

Ottawa avait agi pour bloquer les avoirs des membres de la famille en les inscrivant sur la liste des dirigeants étrangers corrompus. Il leur était donc interdit d'accéder à leur fortune et d'ouvrir un compte en banque à Montréal. Tous leurs paiements, notamment pour le loyer et les droits de scolarité des enfants, devaient être faits par une tierce personne.

Parti à la montagne?

Trabelsi et sa famille ont présenté une demande d'asile au Canada. Seuls sa femme et ses enfants ont été reconnus comme des réfugiés. Lui a été jugé inadmissible, car il existait de sérieuses raisons de croire qu'il avait commis des fraudes graves envers l'État tunisien sous la dictature. Il fait d'ailleurs face à 15 ans de prison s'il retourne dans son pays.

L'Agence canadienne des services frontaliers (ASFC) devait l'expulser le 31 mai dernier, mais ses agents ont réalisé quelques jours plus tôt qu'il avait disparu.

Des enquêteurs ont parlé à sa femme le 24 mai. «Elle déclare que son conjoint, M. Trabelsi, a quitté la maison familiale depuis une semaine», écrivent-ils dans un résumé déposé à la cour.

«Il aurait quitté en emportant le minimum d'effets et sans la voiture. Il aurait quitté seul. Il lui aurait déclaré en partant que s'il retournait en Tunisie, il mourrait en prison. Elle nous déclare qu'il aurait quitté pour la montagne à l'extérieur de Montréal, sans préciser l'endroit. Il serait dépressif», note un des agents.

Lorsque les enquêteurs lui ont demandé pourquoi elle n'avait pas signalé la disparition à la police, elle s'est montrée «surprise» et a indiqué que c'était «inutile», car son mari avait 53 ans et qu'il ne fallait pas se soucier de son absence. Les agents lui ont clairement indiqué qu'ils trouvaient son comportement «étrange».

Comme Trabelsi s'est vraisemblablement enfui pour éviter l'expulsion du Canada, un mandat d'arrêt a été lancé pour sa capture. Le mandat est toujours actif. «Tous les efforts sont mis en oeuvre pour localiser les personnes pour lesquelles il y a des motifs raisonnables de croire qu'elles sont interdites de territoire et qu'elles constituent un danger ou se soustrairont vraisemblablement à une procédure d'immigration», a déclaré une porte-parole de l'ASFC, Judith Gadbois-St-Cyr, en référence au dossier du fugitif.

La femme et les enfants de Trabelsi, qui expliquent vivre seuls à Montréal depuis le départ de ce dernier, ont demandé à être retirés de la liste des dirigeants étrangers corrompus, sans succès.

Ils ont donc déposé une requête en Cour fédérale pour forcer la main du gouvernement. «Les demandeurs ont été acceptés comme réfugiés et souhaitent pouvoir vivre une vie normale à nouveau, tel qu'il sera exposé dans un affidavit ultérieur», écrit leur avocate, MIsabelle Sauriol, dans sa requête. Aucune date d'audition n'a été fixée pour le moment.

Entrevue à partir d'un lieu secret

Après n'avoir donné aucun signe de vie pendant des mois, Belhassen Trabelsi s'est manifesté lundi en accordant une entrevue téléphonique à la chaîne télévisée tunisienne Attessia, à partir d'un lieu tenu secret. Selon le Huffington Post, il a nié tout abus de pouvoir ou corruption et a présenté sa famille comme victime d'une injustice. Il a dit que sa femme et ses enfants lui manquaient.

Joint par La Presse, le propriétaire de l'appartement où habitent la femme et les enfants du fugitif a confirmé avoir du mal à se faire payer.

«Ils paient, mais ils ne sont presque jamais à temps. Ils retardent d'un mois, deux mois, parfois trois. Quand j'ai loué, je ne savais pas qui ils étaient. Quand je l'ai découvert, je leur ai demandé de partir, mais ils ont refusé», a expliqué Amin Abdulhamid, l'air dépité.

Mme Trabelsi n'a pas répondu lorsque La Presse a tenté de la joindre au téléphone.




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