Des voleurs à la tire sévissent aussi dans les restaurants de Montréal

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Des lecteurs de La Presse rapportent avoir été victimes de vols à la tire dans des restaurants de Montréal.

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Daniel Renaud
La Presse

Alors que la police de Laval a arrêté cinq individus soupçonnés d'être des voleurs à la tire à l'issue d'une enquête importante il y a deux semaines, les pickpockets fraudeurs sévissent aussi dans les restaurants du centre-ville de Montréal. Notre article publié la semaine dernière sur les voleurs à la tire a suscité beaucoup de réactions chez nos lecteurs, dont certains ont aussi vécu cette mauvaise expérience au cours de la dernière année.

« J'ai été volée. C'est un sentiment d'impuissance. C'est une intrusion dans ma vie privée. Ils ont mon adresse. Ils savent où j'habite. Ça chamboule une vie. Je reste avec une crainte », affirme Johanne Patton.

Le 20 juin dernier, la Lavalloise a mangé avec une amie sur l'étroite terrasse d'un restaurant de la rue Sainte-Catherine Ouest, près de la rue Crescent, au centre-ville de Montréal. Au bout d'une heure, lorsqu'elle a plongé sa main dans son sac à main - qu'elle avait accroché sur le dossier de sa chaise - pour récupérer son porte-monnaie, celui-ci n'y était plus.

Elle a appelé un premier émetteur de cartes de crédit. Elle a alors assisté à une fraude en direct, car au même moment, l'employé lui a dit que quelqu'un utilisait sa carte dans un café Second Cup. En deux heures, 2900 $ ont été dépensés sur sa carte MasterCard en achats de produits ou de cartes cadeaux au magasin Apple et dans une succursale de la SAQ, en plus d'un retrait de 400 $ en argent comptant.

« Lorsque j'ai voulu remplacer ma carte Inspire de la SAQ, on m'a répondu : "Vous n'êtes pas la seule, ça semble être un fléau dans le coin du Faubourg Sainte-Catherine" », dit-elle.

Mais ce qui l'a encore plus renversée, c'est que les voleurs sont parvenus à modifier son numéro d'identification personnel (NIP) en téléphonant à son émetteur de carte de crédit et en répondant vraisemblablement à une question de sécurité dont la réponse devait se trouver... parmi ses cartes.

11 000 $ EN 26 MINUTES

« Si la compagnie pose des questions dans le genre "Avez-vous une hypothèque avec nous ?" ou "Quel est le nom de votre employeur ?", il y a de fortes chances que les voleurs aient les réponses », fulmine Olivier.

À l'été 2016, alors qu'il se trouvait dans un restaurant à la mode de la rue Crescent pour un dîner d'affaires, il s'est fait voler son portefeuille dans la poche de son veston suspendu au dossier de sa chaise. En 26 minutes, les voleurs ont fraudé pour 11 000 $ sur ses cartes. Comme pour Mme Patton, ils ont téléphoné à l'émetteur dont Olivier possédait deux cartes et fait croire qu'ils avaient perdu le mot de passe. Un premier employé a refusé de changer le NIP, mais un deuxième y a consenti.

Les voleurs ont acheté pour 6000 $ de cartes cadeaux dans deux magasins de luxe, des cartes de recharge de téléphones cellulaires et pour 1050 $ dans un magasin de chaussures.

« Dans ce magasin, on m'a dit avoir déjà vu les suspects dans le passé. On m'a dit que lorsqu'ils entrent dans le magasin, ils savent ce qu'ils veulent, choisissent les paires de souliers et les pointures, et finalisent la transaction en quatre minutes », raconte Olivier.

Dans un magasin d'accessoires de cuisine, les voleurs ont voulu acheter un coupon cadeau de 1000 $, mais la gérante a refusé. Ils ont demandé 10 certificats de 100 $ chacun, ce qui a été accepté. Un non-sens, selon la victime.

Olivier a fait la tournée des commerces où ses cartes ont été utilisées, identifié les suspects et obtenu des captures d'écran. Il a porté plainte dans un poste de quartier où on lui a dit qu'il y avait beaucoup de vols du genre. On lui a aussi dit qu'un enquêteur l'appellerait. Cela n'a jamais été fait.

« C'EST LA SOCIÉTÉ QUI PAYE »

« C'est une bonne nouvelle, ce que la police de Laval a fait avec le Projet Gazelle, mais je ne crois pas que les policiers priorisent ce genre de dossiers. Ce sont des crimes sans violence, et les victimes sont remboursées. Mais dans les faits, c'est toute la société qui paye », affirme pour sa part Jacques R. Bleau.

Le résidant de Boucherville était attablé avec sept autres personnes dans l'aire de restauration de la Place Montréal Trust, le 5 juillet 2016, lorsqu'il s'est fait voler son portefeuille dans la poche de son veston déposé sur le dossier de sa chaise.

Durant le repas, deux hommes se sont assis à la table derrière lui ; ils seraient les principaux suspects, mais aucun des sept compagnons de M. Bleau n'a rien vu. Ce dernier n'a jamais d'argent sur lui, mais en deux heures, les voleurs ont acheté avec ses cartes pour 18 000 $ de cartes cadeaux, de produits divers et de billets pour un festival à Toronto dans des boutiques de luxe et autres situées dans un quadrilatère de trois ou quatre rues.

« Comment se fait-il que des magasins puissent accepter des achats aussi importants sans numéro d'identification personnel ou sans signature ? », s'interroge M. Bleau.

Ce dernier a changé ses habitudes. Il y a un an, il possédait huit cartes de crédit ; il en a maintenant seulement deux.

Il ne laisse plus son veston sur le dossier de sa chaise lorsqu'il sort manger ou place son portefeuille dans la poche intérieure avant.

Même si cela s'est passé il y a un an, M. Bleau aimerait retrouver son portefeuille puisqu'il contenait des photos auxquelles il tenait.

Cela arrive d'ailleurs parfois. Ces dernières années, un postier affecté au secteur de Repentigny qui a communiqué avec La Presse et qui a requis l'anonymat a retrouvé, sur une période de deux mois, une douzaine de portefeuilles qui avaient été abandonnés dans une boîte postale près des Galeries Rive-Nord.

Même si cela n'est pas la procédure, le postier a retrouvé quelques-unes des victimes et leur a remis leur porte-monnaie. Dans un cas, une femme s'était fait voler au restaurant. Dans un autre cas, un homme n'avait jamais mis les pieds à Repentigny.

Ensemble, Johanne Patton, Jacques R. Bleau et Olivier ont été victimes d'une fraude de plus de 40 000 $ au total.

Personne au Service de police de la Ville de Montréal n'était disponible pour commenter ces témoignages lorsque La Presse en a fait la demande. Le SPVM était impliqué dans le Projet Gazelle dirigé par la police de Laval.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

QU'EST-CE QUE LE PROJET GAZELLE ?

• La semaine dernière, les enquêteurs des crimes généraux de la police de Laval ont mené plusieurs perquisitions et arrêté cinq individus, qui ont été accusés de vol et de fraude, dans la foulée d'une enquête sur des vols à la tire dans la grande région de Montréal. Cette enquête a été baptisée Projet Gazelle.

• Depuis l'été 2016, la police de Laval a enregistré au moins 100 vols à la tire du genre sur son territoire. Un de ces larcins s'est conclu par une fraude de 17 000 $, et la police affirme, de façon prudente, que les montants des vols et des fraudes s'élèvent à plusieurs dizaines de milliers de dollars.




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