Violence conjugale: «Daphné, ça aurait pu être moi»

Le jour de la rupture avec son copain,... (Alain Roberge, La Presse)

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Le jour de la rupture avec son copain, Chloé Brunone a eu peur de mourir.

Alain Roberge, La Presse

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Daphné Boudreault avait à peine 18 ans. Gabrielle Dufresne-Élie en avait 17. Dans ces deux tragédies récentes, l'ancien petit ami est accusé de meurtre. Les très jeunes femmes sont de plus en plus nombreuses à frapper aux portes des maisons d'hébergement. Parlez-en à Chloé Brunone, 22 ans, qui témoigne à visage découvert dans l'espoir d'inciter d'autres jeunes à aller chercher de l'aide.

Le meurtre de Daphné Boudreault a fortement ébranlé Chloé Brunone.

« Daphné, ça aurait pu être moi », lance la jeune femme de 22 ans qui insiste pour témoigner à visage découvert dans l'espoir d'inciter d'autres filles à aller chercher de l'aide.

Daphné Boudreault... (Photo tirée de l'internet) - image 2.0

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Daphné Boudreault

Photo tirée de l'internet

Les deux jeunes femmes avaient presque le même âge. Elles vivaient toutes deux en Montérégie. Elles étaient toutes deux en couple avec un jeune homme violent.

Et Chloé Brunone se questionne aujourd'hui, comme les proches de Daphné Boudreault, sur les méthodes d'intervention de la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent en matière de violence conjugale.

Chloé a quitté son copain violent l'automne dernier - quelques mois avant que Daphné Boudreault, 18 ans, soit assassinée présumément par son ex-ami de coeur, selon l'enquête policière.

Le jour de la rupture, Chloé Brunone a eu peur de mourir. Elle venait d'annoncer à son petit ami, qu'elle « étouffait » et qu'elle avait besoin d'air. Il l'a alors prise à la gorge pour lui montrer ce que ça faisait d'« étouffer ».

« Si tu me touches encore, j'appelle la police », a-t-elle répliqué. Cela faisait plusieurs mois qu'il la brutalisait.

Il l'a alors prise par le bras et a brandi ce qui avait toutes les apparences d'une arme à feu - elle apprendra plus tard qu'il s'agissait d'un pistolet à air comprimé. Elle a réussi à se défaire de son emprise et à s'enfuir par la porte-fenêtre. « Ça devait être l'adrénaline. Encore aujourd'hui, je ne sais pas comment j'ai réussi à m'enfuir », dit la jeune femme qui mesure 5 pi.

POURSUITE EN VOITURE

Chloé s'est cachée dans le champ situé derrière le condo où elle vivait avec son conjoint jusqu'à ce que la voie soit libre pour se réfugier dans sa voiture. Lorsqu'elle a démarré, il s'est lancé à sa poursuite dans son propre véhicule.

La jeune femme a conduit à tombeau ouvert jusqu'à chez ses parents qui vivent à quelques kilomètres du condo. « Maman, appelle la police. Il m'a brassée. Il a un gun », a-t-elle crié en entrant chez ses parents. Le jeune homme en colère était juste derrière elle.

Heureusement, la mère de Chloé, Marie-Josée Bérubé, était à la maison. « Ma fille pleurait et elle répétait qu'il avait un gun. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai gardé mon sang-froid et je lui ai demandé poliment, mais fermement de sortir », se souvient la maman.

Le jeune homme dans la vingtaine est sorti de la maison en implorant la mère de ne pas croire un mot de ce que lui dirait sa fille. Mme Bérubé s'est empressée de téléphoner à la police.

Aujourd'hui, Chloé a pris conscience que son ancien petit ami exerçait un contrôle sur elle. « Je faisais tout pour lui, mais ce n'était jamais assez », raconte-t-elle. Il lui a déjà lancé le contenu de son verre de boisson gazeuse au visage après qu'elle eut été « trop fine » avec un garçon qui remplissait son verre à côté d'elle à la distributrice d'un fast-food.

« TROP SEXY »

Alors qu'elle fréquentait le cégep, il insistait pour la conduire et aller la chercher. Il lui a acheté pour 300 $ de nouveaux vêtements pour sa rentrée scolaire, car il trouvait qu'elle s'habillait « trop sexy ». Le soir, il lui interdisait d'aller au lit avant lui, supposément parce qu'il voulait passer plus de temps avec elle. Il fouillait souvent dans son cellulaire.

«Au début, je ne voyais pas le contrôle. Je prenais ça pour de l'amour.»

Chloé Brunone,
victime de violence conjugale

Après quelques mois de fréquentations, Chloé a emménagé dans un condo avec lui. Il la traitait de « bébé », car elle téléphonait régulièrement à ses parents. « Il voulait me couper de ma famille », analyse aujourd'hui la jeune femme.

Un soir de l'été dernier, après l'énième épisode de jalousie, il a quitté le condo en lui piquant son cellulaire et ses clés de voiture. Au petit matin, la police a reconduit le jeune homme au condo ; il était complètement ivre. Chloé a tenté de lui soutirer - en vain - où il avait laissé sa voiture.

Les policiers ont offert à Chloé de parcourir les alentours à bord de leur voiture de patrouille pour tenter de la retrouver. Une fois assise dans le véhicule de police, l'un des agents lui a demandé si elle était victime de violence conjugale. « Je me suis mise à pleurer », raconte-t-elle. Les policiers ont été gentils, se souvient-elle, mais ils ne l'ont pas dirigée vers un organisme d'aide. « Je n'étais pas prête à me confier à eux, mais ça paraissait dans ma face », dit-elle.

PLAINTE À LA POLICE

C'est environ trois mois après cette crise de jalousie que son conjoint l'a poursuivie jusqu'à chez ses parents avec son arme. Cette fois-ci, Chloé a porté plainte contre lui. Il s'est rendu à la police et a été libéré sous conditions dont un interdit de contact avec la victime.

En déposant sa plainte, Chloé a demandé aux policiers la marche à suivre pour aller récupérer ses choses au condo. « Les policiers nous ont dit de passer devant le condo et de les rappeler quand on verrait qu'il est là pour qu'ils puissent nous escorter », déplore Marie-Josée Bérubé, la maman de Chloé.

Après quatre jours durant lesquels plusieurs membres de la famille de Chloé ont fait des rondes devant le condo sans jamais apercevoir signe de vie, le père de Chloé s'est « tanné » et a décidé d'y aller avec sa fille sans escorte policière.

« Avec le recul, on se dit que c'était dangereux d'y aller sans escorte policière. Comment se fait-il que la police ne puisse pas contraindre le conjoint violent à lui ouvrir la porte pour que la victime puisse aller récupérer ses affaires à un moment qu'elle choisit ? se demande Mme Bérubé. On dirait que l'accusé a plus de droits que la victime. »

L'APPARENCE DE DROIT

Sans vouloir commenter ce cas précis, un porte-parole de la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent répond que si la victime a une « apparence de droit » pour pénétrer dans une résidence - en d'autres mots si elle possède la clé ou si son nom est sur le bail par exemple - « c'est sûr » que les policiers vont l'accompagner pour assurer sa sécurité, et ce, même si le résidant des lieux n'y est pas. Mais la police ne peut pas être complice d'une entrée par effraction, explique le sergent Pierre Tremblay.

Le même corps policier a été critiqué après le meurtre de Daphné Boudreault, 18 ans, assassinée à l'arme blanche le 22 mars dernier en allant récupérer son cellulaire chez son ancien copain Anthony Pratte-Lops alors qu'elle l'avait dénoncé à la police quelques heures plus tôt.

Deux semaines après la rupture, Chloé Brunone a retiré sa plainte contre son ancien petit ami. Elle dit vouloir tourner la page, et surtout, ne plus jamais avoir affaire à lui. La jeune femme a cogné à la porte d'un organisme d'aide aux femmes victimes de violence conjugale. Après deux séances de thérapie de groupe, elle n'est pas retournée. « C'était bien trop heavy. Il y avait une femme qui s'était fait battre pendant huit ans. Elle avait trois jeunes enfants, décrit-elle. Je ne me suis pas reconnue dans les témoignages. »

La jeune femme pense que des thérapies adaptées aux jeunes de son âge seraient plus efficaces. Si les policiers avaient un protocole d'intervention uniforme pour tout le Québec et qu'ils dirigeaient toutes les victimes vers une intervenante spécialisée, ça pourrait sauver des vies, croit-elle. « Moi, c'est ma famille qui m'a sauvée. Si mon ex avait réussi à m'éloigner d'elle, je ne sais pas ce qui serait arrivé », laisse tomber la jeune femme.

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