Une jeune mère de Montréal veut éviter l'expulsion vers l'Albanie

Kristina Taci, une résidante du quartier Parc-Extension, fait... (PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE )

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Kristina Taci, une résidante du quartier Parc-Extension, fait appel à son député, Justin Trudeau, afin d'éviter d'être expulsée vers l'Albanie avec sa fille de 5 ans. Sa déportation est prévue pour le 10 janvier.

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Déboutée par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR), Kristina Taci fait appel à son député, le premier ministre Justin Trudeau, pour surseoir à un avis d'expulsion qui la renverrait vers son Albanie natale avec sa fille de 5 ans, et qui les séparerait toutes deux de son mari.

Dans son appartement modeste du boulevard de l'Acadie, dans le quartier Parc-Extension, où elle a reçu La Presse, Mme Taci est très claire quand on lui demande ce qui va lui arriver si elle retourne chez elle.

« Il va nous tuer, moi et ma fille », répond-elle.

« Il », c'est son oncle, le frère de son père. Elle affirme que celui-ci l'a violée à répétition, a enlevé sa fille et a mis le feu à leur maison, en avril et mai 2012.

C'est pour cette raison qu'elle a fui l'Albanie en juillet pour rejoindre son mari, lui-même demandeur de statut de réfugié au Canada depuis février.

Le problème, c'est que la CISR ne l'a pas crue.

Dans une décision rendue en août dernier, quatre ans après l'arrivée de Mme Taci au Canada, la commissaire Renée Bourque n'a prêté aucune crédibilité à ses déclarations, en raison du manque de rapports médicaux ou de police à l'appui de sa demande, et de certaines incohérences dans son témoignage.

Mme Taci n'a plus aucun recours juridique : elle a demandé le statut de réfugié deux semaines avant que n'entre en fonction la nouvelle Section d'appel de ce tribunal. Et la Cour fédérale a refusé d'entendre sa cause.

Elle a fait une demande de résidence permanente au mois d'août dernier, mais le délai de traitement pour ces demandes est actuellement de 34 mois, selon son avocat, Me Guillaume Cliche-Rivard.

CRITIQUÉE POUR NE PAS AVOIR DÉNONCÉ UN VIOL

Cependant, un passage de la décision de Mme Bourque a fait sursauter Mme Taci. Un passage qui entache tout le jugement, selon Me Cliche-Rivard.

La commissaire Bourque reproche à Mme Taci de ne pas avoir parlé du viol dont elle venait d'être victime lors de sa visite à l'hôpital le 18 avril 2012.

« Le tribunal est conscient que certaines femmes éprouvent de telles réserves, écrit la commissaire Bourque. Toutefois, la demandeuse possède des études universitaires et 14 ans d'études et elle est âgée alors de près de 23 ans. Son profil correspond peu à celui des femmes honteuses et hésitantes à déclarer un viol subi. »

Avec cette affirmation, le tribunal « dérape complètement », affirme Me Cliche-Rivard.

« On lui reproche de ne pas avoir dénoncé le premier viol en disant qu'elle ne correspond pas au profil d'une femme qui est honteuse. »

« La décision n'est pas à 100 % erronée, mais si le point de départ est qu'il y a un profil à respecter pour une victime de viol, il y a un problème. À mon avis, cette prédisposition psychologique de la commissaire fait qu'il faut tout remettre en doute et que la décision est entachée au complet », ajoute Me Cliche-Rivard.

Malheureusement pour Mme Taci, comme les recours juridiques sont épuisés, il ne reste qu'une intervention humanitaire pour empêcher sa déportation le 10 janvier.

Le bureau de M. Trudeau n'a pas répondu à La Presse hier.

« Je demande quelques mois de plus, dit-elle. On pourrait attendre la décision sur la demande de mon mari. On pourrait aussi voir ce qui arrivera avec ma demande de résidence permanente. »

« POURQUOI ON SÉPARE UNE FAMILLE ? »

Mme Taci gagne sa vie comme serveuse et son mari a une entreprise de construction. Elle parle l'anglais et comprend le français. Sa fille va à la maternelle.

« Si son mari obtient l'asile, il va pouvoir la parrainer, affirme Me Cliche-Rivard. Pourquoi on sépare une famille comme ça ? Je ne comprends pas. »

Et s'il n'y a pas de sursis ? Mme Taci craint pour sa vie, dans sa ville natale de Vlora, une station balnéaire de 100 000 habitants.

La femme de 27 ans a en fait grandi en Grèce, depuis l'âge de 7 ans. Elle n'a pas de réseau en Albanie : elle n'y a passé que quelques mois en 2012 avec ses parents qui sont depuis retournés en Grèce. « Mes parents ont fui l'Albanie. Mon père et mon oncle, non seulement ils ne se parlent pas, ils... C'est impossible. »

Elle a dénoncé son oncle à la police après l'enlèvement de sa fille Izabella, alors âgée de 8 mois. Mais celui-ci a été relâché après 48 heures, faute de preuves, dit-elle. « Je crois qu'il avait plus d'influence que mon père, parce que mes parents ont vécu en Grèce à partir de 1997 », dit-elle.

AVANCÉES ET RECULS POUR LES ALBANAISES

L'Albanie a « amélioré » le cadre législatif en matière de protection des droits de l'enfant, du droit des femmes, de l'égalité des sexes et de la violence familiale entre 2010 et 2013, selon un rapport de 2014 du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Le pays a aussi vu un recul important du nombre de crimes d'honneur, selon un rapport du 6 juillet 2016 du Home Office britannique, qui précise par ailleurs qu'il y a plusieurs « cas frauduleux inventés », alors qu'on n'a signalé aucune atteinte à la vie liée à un crime de sang en Albanie en 2015. Le pays a aussi ouvert des centres pour femmes victimes de violence, signale-t-on dans les rapports internationaux. Cependant, dans un rapport daté du 25 juillet 2016, une autre agence de l'ONU, la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes, dénonce la « réapparition de codes de conduite qui cautionnent le meurtre de femmes et de filles au nom de l'honneur ».




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