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Bisbille chez les avocats du clan Villanueva

En 2010, un incendie a ravagé un édifice... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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En 2010, un incendie a ravagé un édifice à logements que possédait Me Jacky-Éric Salvant, qui a collaboré à la représentation de plusieurs jeunes du clan Villanueva. Sur place, des serres sophistiquées de cultures de cannabis ont été découvertes, ainsi qu'un garage clandestin de mécanique automobile.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Les millions débloqués par Québec pour payer les avocats dans l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva suscitent la convoitise. Un criminaliste controversé du clan Villanueva vient d'intenter une poursuite contre ses anciens collègues dans l'espoir d'obtenir une plus grosse part du gâteau.

En vertu de la Loi sur l'accès à l'information, La Presse a obtenu le bilan définitif des honoraires d'avocats assumés par Québec dans cette enquête publique, dont le rapport a été déposé en décembre. Ce sont plus de 2 millions de dollars qui ont été répartis entre les deux procureurs du coroner et les six avocats représentant la famille ainsi que les amis de Fredy Villanueva.

La loi ne permet pas au Bureau du coroner de dévoiler le montant individuel facturé par chaque avocat. De toute façon, ceux-ci ne s'entendent pas sur le partage des 2 millions.

Poursuite de 160 000 $

Me Jacky-Éric Salvant, qui a collaboré à la représentation de plusieurs jeunes

du clan Villanueva, prétend que trois de ses confrères refusent de lui donner sa juste part. Dans une poursuite déposée au tribunal, il dit avoir eu une entente avec Me Alain Arsenault,

Me Pier Belisle et Me René Saint-Léger, qui étaient «entièrement rémunérés par les fonds publics». Ceux-ci devaient facturer leurs heures de travail au bureau du coroner (187,50 $ de l'heure pour Me Arsenault, 125 $

de l'heure pour les deux autres) puis donner une part à Me Salvant.

Me Salvant prétend que les trois avocats lui doivent aujourd'hui 160 000 $.

«J'avais accepté de leur laisser les devants, dans la mesure où j'avais ma ristourne. J'étais là pendant deux ans, c'était un travail d'équipe. Mais l'être humain étant ce qu'il est, quand ils ont vu que c'était payant, ça n'a pas fonctionné», à La Presse.

Joint à son tour, Me Alain Arsenault a déclaré qu'il entend contester vigoureusement cette réclamation.

Marijuana et garage clandestin

Jacky-Éric Salvant cumule son travail d'avocat et un emploi d'inspecteur à la Société de transport de Montréal. Il est l'un des rares inspecteurs à ne pas avoir intégré les rangs de la police de Montréal lorsque celle-ci a pris le contrôle de la sécurité du métro. Selon son employeur, il occupe le poste de répartiteur d'appels pour les inspecteurs.

Mais peu avant de déposer sa poursuite contre ses anciens collègues, il a vécu un revers qui a mis ses finances et sa réputation à mal, a appris La Presse.

Le 30 janvier 2010, un incendie a ravagé un édifice à logements qu'il possédait, place Beauchesne, dans l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Sur place, des serres sophistiquées de cultures de cannabis ont été découvertes, ainsi qu'un garage clandestin muni d'équipement professionnel pour la mécanique automobile et la modification de voitures.

Des murs étaient défoncés, le compteur et les panneaux électriques étaient trafiqués, des échangeurs d'air et

des membranes de plastique occupaient l'espace.

Quant au garage, bourré de pièces de voitures, de compresseurs, d'outils de soudure, de pistolets à peinture, il représentait un risque élevé pour la santé et la sécurité des occupants, selon l'assureur de Me Salvant. La Ville avait d'ailleurs reçu plusieurs plaintes concernant l'exploitation d'un garage bruyant sur ce terrain résidentiel.

L'assureur n'a pas aimé ces découvertes.

«Au moment de l'incendie, (Salvant) touchait des loyers pour trois logements supposément vides sur quatre, dont trois étaient exploités en serres hydroponiques», affirme la compagnie dans un document judiciaire.

«Aucune crédibilité»

Salvant a avoué s'être rendu sur place presque toutes les semaines, de jour comme de nuit, et avoir appelé plus de 140 fois le locataire qui lui servait de concierge, sans jamais rien remarquer d'anormal.

Selon son témoignage, un des logements avait été loué à un locataire dont personne ne connaît le nom, sans bail. Des locataires avaient quitté l'immeuble mais continué à verser leur loyer en argent comptant.

La compagnie d'assurances, en plus de refuser d'indemniser Salvant pour l'immeuble de 400 000$, lui a réclamé 200 000 $ parce qu'il n'avait pas déclaré ces activités dans l'immeuble. La cour a donné raison à la compagnie.

«Salvant, un avocat criminaliste depuis 2007, inspecteur à la STM depuis 1994 et propriétaire de plusieurs immeubles à revenus, a [...] une relation très éloignée avec la vérité», écrit la juge Sylviane Borenstein dans sa décision.

«Il a livré un témoignage palinodique, donnant des versions évolutives et contradictoires, des réponses souvent évasives et nébuleuses, des explications dénuées de sens», poursuit-elle.

«Le tribunal n'accorde aucune crédibilité à son témoignage», conclut la juge.




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