Aspergée d'acide, Tanya St Arnauld a le moral malgré tout

À l'hôpital, Tanya St Arnauld a dû être... (Photo tirée de Facebook)

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À l'hôpital, Tanya St Arnauld a dû être opérée à deux reprises afin de traiter des brûlures au troisième degré sur 20% de son corps et des brûlures au deuxième degré sur son visage.

Photo tirée de Facebook

Louise Leduc
La Presse

Tanya St Arnauld n'a rien oublié de cette journée du 26 août. Elle se souvient d'avoir été aspergée d'acide par son conjoint, qui continuait de s'acharner sur elle même pendant qu'elle déboulait l'escalier en tentant de s'enfuir. Elle se souvient de ces cris terribles - les siens -, des gens qui se pressaient à son secours, de cette douche prise dans l'urgence alors que sa peau fondait, pelait et sentait la fumée. «C'est dur de me souvenir de tout cela, et c'est dur de vivre dans une souffrance permanente, mais je me trouve chanceuse d'être en vie.»

Son ex-conjoint, Nikolas Stefanatos, est maintenant en prison. Au début du mois d'octobre, il a tenté de convaincre le juge de le mettre en liberté pour pouvoir suivre une cure de désintoxication. Révulsé par ce crime odieux, le juge Claude Provost a refusé net. «Vous irez voir dans quels pays ils font cela [défigurer quelqu'un de cette façon]», lui a-t-il lancé.

Ce crime a frappé l'imaginaire et a une résonance particulière en ces journées d'action contre la violence faite aux femmes. Pourtant, Tanya St Arnauld n'arrive pas à s'identifier aux femmes battues. «Mon chum piquait des colères terribles, il mettait l'appartement tout à l'envers, mais jamais il ne m'avait touchée avant ce jour-là.»

La vie de Tanya St Arnauld, 29 ans, ne sera plus jamais la même. La beauté, dans sa vie d'avant, comptait beaucoup, et son travail de coiffeuse l'amenait à passer une partie de ses journées devant un miroir. «J'adorais me pomponner, dit-elle, mais là, quand je regarde mon corps... Au moins, il fait froid et je peux mettre ma perruque, ma tuque, mon col roulé, puis me maquiller avec les produits très spéciaux réservés aux grands brûlés comme moi.»

«Ce qui est difficile, aussi, c'est que je serai à tout jamais "Tanya la grande brûlée" et jamais plus Tanya tout court. Je serai sans cesse obligée de m'expliquer. En me regardant, les gens se demanderont tout le temps ce qui a bien pu m'arriver. C'est humain, on n'y peut rien.»

Il y a eu ce coma, puis deux opérations pour traiter ses brûlures: au troisième degré sur 20% de son corps et au deuxième degré sur son visage. Depuis, sa vie est faite de réadaptation, puis de grande, grande lenteur. «Prendre une douche, cela me prenait 10 minutes. Là, me préparer, ça me prend au moins une heure et demie.»

L'aide de sa famille

Sa mère et son frère, qui ont tous deux déménagé pour pouvoir s'occuper d'elle, doivent l'aider à s'habiller, à traiter ses plaies, à tout faire. «Après avoir sorti deux chandails de la sécheuse, je suis exténuée.»

Elle rêve de pouvoir reprendre le travail mais ne voit pas quand cela pourra arriver. Elle a mal, elle ne dort pas, ou si mal, parce que le moindre mouvement la tire de son sommeil.

Mais oui, elle a tout de même le moral, et non, elle ne veut rien savoir des psys trop prompts à son goût à prescrire des antidépresseurs. «Je n'ai pas envie d'anesthésier ma peine, je vais vivre ce que j'ai à vivre et ma peine passera. Je peux comprendre que d'autres que moi auraient besoin de cela, mais moi, j'ai plein de monde qui m'aime autour de moi.»

Spectacle-bénéfice

Un spectacle-bénéfice au Théâtre de la Ville de Longueuil, qui aura lieu demain, a été organisé par une amie. Plusieurs artistes y participeront. Elle n'en revient pas de tout ce mal dont elle a été victime, mais aussi de toute cette bonté qu'elle voit se déployer autour d'elle.

Ressent-elle une haine terrible pour son bourreau? «Plus pour le geste que pour lui. J'espère qu'il va prendre au moins 10 ans de prison pour qu'il comprenne bien la gravité de son geste.

«J'aimerais vraiment savoir ce qui lui est passé par la tête et ce qu'il vivait, lui, pendant que moi, je brûlais. Jamais il ne me dira la vérité, mais j'aimerais tant être un petit oiseau pour savoir comment il a vécu ces moments-là.»

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