Événements impliquant des policiers: 339 enquêtes, 3 accusations

Au Québec, 339 personnes ont été tuées ou blessées gravement par un policier depuis 12 ans. Or, sur les 339 enquêtes policières menées sur ces incidents, seulement 3 ont mené à des accusations criminelles contre les policiers impliqués dans ces opérations ayant très mal tourné.

Ces chiffres troublent profondément Paul Monty, ancien commissaire à la déontologie policière du Québec, mais ne l'étonnent pas vraiment.

«Je me souviens de certains dossiers qui auraient pu être envoyés au procureur, mais qui ne l'ont pas été. Les enquêteurs avaient tourné les coins ronds. Ce n'était pas nécessairement de la malhonnêteté, mais c'est ce qu'on appelle l'esprit de corps; les policiers comprenaient la situation de leurs collègues, donc les pardonnaient.»

L'ancien caporal de la Sûreté du Québec Gaétan Rivest soutient quant à lui avoir carrément truqué des rapports à plusieurs occasions.

L'ex-policier a enquêté sur la mort d'Yvon Lafrance, tué d'une balle à la poitrine par un policier de Montréal en 1989. «Quand le policier a tiré, sa vie n'était pas en danger. Il n'a simplement pas eu les nerfs pour supporter la pression», affirme M. Rivest.

«Au poste, le policier parlait beaucoup. J'ai dit à mon partenaire de ne rien prendre par écrit, parce qu'il était en train de se mettre les pieds dans le plat. Je suis sorti de la salle d'interrogatoire et j'ai dit à son représentant syndical: "Va parler à ton policier, dis-lui de bien écouter les questions que je lui pose. Les réponses sont dans mes questions. Sinon, je vais devoir l'accuser d'avoir déchargé son arme à feu de façon dangereuse."»

Gaétan Rivest est ensuite retourné dans la salle d'interrogatoire et s'est mis à suggérer des réponses au policier. «Je lui demandais: "Sentiez-vous votre vie en danger, la personne avançait-elle vers vous, avait-elle quelque chose dans les mains..." Je lui ai offert des portes de sortie. Si je ne l'avais pas fait, c'est certain qu'il y aurait eu un procès.»

Dans un autre cas, l'ancien caporal a enquêté sur la mort d'un détenu qui avait utilisé sa ceinture pour se suicider dans sa cellule. «Le policier aurait dû la lui retirer lors de la fouille. J'ai couvert sa négligence en expliquant que le détenu était tellement obèse que sa ceinture était difficile à détecter. Cela a passé. Le coroner a tout accepté et ça a fini là», ajoute M. Rivest, qui a lui-même eu des démêlés avec la justice après son retrait des forces policières.

«Il y a une façon de faire dire quelque chose à un témoin, de décrire une scène de crime, conclut-il. On se tient entre policiers. Si on est capables d'arranger un rapport sans que cela nous revienne dans le visage, on va le faire.»

Quand la police tue

- Jean-Pierre Lizotte

Dans la nuit du 5 septembre 1999, le sans-abri Jean-Pierre Lizotte, 45 ans, a été violemment battu par deux policiers et le portier d'un bar du boulevard Saint-Laurent. Paralysé, avec deux vertèbres sectionnées, il a rendu l'âme deux mois plus tard à l'hôpital. Aucune accusation n'a été portée contre les policiers, qui ont toutefois reçu un blâme du Comité de déontologie policière. L'affaire est toujours devant les tribunaux.

- Michel Berniquez

Michel Berniquez a été arrêté par six policiers après une bagarre survenue le 28 juin 2003, à Montréal-Nord. L'homme de 45 ans est mort peu après son arrestation des suites de problèmes cardiorespiratoires. Aucune accusation n'a été portée contre les policiers. Une enquête publique du coroner est en cours.

- Benoît Richer

Benoit Richer a été tué lors d'une fusillade avec des policiers montréalais survenue à Laval, le 20 juillet 2004, au terme d'une poursuite en voiture. Le fugitif était recherché par la police pour tentative de meurtre sur un agent de la paix. L'homme de 28 ans se serait peut-être suicidé avec son arme.

- Mohamed Anas Bennis

Le 1er décembre 2005, Mohamed Anas Bennis, 24 ans, a été abattu de deux balles par un policier lorsqu'il sortait d'une mosquée du quartier Côte-Des-Neiges. Aucune accusation n'a été portée contre le policier, selon qui le jeune homme se serait jeté sur lui pour le poignarder sans raison. La famille, qui n'a jamais cru à cette version des faits, a réclamé, puis boycotté l'enquête publique du coroner, qui a blanchi le policier.

- Quilem Registre

Le 14 octobre 2007, Quilem Registre a été arrêté au terme d'une intervention policière musclée à Montréal. Deux policiers ont utilisé le pistolet électrique à six reprises pour le maîtriser. Il est mort quatre jours plus tard. Aucune accusation criminelle n'a été portée, mais les agents impliqués ont reçu un blâme du Comité de déontologie policière.

- Fredy Villanueva

Le jeune homme de 18 ans est mort sous les balles d'un policier montréalais le 9 août 2008, dans un parc de Montréal-Nord. Le lendemain, une manifestation a tourné à l'émeute dans ce quartier chaud de la métropole. L'enquête publique du coroner, dont les conclusions n'ont pas encore été dévoilées, a déjà révélé que les policiers impliqués avaient eu droit à un traitement différent de celui accordé aux témoins civils.

- Patrick Limoges et Mario Hamel

Le 7 juin 2011, Mario Hamel, 40 ans, et Patrick Limoges, 36 ans, ont été tués dans une opération policière au centre-ville. Les quatre policiers impliqués tentaient de neutraliser Mario Hamel, un sans-abri en crise qui éventrait des sacs à ordures avec un couteau. Trois coups de feu auraient été tirés. Une balle aurait ricoché sur le sol, pour atteindre mortellement Patrick Limoges, un passant qui se rendait au travail. L'enquête, confiée à la SQ, est toujours en cours.




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