Rencontre au sommet sur la collusion dans le bureau d'Accurso, dit un témoin

Tony Accurso, de son vrai nom Antonio Accurso,... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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Tony Accurso, de son vrai nom Antonio Accurso, fait face à cinq chefs d'accusation de complot, de fraude de plus de 5000 $, d'abus de confiance par un fonctionnaire public et d'actes de corruption dans les affaires municipales.

Photo Robert Skinner, archives La Presse

Dans ses bureaux de Louisbourg, Tony Accurso a été l'hôte d'une rencontre au sommet entre présidents d'entreprises pour convaincre un compétiteur anxieux de demeurer au sein du système de partage de contrats publics truqués à la Ville de Laval, a témoigné jeudi Mario Desrochers au procès pour fraude, complot et corruption dans les affaires municipales de Tony Accurso.

En 2002, Mario Desrochers n'en peut plus de «quêter» ses compétiteurs, toujours plus nombreux, pour décrocher des contrats truqués. «C'était trop lourd pour moi. J'ai eu une crise d'angoisse», a confié l'ancien cadre de l'entreprise d'asphalte Sintra. Il avait obtenu ce poste névralgique deux ans plus tôt à la suite du départ soudain de son prédécesseur Gilles Théberge en raison de l'explosion de sa voiture en pleine nuit.

Angoissé, Mario Desrochers veut «débarquer» de la collusion. Il en parle avec le président de Sintra, puis aborde le sujet avec deux entrepreneurs de Montréal et Laval, Nick Milioto et René Mergl. Une semaine plus tard, on l'informe qu'une réunion se déroulera à Saint-Eustache dans les bureaux de Tony Accurso chez Louisbourg Construction.  

Le grand patron des entreprises de construction Louisbourg et de Simard-Beaudry participe à la réunion au sommet, à laquelle prennent part Nick Milioto, Frank Catania, Tony Catania et René Mergl, selon Mario Desrochers qui ne se souvient pas des autres participants. «C'était les présidents d'entreprises, pas des journaliers», résume le témoin.

Tony Accurso assiste à toute la réunion d'environ une heure, mais c'est Nick Milioto qui joue au modérateur «pour que tout s'arrange, autant à Montréal qu'à Laval». Mario Desrochers explique à ces dirigeants qu'il y a maintenant trop de soumissionnaires sur les contrats truqués. Il ne veut plus appeler «40-45» personnes pour obtenir un contrat. «Je voulais que la petite gang se rétablisse ou oubliez-moi, on va faire chacun nos affaires», lance-t-il pendant la réunion.

Cette rencontre semble avoir porter fruit, puisque dans les semaines suivantes, moins d'entrepreneurs soumissionnent maintenant aux contrats publics à Laval, selon Mario Desrochers. «Les gars qui venaient de Terrebonne pour faire du pavage à Laval, ça a abaissé», résume-t-il.

Dès le début du contre-interrogatoire, l'avocat de l'accusé, Me Marc Labelle, s'est étonné que le témoin n'ait jamais fait «allusion» de cette rencontre au bureau de M. Accurso lors de son témoignage au premier procès, l'automne dernier. «Le 4 mai dernier, c'est là que ça vous est revenu?», a-t-il lancé. 

«À l'époque, dans ma tête, je reliais beaucoup [la rencontre] aux mots qu'on ne pouvait pas dire : Montréal. Après y avoir pensé, ça touchait autant Laval que Montréal. L'automne passé, je reliais plus ça à Montréal, mais avec du recul, ça touche les deux, Me Labelle», s'est expliqué le témoin qui «jure sur la Bible» avoir dit la vérité. 

À la suite de cette déclaration concernant Montréal, le juge Brunton a demandé au jury de ne pas tirer comme inférence que «M. Accurso était impliqué dans quoi que ce soit, dans une criminalité semblable sur l'île de Montréal, de ce qu'on allègue sur le territoire de Laval».

Le jury a appris jeudi que Mario Desrochers n'a pas témoigné à la commission Charbonneau. L'homme de 61 ans a plaidé coupable à des accusations de vol et de corruption l'été dernier. Il purge toujours à domicile une peine de détention d'un an pour ces crimes. Il a martelé en contre-interrogatoire ne pas avoir échangé son témoignage pour protéger sa conjointe d'éventuelles accusations. 

Tony Accurso, de son vrai nom Antonio Accurso, fait face à cinq chefs d'accusation de complot, de fraude de plus de 5000 $, d'abus de confiance par un fonctionnaire public et d'actes de corruption dans les affaires municipales. 

L'homme de 66 ans aurait comploté avec une soixantaine de personnes, dont l'ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, pour commettre des actes de corruption dans les affaires municipales et pour commettre des fraudes. Ses crimes se seraient produits entre le 1er janvier 1996 et le 30 septembre 2010 à Laval. 

Son contre-interrogatoire se poursuit vendredi matin au palais de justice de Laval.




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