Prison de Bordeaux: Tarik Biji coupable de meurtre non prémédité

Tarik Biji... (PHOTO COURTOISIE)

Agrandir

Tarik Biji

PHOTO COURTOISIE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le jury a tranché au 11e jour des délibérations: le représentant du «comité de détenus» de la prison de Bordeaux Tarik Biji est reconnu coupable du meurtre au second degré de Michel Barrette, alors que Garmy Guerrier et Jason Côté sont reconnus coupables d'une accusation d'homicide involontaire.

Tarik Biji, Garmy Guerrier et Jason Côté étaient... (Photo La Presse) - image 1.0

Agrandir

Tarik Biji, Garmy Guerrier et Jason Côté étaient accusés du meurtre au premier degré de Michel Barrette (sur la photo) à la prison de Bordeaux, en 2016.

Photo La Presse

Les trois hommes étaient accusés du meurtre au premier degré de leur codétenu à l'Établissement de détention de Montréal (Bordeaux), le 21 juin 2016. Selon la Couronne, ils avaient tabassé Michel Barrette dans une cellule pour lui voler son tabac. La surpopulation en prison et la forte influence du «comité de détenus» dans l'aile D de la prison de Bordeaux se sont retrouvés au coeur du procès.

Avec ce verdict, Tarik Biji écope automatiquement d'une peine de prison à vie. Il reste à déterminer le nombre d'années avant qu'il puisse profiter d'une libération conditionnelle. Dans le box des accusés, l'homme de 39 ans semblait sous le choc à l'annonce du verdict qui s'est d'abord amorcé par un moment de confusion de la présidente du jury. Ses deux coaccusés risquent pour leur part d'écoper d'une longue peine de détention.

Tarik Biji était le «leader», le «grand chef» et «l'instigateur» de l'agression, alors que ses deux complices avaient des «rôles plus effacés», a conclu le jury, analyse le procureur de la Couronne Me Louis Bouthillier. «La preuve relevait le rôle primordial et important joué par M. Biji. C'est la raison pour laquelle les jurés ont voulu distinguer son sort de celui des deux complices», a-t-il affirmé à La Presse à la sortie de la salle.

L'avocat de Tarik Biji, Me Gary Martin s'est dit déçu du verdict de meurtre au second degré pour son client, alors que les deux autres accusés sont coupables d'une accusation moindre d'homicide involontaire. Il maintient que le profil «plus marqué» et «proéminent» de son client dans la preuve a joué dans la balance pendant les délibérations.

La poursuite tentait de prouver pendant le procès de quatre semaines que le trio, mené par le représentant du «comité de détenus» Tarik Biji, s'était «entendu» pour séquestrer Michel Barrette dans une cellule, puis lui donner une raclée d'une «cruauté inimaginable». Leur objectif: lui voler ses quelques grammes de tabac.

L'homme de 46 ans a ainsi été battu pendant 23 minutes dans la cellule de Tarik Biji, loin des regards des gardiens de prison. Il est mort plus de deux heures plus tard d'une hémorragie interne de la rate, dès sa sortie du secteur. Son sternum et presque toutes ses côtes ont été fracturés.

La preuve de la poursuite reposait essentiellement sur les vidéos de surveillance des corridors et de l'espace commun de l'aile D6 de l'Établissement de détention de Montréal (prison de Bordeaux) et sur les témoignages de deux ex-détenus, témoins oculaires d'une partie du passage à tabac.

Les vidéos présentées au jury n'ont pas montré l'agression, mais ont montré les trois accusés entrer dans la cellule de Tarik Biji avec Michel Barrette, puis en ressortir à plusieurs reprises pour se rendre dans la cellule adjacente de la victime. Selon la Couronne, ces allers-retours visaient à trouver du tabac dissimulé par la victime. D'autres codétenus se trouvaient avec les accusés entre 18h22 et 18h45, mais ceux-ci n'ont pas été accusés.

Le coeur de la preuve repose toutefois sur les témoignages des seuls témoins oculaires du passage à tabac, l'infographiste Jean-François Émard (à ne pas confondre avec le membre des Rock Machine) et un autre ex-détenu, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication.

Or, leurs témoignages ont été sérieusement malmenés par les avocats de la défense en contre-interrogatoire. Le second témoin a même admis être un «menteur», un terme utilisé ad nauseam par les avocats dans leurs plaidoiries.

Ce témoin a témoigné avoir vu Garmy Guerrier frapper plusieurs fois Michel Barrette au ventre, alors que Tarik Biji immobilisait la victime avec une clé de cou. Il n'a toutefois pas répété avoir vu Tarik Biji écraser le visage de Michel Barrette «comme une fourmi», tel qu'il avait déclaré aux policiers le lendemain du drame.

Selon le témoin Émard, Tarik Biji «donnait les ordres» pendant que les autres accusés tabassaient Michel Barrette. «Michel, donne-leur le tabac! Ils vont continuer à te massacrer!», aurait-il lancé à la victime, son compagnon de cellule. «Il y avait quatre-cinq-six personnes, plus les trois accusés et Michel Barrette par terre, un peu ensanglanté, en train de se faire passer à tabac», a-t-il témoigné. La défense a toutefois relevé de nombreuses erreurs temporelles dans son témoignage pour s'attaquer à son témoignage.

Ainsi, la Couronne n'a pas réussi à convaincre le jury hors de tout doute raisonnable que Garmy Guerrier et Jason Côté avaient eu l'intention de tuer Michel Barrette ou de lui causer des blessures assez graves pour entraîner sa mort sans égard au risque, soit le principal critère pour départager le meurtre de l'homicide involontaire.

Les 11 jurés ont toutefois été suffisamment convaincus par la preuve de la poursuite pour déterminer que les trois accusés ont commis un «acte illégal», lequel a causé la mort de Michel Barrette. Cet «acte illégal» pouvait être d'avoir frappé la victime, mais aussi d'avoir «encouragé» ou «aidé» quelqu'un d'autre à frapper la victime.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer