Bissonnette pensait que les musulmans viendraient tuer sa famille

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Alexandre Bissonnette

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(Québec) Alexandre Bissonnette était aux prises avec la dépression et les pensées suicidaires depuis l'âge de 14 ans. Mais depuis peu, il était rongé par autre chose: une peur des musulmans et des terroristes, qui, selon lui, allaient venir tuer sa famille.

Le 29 janvier 2017, avant de tuer six hommes innocents dans une mosquée de Québec, il a vu à la télévision un reportage sur le Canada qui ouvrait ses portes aux réfugiés. C'est l'une des raisons qui l'ont décidé à passer à l'acte.

«Oui, j'écoutais la télé, pis on a su que le gouvernement canadien allait prendre plus de réfugiés, ceux qui ne seraient pas admis aux États-Unis seraient rendus ici. Et là, j'ai comme perdu la carte», a expliqué le tueur le lendemain du carnage, lors de son interrogatoire qui a duré plus de trois heures.

Il a donc décidé de prendre les choses en mains, confie-t-il au policier. «Pour pas que ça devienne comme en Europe. Ce qui se passe en Allemagne, en France, en Belgique aussi, aux Pays-Bas, en Norvège, en Italie, partout. Ça va venir ici.» 

«Je voyais ça et ils vont tuer mes parents, ma famille et moi aussi. J'étais sûr de ça. Il fallait que je fasse quelque chose, dit-il. Je ne pouvais pas rien faire. C'est quelque chose qui me torturait. Ça fait des mois que ça me torture. Chaque jour, je suis inquiet, anxieux à travers le plafond. Je ne sais plus quoi faire. Je veux me suicider à cause de ça.» 

De ces trois heures, se dégage le portrait d'un jeune homme malade - il prenait du Paxil, un antidépresseur. Mais aussi celui d'une personne obsédée par les musulmans et le terrorisme.

Son plan du 29 janvier était de tuer des musulmans et de se suicider ensuite. Il raconte à l'enquêteur qu'il voulait ainsi éviter d'autres actes terroristes. «Ce n'est pas mal, ce que j'ai fait. Comme j'ai dit, y'a des gens qui vont être sauvés. Ma famille va être sauvée», dit-il.

Malade depuis ses 14 ans

Comment est née l'obsession du tueur pour les musulmans? Dur de comprendre. Bissonnette raconte qu'un des élèves qui s'en prenaient à lui au secondaire était de confession musulmane. 

Mais c'est réellement en 2014, lors de l'attaque de Michael Zehaf-Bibeau sur le parlement, que sa peur des attentats islamistes a commencé. Il dit aussi à l'enquêteur que l'attentat au camion à Nice en 2016 l'a profondément marqué.

Le tueur de la mosquée de Québec se confie aussi sur ses problèmes de santé mentale, qui remontent à l'adolescence. «Ça fait des mois que je file pas. Des mois, des mois et des mois. Pis je sais plus quoi faire», lance Bissonnette. «Ça fait depuis que j'ai 14 ans, que j'ai ça.»

Bissonnette explique qu'il n'a jamais parlé de ses problèmes à ses parents, sauf une fois à l'âge de 16 ans. Il explique comment il s'est d'abord fait prescrire du Luvox par un médecin généraliste. Puis depuis trois semaines, un autre médecin généraliste à une clinique lui avait prescrit du Paxil.

Mais dans les derniers mois, son état mental s'est aggravé, dit-il. Il a arrêté de prendre au sérieux ses études. Il est en arrêt de travail depuis trois semaines à Héma-Québec, à cause de troubles anxieux. Il devait d'ailleurs reprendre le travail le 30 janvier, au lendemain du carnage. 

«Je pensais que les pilules allaient régler le problème. Mais ça n'a pas réglé le problème. Ça l'a rendu pire», lance Bissonnette, qui révèle aussi avoir bu du saké le jour du drame.




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