Travailleur enseveli: son patron coupable d'homicide involontaire

L'entrepreneur Sylvain Fournier.... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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L'entrepreneur Sylvain Fournier.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

La condamnation de l'entrepreneur en construction Sylvain Fournier pour l'homicide involontaire de son employé, enseveli dans une tranchée non sécurisée à Montréal en 2012, lance un «message extrêmement fort» à tous les entrepreneurs, estime le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet.

Gilles Lévesque est mort le 3 avril 2012... (Patrick Sanfaçon, archives La Presse) - image 1.0

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Gilles Lévesque est mort le 3 avril 2012 sur un chantier d'excavation devant une résidence de l'arrondissement de Lachine.

Patrick Sanfaçon, archives La Presse

Gilles Lévesque... (PHOTO COURTOISIE) - image 1.1

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Gilles Lévesque

PHOTO COURTOISIE

Il s'agit de la première fois au Québec qu'un entrepreneur ait été reconnu coupable d'avoir causé la mort de son employé sur un chantier de construction.

« C'est extrêmement important ce qui vient d'arriver. J'espère que ça va changer des choses. Ça fait des années et des années que toute l'industrie de la construction dénonce le fait qu'on a encore 25 % des décès reliés au travail sur 5-6 % de la main d'oeuvre », soutient le dirigeant syndical.

« C'est un message clair qui est envoyé à tous les employeurs au Canada. Ne pas assurer la sécurité des employés peut entraîner une peine d'emprisonnement », a réagi la procureure de la Couronne Sarah Laporte, à la sortie de la salle. La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) n'avait pas encore réagi ce midi.

Même son de cloche chez une des principales associations d'employeurs de la construction. «C'est un évènement d'une profonde tristesse. Oui, ça vient envoyer un message très très clair sur l'importance de suivre la réglementation», soutient François-William Simard, vice-président à l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ).

Selon lui, la grande majorité des entrepreneurs respectent déjà la réglementation en matière de santé et de sécurité au travail. «Mais s'il y a malheureusement quelques entrepreneurs, de façon isolée, qui ne prennent pas suffisamment au sérieux la prévention des accidents de travail, on espère aujourd'hui que le jugement va les réveiller», affirme Me Simard.

La famille émue 

La fille et la femme de Gilles Lévesque, mort à 55 ans, étaient très émues par la décision. « Six ans, c'était long, vraiment long... Mon père est décédé dans des circonstances exécrables, mais au moins c'est fini », a confié sa fille Karine Gallant.

Samedi, Gilles Lévesque aurait célébré son anniversaire. Six ans plus tard, ses proches pourront enfin le mettre en terre dans son village natal au Nouveau-Brunswick pour respecter ses dernières volontés. « On attendait justice. Après six ans, ça va être fait. On s'est battu pour ça, puis le gros bon sens est sorti aujourd'hui », a dit Karine Gallant, la voix étranglée par l'émotion.

L'accusé et son employé Gilles Lévesque creusaient une tranchée devant une résidence de l'arrondissement de Lachine, le 3 avril 2012, afin de raccorder une conduite d'eau. Or, les deux hommes se sont retrouvés au fond du profond trou sans que les parois ne soient sécurisées par un étançonnement, comme l'exige la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Selon les inspecteurs de la CNESST, le chantier comportait un « énorme danger d'effondrement ». La situation était même « épeurante », selon un inspecteur, et aurait dû nécessiter un arrêt des travaux immédiat.

Ainsi, un imposant tas de gravier posé beaucoup trop près du bord s'est écroulé dans le trou, tuant Gilles Lévesque sur le coup. L'accusé Sylvain Fournier a réussi à s'extirper du trou, mais a subi des blessures importantes aux jambes. Il n'a jamais appelé le 911, appelant plutôt ses frères entrepreneurs qui se trouvaient à proximité.

Le juge Pierre Dupras n'a pas du tout cru la version de Sylvain Fournier pendant le procès qui s'est déroulé l'an dernier au palais de justice de Montréal, plus de cinq ans après le drame. L'accusé soutenait qu'il y avait eu deux éboulements distincts et qu'il n'était pas présent lors du premier éboulement, lequel aurait immobilisé Gilles Lévesque au niveau des jambes. Sylvain Fournier témoignait avoir tenté de sauver la vie de son ami en sautant dans le trou, entre les deux éboulements.

Les observations sur la peine auront lieu le 9 mai prochain.




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